Gustave Caillebotte 1848-1894

La Partie de bateau ou Le Canotier au chapeau haut-de-forme (Gustave Caillebotte), vers 1877-1878. Paris, Musée d’Orsay.

Le tableau La Partie de bateau ou Le Canotier au chapeau haut-de-forme (vers 1877-1878) de Gustave Caillebotte (1848-1894), classée Trésor National en janvier 2020 par le Ministère de la Culture, est entrée officiellement le lundi 30 janvier 2023 dans les collections du Musée d’Orsay. L’achat à la famille de l’artiste a été rendu possible grâce au mécénat exclusif de LVMH qui, en échange, bénéficie d’un conséquent abattement fiscal. Le coût du tableau est de 43 millions d’euros alors que le budget d’acquisition du musée ne dépasse pas les 3 millions par an ! Le Musée d’Orsay organisera en 2024 une grande exposition dédiée au peintre impressionniste. Ce tableau avait été présenté en 1879 à la quatrième exposition impressionniste.

Les soleils, jardín du petit Genevilliers (Gustave Caillebotte), vers 1885. Paris, Musée d’Orsay.

De plus, Les Soleils, jardin du petit Genevilliers (vers 1885) de Gustave Caillebotte a été acquis par dation et entre aussi dans les collections du musée d’Orsay. Par son sujet, son cadrage et son format, cette vue du jardin de Gustave Caillebotte peinte au Petit Gennevilliers est l’une des plus ambitieuses et novatrices exécutées par l’artiste. Chef d’œuvre de la peinture impressionniste, il participe à la redéfinition du genre du paysage opéré par ces peintres, pour qui le jardin est un des sujets de prédilection.

Gustave Caillebotte, multimillionnaire à 30 ans, a été le principal mécène de ses amis. À sa mort à l’âge de 45 ans, il lègue à l’État une collection impressionniste exceptionnelle de 69 tableaux, dont une partie seulement est conservée par les autorités de l’époque, parce qu’ils ne sont pas encore appréciés à leur juste valeur – et par manque de place ! Il reste tout de même au Musée du Louvre et au Musée d’Orsay une quarantaine d’oeuvres qui proviennent du legs Caillebotte ( Le Moulin de la Galette d’Auguste Renoir ou La Gare Saint-Lazare de Claude Monet par exemple).

France télévisions (30/01/2023)

  • Franceinfo Culture : ce tableau est extraordinaire pour le musée d’Orsay, qui compte nombre de trésors impressionnistes. En quoi celui-ci est-il particulièrement émouvant à accrocher dans vos collections permanentes aujourd’hui ?
  • Paul Perrin, directeur des collections : Gustave Caillebotte est un artiste qui aujourd’hui est vraiment reconnu comme l’un des grands maîtres de la peinture impressionniste et en fait, les collections du musée d’Orsay ne sont pas si riches en chefs-d’œuvre du peintre. Vraiment, cela reste l’un des principaux axes d’acquisition du musée, d’enrichir notre collection en œuvres majeures de Caillebotte. Celle-ci fait partie d’un ensemble d’œuvres emblématiques parmi les plus créatives, les plus originales et les plus importantes de Caillebotte. Un ensemble d’œuvres qu’il peint à la fin des années 1870 qui ont pour thème le canotage, les loisirs, la baignade, le bateau sur des rivières, ici probablement l’Yerres. C’est vraiment un sujet que Caillebotte va s’approprier d’une manière totalement inédite, radicalement nouvelle, en proposant des cadrages vraiment très forts, très immersifs. On a dit à l’époque aussi qu’ils étaient très photographiques.
    Ces cadrages, Gustave Caillebotte est le seul à les proposer à ce moment-là dans la peinture de son temps.
  • Le regard du peintre est-il influencé par la photographie ?
  • Il y a en effet quelque chose dans ce tableau qui est de l’ordre de la saisie d’un instant. Et puis il y a également une franchise, presque une brutalité dans la manière dont il place le spectateur dans la scène au cœur du tableau, par un effet immersif qui est de couper les bords, les jambes, les rames, la barque, et de nous installer au centre du bateau comme si on était face à ce personnage et de l’installer au cœur du tableau face à nous sans aucun élément entre lui et nous. Gustave Caillebotte traite un sujet nouveau d’une manière neuve. C’est l’idée de faire fi de la tradition, de ne pas regarder le passé, et de proposer un cadrage qui corresponde à une manière de voir, à un regard moderne.
  • On a en effet vraiment l’impression d’être au cœur du tableau…
  • Oui, c’est quelque chose de très nouveau à ce moment-là, une manière de peindre qui a désarçonné les visiteurs qui ont vu ce tableau dans une exposition impressionniste. Les critiques, aussi, ont été très surpris par ce genre de cadrage, qui a ensuite été repris par la photographie et par le cinéma. La photographie et le cinéma ont beaucoup utilisé ces cadrages immersifs, en plans rapprochés, en gros plans presque, mais qui sont très nouveaux à ce moment-là en peinture.
  • Comment Caillebotte installe-t-il ce rapport de proximité avec le spectateur ?
  • Il installe un rapport extrêmement proche avec le spectateur, car cette figure est vraiment à quelques centimètres de nous, et cela, c’est quelque chose qu’on ne trouve pas dans la peinture de cette époque, cette manière de nous plonger au cœur de la scène et d’installer un rapport d’immédiateté du sujet dans l’œil du spectateur. Par ailleurs, si vous regardez la deuxième barque, en haut à droite, vous vous apercevez que c’est une réplique de celle dans laquelle vous vous trouvez. Vous vous projetez dans cette situation et imaginez donc que vous êtes à la place du passager.
  • Quelle est la spécificité de ce tableau dans l’histoire de la peinture 
  • C’est le sujet qui est éminemment moderne – les loisirs de la nouvelle société bourgeoise et urbaine, c’est vraiment typique de l’impressionnisme et Caillebotte est l’un de ceux qui va le plus s’intéresser à ces sujets neufs en peinture. Nous sommes à la fin des années 1870, il peint une dizaine d’œuvres sur ce thème, et celle-ci fait partie de ses œuvres les plus remarquables : elle est radicale et novatrice. C’est le moment où il est à l’apogée de son talent, et dans cet ensemble, la plupart des tableaux ont quitté la France, ils sont dans des grandes collections étrangères. Ce tableau-là, c’est vraiment l’un des chefs d’œuvre de cette série. Il était encore en France récemment et nous avons eu cette opportunité d’enrichir significativement les collections du musée avec cette œuvre qui est vraiment iconique, nous en sommes très heureux.
  • Gustave Caillebotte a t-il lancé une mode ?
  • Caillebotte est un artiste, comme l’ensemble du groupe impressionniste, qui va vraiment ouvrir la voie à une peinture nouvelle qui va s’inspirer d’abord des sujets qui vont devenir prédominants, des sujets tirés de la vie moderne, que les impressionnistes installent en peinture, et puis ses cadrages et ses couleurs sont spéciaux oui. Ce tableau montre comment Caillebotte fait entrer la lumière et la couleur du plein air dans sa peinture. Il saisit un instant, mais il donne aussi vraiment le sentiment d’être en extérieur, baigné d’une lumière naturelle, ce qui change de la peinture d’atelier qui se pratique communément alors. Beaucoup d’artistes vont reprendre ces procédés, que ce soit la peinture de plein air ou les sujets modernes, mais aussi le cadrage. On a un certain nombre d’artistes qui à la fin du XIXe siècle vont regarder les cadrages de Caillebotte, à la fois ses cadrages immersifs mais aussi ses points de vue un peu inattendus, comme depuis un balcon en regardant Paris par exemple, ou depuis les toits, les rues de Paris…
  • Et puis, il y a toujours le mystère de l’identité de cet homme ?
  • Totalement. C’est un tableau qui donne une place très importante à une figure, et normalement ce genre de tableau c’est plutôt des portraits, c’est-à-dire qu’on reconnaît les traits de quelqu’un. Or là, Caillebotte ne nous donne pas de clefs pour identifier cette figure. C’est plus une scène de la vie moderne qu’un portrait. On voit bien que c’est quelqu’un qui a des traits assez reconnaissables, mais on ne sait pas, encore aujourd’hui, qui est cet homme. On continue à chercher son identité… Cela nous intéresse parce que voyez-vous, c’est un homme de la ville, un citadin, probablement un parisien qui a gardé son chapeau haut de forme, son gilet, sa cravate, et qui vient se promener en barque en banlieue. C’est quelqu’un dont l’identité serait intéressante à connaître, parce qu’il est très emblématique de la modernité et de Caillebotte lui-même, ce parisien qui se passionne pour les frégates, l’aviron, le bateau, et tous ces loisirs. Il y a plusieurs interprétations. Certains disent que ça pourrait être Edouard Manet, d’autres se demandent si cela ne pourrait pas être un autoportrait de Caillebotte lui-même, mais c’est probablement quelqu’un qui vient de son cercle amical, et qu’on n’a pas encore identifié. C’est une personne qui a posé pour lui, mais on n’arrive pas encore à savoir qui c’est…
Portrait de l’artiste (Gustave Caillebotte), vers 1892. Paris, Musée d’Orsay.

Jafar Panahi

Jafar Panahi (Atta Kenare). Téhéran, 2010.

Jafar Panahi, réalisateur iranien emprisonné à Téhéran, a commencé une grève de la faim.
Le cinéaste, incarcéré depuis juillet 2022, proteste contre les conditions de sa détention dans la prison d’Evin.

« Aujourd’hui, comme beaucoup de personnes piégées en Iran, je n’ai d’autre choix que de protester contre ce comportement inhumain avec ce que j’ai de plus cher : ma vie. »

« Je refuserai de manger et de boire et de prendre tout médicament jusqu’à ma libération. Je resterai dans cet état jusqu’à ce que, peut-être, mon corps sans vie soit libéré de prison. »

Agé de 62 ans, le réalisateur est contraint de purger une peine de six ans de prison prononcée en 2010 pour « propagande contre le système ». Pourtant, le 15 octobre 2022, la Cour suprême a annulé la condamnation et a ordonné un nouveau procès.

Des militants des droits de l’homme ont rendu publiques des photos du corps émacié du militant et médecin Farhad Meysami, condamné a cinq ans de prison et qui refuse de s’alimenter.

Farhad Meysami.

https://www.change.org/p/free-jafar-panahi?recruiter=false&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=psf_combo_share_initial&recruited_by_id=bec73340-a3b4-11ed-bd59-93f78d69241f

17 heures Farid Vahid “Excellente nouvelle ! Le cinéaste iranien Jafar Panahi vient d’être libéré sous caution. N’oublions pas les milliers d’autres Iraniens emprisonnés pour leurs opinions politiques.”

Alexis Ravelo

Alexis Ravelo (Quique Curbelo), Las Palmas de Gran Canaria.

Alexis Ravelo est né le 20 août 1971 à Las Palmas de Gran Canaria (Canaries). Il est décédé dans sa ville natale le 30 janvier 2023 d’un infarctus. Il avait 51 ans.

C’était un auteur de romans noirs très apprécié en Espagne:
La estrategia del pequinés. Alrevés, 2013. Prix Dashiell Hammett de la Semana Negra de Gijón 2014. La stratégie du pékinois. Mirobole éditions, 2017.
La última tumba. Edaf, 2013. Prix Novela Negra Ciudad de Getafe 2013.
Las flores no sangran. Alrevés, 2013. Prix du meilleur roman du festival Valencia Negra. Les fleurs ne saignent pas. Mirobole éditions, 2016.
Los nombres prestados. Siruela, 2022. Premio Café de Gijón 2021.

Il a publié aussi six romans avec le personnage récurrent d’Eladio Monroy, marin reconverti en détective privé. Ses modèles étaient Jean-Patrick Manchette, Friedrich Dürrenmatt, Jim Thompson, Leonardo Sciascia, Juan Madrid, Francisco González Ledesma, Andreu Martín et Jorge Reverte.

Il a publié aussi d’autres romans :

La otra vida de Ned Blackbird. Siruela, 2016
Los milagros prohibidos. Siruela, 2017
La ceguera del cangrejo. Siruela, 2019.
Un tío con una bolsa en la cabeza. Siruela, 2020.
Los nombres prestados. Siruela 2022

Je n’ai lu que Los milagros prohibidos. J’avais été attiré à l’époque par le décor du roman (l’ile de La Palma où nous sommes allés souvent) et la période historique évoquée, la Semana Roja (18-25 juillet 1936). Le Général Francisco Franco, Comandante general del Archipiélago, se soulève le 18 juillet 1936. L’île de la Palma est la seule île de l’archipel qui respecte la légalité républicaine et résiste pacifiquement au coup d’état de l’armée.
La Palma est un île spéciale : libérale, révolutionnaire, très belle (la Isla Bonita). C’est par La Palma que les Lumières sont arrivées aux Canaries.

Les deux livres d’histoire essentiels sur cette période ont été écrits par Salvador González Vázquez : La Semana Roja en La Palma, 18-25 de julio de 1936 (Centro de Cultura Popular Canaria. La Laguna – Santa Cruz de Tenerife, 2004) et Los Alzados de La Palma durante la Guerra Civil (Le Canarien, 2013)

Île de La Palma. Roque de los Muchachos. 2426 mètres.

Torremolinos et la Génération de 1927

Torremolinos, Mirador de Sansueña.

La ville de Torremolinos (Málaga) a ouvert une terrasse en hommage aux poètes de la Génération de 1927 ( Le Mirador de Sansueña, Calle Castillo del Inglés, 9 ). Ce centre d’interprétation accueillera à l’avenir des événements culturels. L’inauguration a eu lieu samedi 17 décembre 2022. La municipalité de cette cité balnéaire de la Costa del Sol veut mettre en valeur sa vocation culturelle.

Au XX ème siècle, la ville a reçu Salvador Dalí et Gala Éluard, Jorge Guillén, Federico García Lorca, Pablo Picasso, Emilio Prados, Manuel Altolaguirre et Luis Cernuda, entre autres.
L’endroit est magnifique, la vue imprenable sur les plages de El Bajondillo et de La Carihuela, mais il n’est pas si facile à trouver. Aucun panneau n’indique encore où il se trouve. Dans les différents offices de tourisme qui se trouvent sur le Paseo Marítimo ou dans la vieille ville, il n’y a pas d’informations disponibles sur ce site.

Revista Litoral nº 274, 2022.

Lorenzo Saval (Santiago de Chile, 1954), est le directeur de la prestigieuse revue littéraire Litoral, créée en 1926 à Malaga par Emilio Prados (1899-1962) et Manuel Altolaguirre (1905-1959). Il l’anime avec son épouse, María José Amado. La revue a ses bureaux à Torremolinos (Ediciones Litoral Urbanización La Roca, Local 8. 29620 Torremolinos Málaga). Après la guerre civile, la revue a disparu pendant presque 30 ans. C’est José María Amado qui l’a ressuscitée en 1968. En 1976 Lorenzo Saval, petit neveu d’ Emilio Prados, en a pris la direction. Ce personnage éclectique écrit des poèmes, des récits et des romans tout en faisant de la peinture, du collage ou du graphisme pour l’édition. Il est le responsable de l’agencement du Mirador de Sansueña.

Luis Cernuda.

Le poète Luis Cernuda (1902-1963) a séjourné en septembre 1928 au Castillo de Santa Clara, proprieté de George Langworthy (1865-1946), « el Inglés de la Peseta », depuis 1905. Cet anglais excentrique créa là le premier hôtel de la Costa del Sol. Dans El Indolente (Tres narraciones, Buenos Aires, Ediciones Imán, 1948), Cernuda présente le petit village de pêcheurs qu’était Torremolinos dans les années 20 et 30 comme le lieu paradisiaque de Sansueña. Voici le début de ce texte de 1929 :

El indolente [1929] (Luis Cernuda)

Con mi sol y mi plebe me basta.
Galdós, España Trágica.

I

Sansueña es un pueblo ribereño en el mar del sur trasparente y profundo. Un pueblo claro si los hay, todo blanco, verde y azul, con sus olivos, sus chopos y sus álamos y su golpe aquel de chumberas, al pie de una peña rojiza. Desde las azoteas, allá sobre lo alto de lo roca aparece una ermita, donde la virgen del Amargo Recuerdo se venera en el único altar, entre flores de trapo bordadas de lentejuelas. Y aunque algún santo arriba no esté mal, abajo nadie le disputa la autoridad al alcalde, que para eso es cacique máximo y déspota más o menos ilustrado.

¿Quién no ha soñado alguna vez al volver tarde a su hogar en una ciudad vasta y sombría, que entre ocupaciones y diversiones igualmente aburridas está perdiendo la vida? No tenemos más que una vida y la vivimos como si aún nos pareciese demasiado, a escape y de mala gana, con ojos que no ven y con el pecho cargado de un aire turbio y envilecido.

En Sansueña los ojos se abren a una luz pura y el pecho respira un aire oloroso. Ningún deseo duele al corazón, porque el deseo ha muerto en la beatitud de vivir; de vivir como viven las cosas: con silencio apasionado. La paz ha hecho su morada bajo los sombrajos donde duermen estos hombres. Y aunque el amanecer les despierte, yendo en sus barcas a tender las redes, a mediodía retiradas con el copo, también durante el día reina la paz; una paz militante, sonora y luminosa. Si alguna vez me pierdo, que vengan a buscarme aquí, a Sansueña.

Bien sabía esto Don Míster, como llamaban (su verdadero nombre no hace al caso) todos al inglés que años atrás compró aquella casa espaciosa, erguida entre las peñas. La rodeaba un jardín en pendiente cuyas terrazas morían junto al mar, sobre las rocas que el agua había ido socavando; rocas donde día y noche resonaban las olas con voz insomne, rompiendo su cresta de espuma, para dejar luego la piel verdosa del mar estriada de copos nacarados, como si las rosas abiertas arriba entre palmeras, en los arriates del jardín, lloviesen, deshechas y consumidas de ardor bajo la calma estival…

Louis Aragon (3 octobre 1897 – 24 décembre 1982)

Louis Aragon (Christian Guémy alias C215).

Ni fleurs ni couronnes

Grandes femmes beiges déjà portant depuis quarante années
Á bout de bras de ce pas vert et noir vos paniers d’aubergines
Ne vous arrêtez pas comme l’août à sa dernière journée
Il pleuvait vers le soir quand on vous l’a dit comme j’imagine
Vos jupes dans le vent mouillée ce blanc d’oeuf dans votre oeil qui luit
Ne relevez pas la mèche à vos fronts d’une main machinale
Ah n’essuyez pas votre joue ainsi ce n’est que de la pluie
On s’habitue à ce que tout soit rayé d’une diagonale
On sait parfois d’avance à qui le tour qu’on regarde songeant
Maintenant qu’on ne peut plus rien faire pour lui qui soit une aide
On s’habitue à ces départs on dirait aisément aux gens
Septembre risque d’être froid surtout prenez bien votre plaid
Ayons l’air de trouver somme toute naturel ce qui l’est
Tous ces fruits cependant qui vont sans lui pourrir au bord des tables
Une part de ce monde hésite d’être encore où s’envolaient
D’entre ses mains ces lents oiseaux bleu sombre engendrés pour les fables.

Une part avec lui du monde et de moi-même est devenue
Instrument dépourvu d’usage et pourtant signe avant-coureur
Mémoire je reviens à ma jeunesse quand je l’ai connu
Cet homme hors mesure là-haut dans la rue Simon-Dereure
Où la beauté sans cri des objets lui faisait trembler la main
Rien plus que lui n’était humble devant les choses familières
Et la lampe au verre de travers prenait un accent humain
Car les lampes fumaient encore parmi nous cela semble hier
Nul comme lui peut-être mais ce soir je songe à Reverdy
Je songe à ce Montmartre noir emporté dans les yeux qu’on ferme
Braque un dimanche éteint souviens-toi de ce que fut vendredi
Dans ce double miroir toute une part du monde atteint son terme
Une part du monde se perd dans ce regard qui s’est perdu
Cette lumière d’une chambre et rien n’a troublé le silence
Par un après-midi je ne sais d’où descend l’ombre attendue
Le temps qui passe met sur tout son immobile violence.

Cette nature n’est point morte elle meurt voyez sous vos yeux
Et ce peut-être un paysage avec la mer et ses limites
Dieppe ou Varengeville un simple ourlet à l’étoffe des cieux
Ici finit doucement l’homme et cet empire qu’il imite
Sans barque un naufrage de liège entre les varechs échoué
Et la tendresse des grands bras autour de tout que font les dunes
Au fond cette vie avait l’air au mieux d’une villa louée
Ô sables blessés derrière soi que la marée abandonne
Peinture étrangement pareille à cette saison d’aujourd’hui
Comme si le peintre eût mis à choisir ses couleurs l’existence
Au décor d’un opéra sans musique où rien ne se produit
L’histoire même à la prunelle est un effet de persistance
Rien qu’une image une image après l’autre et sans doute est-ce moi
Voyant dans les rameaux muets d’oiseaux et de ramages
Á la recherche on ne sait trop de quel écho qui mal rimoie
Qui mets l’absurde pont abstrait des mots de l’une à l’autre image.

N’est pas assez sur la toile après tout de ce qui fut peint
Qu’attendez-vous d’autre de lui quel témoignage et quelle preuve
Voici le verre et le couteau voici le jour voici le pain
Et l’ancienne présence de l’homme à mes yeux qui reste neuve
Ils ont beau s’en aller qui eurent privilège à voir premiers
Le spectacle ils ont beau nous quitter peut-être par lassitude
Et que cela soit Chardin Braque ou Vermeer que vous les nommiez
Il en revient toujours poursuivre la même longue étude
Mais nous qui demeurons sans eux aveugles nous les survivants
Dans ce siècle qui meurt d’un peintre ou d’un poète à chaque halte
Nos yeux habitués à l’homme en vain dans ce désert de vent
Cherchent l’après de notre soif la source à présent sous l’asphalte
Nous nous tenons près des gisants comme des rois déshérités
Qui rêvent la fête finie à ce qui leur fut un Versailles
Et sans croire aux dieux de pierre debout sur leurs socles restés
Dans le parc désormais attendrons le signe fait qu’ils s’en aillent.

Les Adieux. Éditions Temps actuels, 1981.

Ce poème a paru dans Les Lettres françaises du 1 septembre 1963 en hommage à Georges Braque qui venait de disparaître.

Collection Poésie/Gallimard n° 572, Gallimard, 2022.

Aragon : les adieux. Exposition conçue par la Maison Elsa Triolet-Aragon. Espace Niemeyer, (2 place du Colonel Fabien 75019 Paris) du 14 décembre 2022 au 11 janvier 2023. Entrée libre tous les jours sauf le lundi, de 12 h à 19 h. Fermeture exceptionnelle : week-ends de Noël et du jour de l’An.

Exposition Arrachez-moi le coeur vous y verrez Paris Aragon du jeudi 1 décembre 2022 au mercredi 4 janvier 2023. Caserne Napoléon. Rue de Lobau, 75004 Paris. Le Paris d’Aragon se décline en mots à travers la vie et l’œuvre de l’écrivain, et en photographies, avec la complicité de Claude Gaspari sur les murs de la caserne Napoléon, face à l’Hôtel de Ville.

En 1968, Aragon raconte à Dominique Arban comment il fit l’acquisition d’une toile de Georges Braque dont la vente en 1928 lui permit de partir pour Venise avec Nancy Cunard: ” Poussé en cela par André Breton j’avais, à la vente Kahnweiler, acheté un tableau de Braque qui ne plaisait à personne et n’avait ainsi pas atteint le prix que faisait même une très petite nature morte ; la Baigneuse, qui est la toile sur laquelle commence, chez Braque, le cubisme. c’est pour Braque, un tableau analogue, si vous voulez, à ce qu’ont été pour Picasso Les Demoiselles d’Avignon. ” (Aragon parle avec Dominique Arban. Seghers, 1968. Page 60)

Baigneuse (Le Grand Nu). 1908. Paris, Centre Pompidou.

Maya Ruiz-Picasso – Pablo Picasso

La fille de Pablo Picasso et de Marie-Thérèse Walter (1909-1977), Maya Ruiz-Picasso (María de la Concepción, surnommée Maya), est née le 5 septembre 1935. Le peintre a voulu l’appeler comme sa petite sœur, María de la Concepción Ruiz Picasso (Concepción ou Conchita), née à Málaga en 1887 et morte de diphtérie à La Corogne le 10 janvier 1895. Pablo qui avait 13 ans en fut fortement marquée.

La fille du peintre vient de mourir mardi 20 décembre à 87 ans. Le peintre avait rencontré sa mère Marie-Thérèse devant les Galeries Lafayette, le 8 janvier 1927. Il avait quarante-sept ans et elle, dix-sept.

Le dimanche 7 août dernier, nous avons pu voir au Musée Picasso l’exposition Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo (16 avril – 31 décembre 2022).

Maya a cédé 9 oeuvres de son père (6 peintures, 2 sculptures et un carnet de dessins) à la France dans le cadre d’une dation. L’exposition réunit un ensemble de 200 oeuvres, archives et objets personnels. Elle montre la relation particulière qui unissait le peintre et sa première fille. Entre le 16 janvier 1938 et le 7 novembre 1939, Picasso peindra quatorze portraits d’elle, alors âgée de trois-quatre ans. Maya, à 20 ans, sera assistante sur le film Le Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot, réalisé aux studios de la Victorine à Nice en 1955.

Des quatre enfants de Picasso elle a été celle qui a eu les relations les plus étroites avec son père. Elle cesseront en 1954 quand Jacqueline Roque (1927-1986) entre dans la vie du peintre. Elle apprend la mort de son père par le journal télévisé.

Maya ressemblait beaucoup à Pablo, mais était blonde et avait les yeux verts comme sa mère, Marie-Thérèse .
En 1980, elle entame une carrière d’historienne de l’art et se spécialise notamment dans l’œuvre de Pablo. En 2007, elle reçoit l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de l’écrivain et historien d’art Pierre Daix (1922-2014). En 2016, elle est promue Commandeur des arts et des lettres.

La France et l’Espagne célébreront en 2023 les 50 ans de la mort de Pablo Picasso à travers plusieurs expositions des deux côtés des Pyrénées.

Portrait de Maya de profil. 29 août 1943.

Hervé Télémaque

Hervé Télémaque dans son atelier de Villejuif le 30 mai 2011 (Manolo Mylonas / Divergence)

Le peintre français d’origine haïtienne Hervé Télémaque est mort le 10 novembre 2022 dans la région parisienne à l’âge de 85 ans.
Il est né le 5 novembre 1937 à Port-au-Prince. En 1957, il quitte l’île pour étudier l’art à New York avec Julian Levi. Il vient à Paris en 1961, vivant et travaillant dans la capitale, puis en Bourgogne et enfin, à partir de 1981, dans sa maison-atelier de Villejuif. Philippe Dagen dans Le Monde qualifie sa peinture ainsi : « une forme de réalisme crypté, impitoyable et railleur comme il l’était lui-même… ». Il parle de « figuration narrative ». A la fin des années 1960, il pratique de plus en plus la sculpture avec des matériaux composites, utilisant même parfois le marc de café. Le Centre Pompidou lui a consacré une exposition du 25 février au 18 mai 2015.

Once more (do it again) (Hervé Télémaque). 2021. Collection privée.

Il était présent dans deux expositions vues récemment : Marronage, l’art de briser ses chaînes à la Maison de l’Amérique Latine (12/05/2022 – 24/09/2022) et hier même au Palais de la Porte Dorée (Musée de l’histoire de l’immigration) 1945-1972 Paris et nulle part ailleurs (27/09/2022 au 22/01/2023). On peut voir dans ce lieu les œuvres de 24 artistes étrangers installés à Paris après la seconde guerre mondiale.

Mornes II (Hervé Télémaque). 1995. Collection Alexia Guggémos.
Quartier (Hervé Télémaque). 1992. Paris, Collection privée.

Rafael Cadenas

Rafael Cadenas (José Aymà)

Le poète Rafael Cadenas a obtenu le Prix Cervantès 2022. Il s’agit de la plus prestigieuse récompense littéraire en langue espagnole. C’est la première fois qu’un écrivain vénézuelien est primé.

Rafael Cadenas, poète, essayiste et professeur, est né le 8 avril 1930 à Barquisimeto (État de Lara – Vénezuela). Militant du Parti Communiste du Vénézuela, il a connu la prison à l’époque de la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1952-1958). Il a dû s’exiler à Trinidad de 1952 à 1957. Il a fait partie du groupe politique et culturel Tabla Redonda au début des années 60. Il a été professeur à l’Université Centrale du Venezuela. Ses recueils Cuadernos del destierro (1960) et Falsas maniobras (1966) ont été marquants dans son pays et en Amérique Latine.
Dans le second figure son poème le plus célèbre, Derrota, écrit en 1963. C’est le portrait de toute une génération d’intellectuels latino-américains engagés à gauche. Ses œuvres complètes (Obra entera: Poesia y prosa, 1958-1995 ) ont été publiées en 2000 au Mexique par El Fondo de Cultura Económica et en Espagne en 2007 par Pre-textos. Il s’est toujours montré critique face au régime instauré dans son pays par Hugo Chávez (1999-2013) et son successeur Nicolás Maduro. C’est un symbole vivant pour la société vénézuelienne démocratique. Cinq millions de vénézueliens ont choisi l’exil. Le poète est resté et vit toujours à Caracas. Il a toujours manifesté contre la répression du régime, en particulier en 2014 .

Prix national de littérature de son pays (1985)
Prix FIL des langues romanes de Guadalajara (Mexique) (2009)
Prix International de Poésie Ville de Grenade Federico García Lorca en Espagne (2015).
Prix Reina Sofía de Poesie Ibéroamericaine (2018)

Fracaso

Cuanto he tomado por victoria es sólo humo.

Fracaso, lenguaje del fondo, pista de otro espacio más exigente, difícil de entreleer es tu letra.

Cuando ponías tu marca en mi frente, jamás pensé en el mensaje que traías, más precioso que todos los triunfos.
Tu llameante rostro me ha perseguido y yo no supe que era para salvarme.
Por mi bien me has relegado a los rincones, me negaste fáciles éxitos, me has quitado salidas.
Era a mí a quien querías defender no otorgándome brillo.
De puro amor por mí has manejado el vacío que tantas noches me ha hecho hablar afiebrado a una ausente.
Por protegerme cediste el paso a otros, has hecho que una mujer prefiera a alguien más resuelto, me desplazaste de oficios suicidas.

Tú siempre has venido al quite.

Sí, tu cuerpo, escupido, odioso, me ha recibido en mi más pura forma para entregarme a la nitidez del desierto.
Por locura te maldije, te he maltratado, blasfemé contra ti.

Tú no existes.
Has sido inventado por la delirante soberbia.
¡Cuánto te debo!
Me levantaste a un nuevo rango limpiándome con una esponja áspera, lanzándome a mi verdadero campo de batalla, cediéndome las armas que el triunfo abandona.
Me has conducido de la mano a la única agua que me refleja.
Por ti yo no conozco la angustia de representar un papel, mantenerme a la fuerza en un escalón, trepar con esfuerzos propios, reñir por jerarquías, inflarme hasta reventar.
Me has hecho humilde, silencioso y rebelde.
Yo no te canto por lo que eres, sino por lo que no me has dejado ser. Por no darme otra vida. Por haberme ceñido.

Me has brindado sólo desnudez.

Cierto que me enseñaste con dureza ¡y tú mismo traías el cauterio!, pero también me diste la alegría de no temerte.

Gracias por quitarme espesor a cambio de una letra gruesa.
Gracias a ti que me has privado de hinchazones.
Gracias por la riqueza a que me has obligado.
Gracias por construir con barro mi morada.
Gracias por apartarme.
Gracias.

Falsas maniobras 1966.

Échec

Tout ce que j’ai cru victoire n’est que fumée.

Échec, langue de fond, piste d’un autre espace plus exigeant, difficile de lire entre tes lignes.

Quand tu mettais ta marque sur mon front, jamais je n’aurais imaginé que tu m’apportais un message plus précieux que tous les triomphes.
Ta face flamboyante m’a poursuivi et moi je n’ai pas su que c’était pour me sauver.
Pour mon bien tu m’as remisé dans les coins, refusé les succès faciles, fermé les issues.
C’est moi que tu voulais défendre en m’empêchant de briller.
Par pur amour pour moi tu as modelé le vide qui, durant des nuits enfiévrées, m’a fait parler à une absente.
Si tu as toujours donné priorité aux autres, si tu t’es arrangé pour qu’une femme me préfère un homme plus décidé, si tu m’as licencié de postes suicidaires, c’était pour me protéger.

Tu es toujours intervenu à temps.

Qui, ton corps couvert de plaies, de crachats, ton corps odieux m’a reçu dans ma plus simple forme pour me livrer à la transparence du désert.
C’est folie de t’avoir maudit, maltraité, de t’avoir blasphémé.

Tu n’existes pas.
Un orgueil délirant t’a inventé.
Je te dois tant !
En me nettoyant avec une éponge rêche, en me lançant sur mon vrai champ de bataille, en me donnant les armes que le triomphe dédaigne, tu m’as levé au dessus de la mêlée.
Tu m’as pris par la main et conduit à la seule eau qui puisse me refléter.
Grace à toi je ne connais pas l’angoisse de jouer un rôle, de m’accrocher à tout prix à un échelon, de me faire pistonner à la force du poignet, de me battre pour arriver plus haut, de me gonfler jusqu’à éclater.
Tu m’as fait humble, silencieux, rebelle.
Je ne te chante pas pour ce que tu es, mais pour ce que tu ne m’ as pas laissé être. Pour ne m’avoir donné que cette vie-là. Pour m’ avoir restreint.

Tu m’as seulement offert la nudité.

Tu m’as élevé à la dure, c’est vrai. Mais toi-même apportais le cautère. Et le bonheur de ne pas te craindre.

Merci de m’ enlever de l’ épaisseur en l’ échangeant contre des caractères gras.
Merci à toi de m’avoir privé d’enflures.
Merci pour la richesse à laquelle tu m’as contraint.
Merci d’avoir construit ma demeure avec de la boue.
Merci de m’écarter.
Merci.

Fausses manœuvres. Anthologie personnelle. Traduction Daniel Bourdon. Fata Morgana, Montpellier, 2003.

Cinéastes iraniens

Ashgar Farhadi. Paris, 2021. (Duchilila)

” Zan, zendigi, azadi.” “Femme, vie, liberté.”

En soutien aux femmes iraniennes (Asghar Farhadi). 24 septembre 2022. Twitter. Instagram.

https://twitter.com/arminarefi/status/1573941933331910664

” Je suis Ashgar Farhadi, cinéaste. Vous avez sans doute suivi les dernières nouvelles en provenance d’Iran et vu des images de ces courageuses femmes progressistes qui manifestaient pour leurs droits humains, au côté des hommes. Elles défendent ces droits essentiels et inaliénables que l’État leur refuse depuis des années. Ces manifestants, et tout particulièrement les femmes, ont parcouru un âpre et pénible chemin pour parvenir à cette mobilisation, et, à présent, elles ont clairement atteint un seuil irréversible.
Je les ai vues de près, ces dernières nuits. La plupart sont très jeunes : 17 ans, 20 ans… J’ai lu l’indignation et l’espoir sur leur visage et dans la façon dont elles défilaient dans les rues. J’éprouve le plus grand respect pour leur lutte en faveur de la liberté et le droit de choisir leur destinée, en dépit de toute la violence à laquelle elles doivent faire face. Je suis fier des femmes puissantes de mon pays, et j’espère sincèrement que, grâce à leur détermination, elles atteindront leurs buts.
Avec cette vidéo, j’invite tous les artistes, cinéastes, intellectuels et activistes des droits civiques du monde entier, ainsi que tous ceux qui croient en la dignité et en la liberté à apporter des témoignages de solidarité à ces femmes et ces hommes iraniens, par des vidéos, des écrits – ou de tout autre manière.
Il en va de la responsabilité humaine, et tout ceci peut contribuer à la consolidation, dans l’avenir, de l’espoir de tous les Iraniens d’atteindre l’objectif magnifique et fondamental qu’ils recherchent ici, dans ce pays, où les femmes seront, sans nul doute, les pionnières, annonciatrices de transformations majeures.
Pour des lendemains meilleurs,
Ashgar Farhadi .”

Traduction : Baptiste Roux. (Positif n° 741. Novembre 2022. Page 63)

Ashgar Farhadi 2011 Une séparation.
2013 Le passé.
2016 Le client.
2021 Un héros.

Mohammad Rasoulof. Festival international du film de Saint-Sébastien, 19 septembre 2009 (Rafa Rivas).

Trois figures du cinéma iranien ont été arrêtées ces derniers mois. Vendredi 8 juillet, Mohammad Rasoulof (Ours d’or en 2020, au Festival de Berlin pour Le diable n’existe pas) et son confrère Mostafa Al-Ahmad ont été interpellés chez eux et conduits en détention pour «troubles à l’ordre public», «propagande contre le régime» et «activisme anti-révolutionnaire». Lundi 11 juillet, ce fut au tour du cinéaste Jafar Panahi (ex assistant d’ Abbas Kiarostami. Lion d’or à Venise en 2000 pour Le Cercle, Ours d’or à Berlin en 2015 pour Taxi Téhéran, prix du scénario à Cannes en 2018 avec Trois visages) venu devant la prison où étaient incarcérés ses deux collègues pour s’inquiéter de leur sort, d’être appréhendé. Selon le porte-parole de la Justice, Massoud Sétayechi, Jafar Panahi devra purger la peine de six ans de prison émise à son encontre dans un verdict de 2010. Il était depuis en liberté surveillée. Ils sont incarcérés au centre de détention d’Evin.

Jafar Panahi. Téhéran, 30 août 2010 (Atta Kenare)

Gonzalo Queipo de Llano

Séville. Basilique de la Macarena. 1941-1949.

Les restes du général franquiste Gonzalo Queipo de Llano ( 1875-1951), surnommé le vice-roi d’Andalousie, et du général Francisco Bohórquez Vecina (1893-1955), auditeur militaire, responsables des massacres en Andalousie pendant la Guerre Civile, de l’assassinat entre autres de Blas Infante ou de Federico García Lorca ont été retirés dans la nuit du 2 au 3 novembre de la basilique de la Macarena à Séville selon les termes de la nouvelle Ley de Memoria histórica, entrée en vigueur le 21 octobre. La loi indique que « les restes des dirigeants du coup d’Etat militaire de 1936 ne pourront pas rester inhumés dans un lieu prééminent d’accès public, autre qu’un cimetière ».

Tout cela a eu lieu 47 ans après la mort du Dictateur !

Ces deux personnages sont responsables de 45 556 morts et de l’existence de 708 fosses communes selon les historiens. Queipo de Llano est aussi connu pour l’utilisation de la radio (Unión Radio Sevilla) comme arme de guerre psychologique chaque jour du 18 juillet 1936 au 1 février 1938.

Gonzalo Queipo de Llano.

10 phrases mémorables de ce criminel de guerre, citées par le journal conservateur ABC le 3 novembre 2022 :

—18 de julio: «¡Sevillanos! La suerte está echada y decidida por nosotros y es inútil que la canalla resista y produzca esa algarabía de gritos y tiros que oís por todas partes. Tropas del Tercio y Regulares se encuentran ya camino de Sevilla y, en cuanto lleguen, esos alborotadores serán cazados como alimañas. ¡Viva España!».

—23 de julio: «Nuestros valientes legionarios y regulares han enseñado a los cobardes de los rojos lo que significa ser un hombre. Y, de paso, también a las mujeres. Después de todo, estas comunistas y anarquistas se lo merecen. ¿No han estado jugando al amor libre? Ahora por lo menos sabrán lo que son hombres de verdad y no milicianos maricas. No se van a librar por mucho que forcejeen y pataleen». «Esta mañana ha sido fusilado el comandante de Artillería señor Loureiro, por haber ordenado la entrega de doscientos fusiles y otras tantas pistolas a los marxistas a fin para asesinar a nuestros valientes soldados. La misma pena han sufrido el capitán Justo Pérez y el teniente don Manuel Cangas. También ha sido fusilado el presidente del Sindicato Obrero de la Pirotecnia por haber declarado la huelga y ejercido coacciones sobre los obreros. La misma pena han de sufrir absolutamente todos cuantos caigan en nuestras manos por coacciones a los obreros».

—24 de julio: «Hay en Sevilla unos seres afeminados que todo lo dudan, incluso que en Sevilla está asegurada la tranquilidad […]. Esos seres se empeñan en propagar noticias falsas. ¿Qué haré? Pues imponer un durísimo castigo para acallar a esos idiotas congéneres de Azaña. Por ello faculto a todos los ciudadanos a que cuando se tropiecen con uno de esos sujetos lo callen de un tiro. O me lo traigan a mí, que yo se lo pegaré».

—25 de julio: «Si algún afeminado, algún invertido, se dedica a lanzar infundios alarmistas, no vaciléis en matarlo como a un perro o entregármelo a mí al instante».

—Finales de julio: «Ya conocerán mi sistema: por cada hombre de orden que caiga, yo mataré a diez extremistas por lo menos. Y los dirigentes que huyan, no crean que se librarán con ello: les sacaré de debajo de la tierra si hace falta y, si están muertos, los volveré matar».

—15 de agosto: «Hemos conseguido entrar en Higuera de la Sierra, punto que nos ayudará a aislar las minas de Río Tinto […]. Tengan en cuenta aquellos rebeldes que mientras mayor sea la resistencia que opongan, más duro será el castigo que reciban. Y como sé que están cometiendo crímenes, les recuerdo que tengo aquí setenta mineros de Río Tinto sobre los que puedo ejercer represalias, si lo estimase preciso».

—20 de agosto: «En Barcelona, después de tener tres Gobiernos distintos, parece que se ha proclamado el marxismo integral. ¿Qué habrá sido de Companys y demás que le rodeaban? Verdaderamente todos merecían morir degollados como cerdos».

—26 de agosto: «Ayer han vuelto los aviones rojos a Cádiz y en un nuevo bombardeo han causado seis muertos y veintidós heridos […]. Bien a pesar mío, he dado órdenes para que sean detenidos todos los familiares de tripulantes de la escuadra pirata, que había en la región; y serán inexorablemente fusilados cinco de ellos por cada víctima que causen los bombardeos aéreos».

—Nochebuena de 1936: «Será necesario establecer también campos de concentración a los que vayan a parar todos aquellos que están envenenando España. Será la única manera de que podamos vivir en paz las personas decentes y patriotas».

—1 de febrero de 1937, por la ‘Desbandá’: «Sí, canalla roja de Málaga… ¡Esperad hasta que llegue ahí dentro de diez días! Me sentaré en un café de la calle Larios bebiendo cerveza y, por cada sorbo que dé, caeréis diez. Fusilaré a diez por cada uno de los nuestros que fusiléis, aunque tenga que sacaros de la tumba para hacerlo». «¡Malagueños! Me dirijo en primer lugar a los milicianos engañados. Vuestra suerte está echada y habéis perdido. Un círculo de hierro os ahogará en breves horas, porque si por tierra y aire somos los más fuertes, la escuadra leal a la dignidad de la patria os quitara toda esperanza de huida, ya que la carretera de Motril está cortada».

Malgré certains désaccords avec Franco, il fut nommé Marqués de Queipo de Llano en 1950 et parvint à s’enrichir en achetant à très bas prix une propriété, le Cortijo Gambogaz (Camas, province de Séville), de 480 hectares au bord du Guadalquivir grâce à l’aide de la fondation qu’il avait créé et de la Banque d’Espagne. Il utilisait gratuitement la main d’oeuvre des camps de concentration situés à proximité. Ces terres très productives appartiennent encore aujourd’hui à ses héritiers.

Sur twitter aujourd’hui, le journaliste Ramón Lobo affirme avec justesse : ” Si quitamos los que hicieron fortuna en el franquismo y las familias que se forraron con la esclavitud, el alto empresariado español se quedaría en muy poca cosa. “

Tombe de Gonzalo Queipo de Llano. Séville. Basilique de la Macarena (Paco Puentes).
Séville. Basilique de la Macarena. Photo prise le 03/11/2022. Un tapis cache l’ancienne tombe de Queipo de Llano et de son épouse (Alejandro Ruesga).