José Ángel Valente

Ángel Valente (Manuel Álvarez)José

Après avoir vu l’exposition de la BnF, je relis ces jours derniers les poèmes de Baudelaire, mais aussi ceux de José Ángel Valente. Pas de de rapport entre ces deux écrivains.
Je parcours Fragmentos de un libro futuro. Galaxia Gutenberg Círculo de Lectores, 2000. ( Édition française : Fragments d’un livre futur. Éditions José Corti, 2002. Traduction de Jacques Ancet. )
José Ángel Valente souhaitait publier ce recueil à titre posthume. Il est constitué de quatre-vingt-douze poèmes. Ils sont retranscrits dans l’ordre chronologique par date de composition. Ils couvrent les dix dernières années de la vie de ce poète galicien qui appartient à la génération de l’après-guerre civile ( Generación del 50 ). Dans cette sorte de journal, il revient sur ses sujets de prédilection : les questions métaphysiques, la douleur provoquée par la disparition des êtres chers. Son fils, Antonio, est mort d’une overdose en 1990. Le pressentiment de sa mort prochaine est très présente. On remarque dans ces poèmes le dépouillement, la simplicité du lexique, l’absence de sentimentalisme. La nostalgie colore tout ce qui illumine la vie : la chair, le désir, l’amour, la lumière.

José Ángel Valente est né à Orense (Galice). Après des études de philologie romane à Madrid (Licence à l’Université Complutense de Madrid), il est lecteur à Oxford. Il s’installe en 1958 à Genève et occupe jusqu’en 1975 un poste de fonctionnaire international. C’est un poète, essayiste et traducteur (Constantin Cavafis, Paul Celan, John Donne, Edmond Jabès, John Keats, Eugenio Montale, Dylan Thomas entre autres). Il meurt à Genève le 18 juillet 2000.

– Prix Príncipe de Asturias de las Letras ( 1988 ).

– Prix Reina Sofía de Poesía Iberoamericana ( 1998 ).

– Prix national de littérature (Poésie) ( 2001 ) à titre posthume pour Fragmentos de un libro futuro.

On peut le lire facilement en français dans les excellentes traductions de Jacques Ancet : Trois leçons de ténèbres – Mandorle – L’Eclat. Poésie/Gallimard n°321. 1998.

Llorar por lo perdido cuando no deja huella el pie en la arena que no sea borrada por la cierta sucesión de las aguas.

( 28.VI.1991 )

Pleurer ce qui est perdu quand le pied ne laisse sur le sable trace qui ne soit effacée par la succession certaine des eaux.

( 28.VI.1991 )

A Andrés Sánchez Robayna

El humo aciago de las víctimas.

Todo se deshacía en el aire.
La historia como el viento dorado del otoño
arrastraba a su paso los gemidos, las hojas, las cenizas,
para que el llanto no tuviera fundamento.
Disolución falaz de la memoria.
Parecía
como si todo hubiera sido para siempre borrado.

Para jamás, me digo.
Para nunca.

( Sonderaktion, 1943 ) ( 7.08.1992 )

A Andrés Sánchez Robayna

La fumée sinistre des victimes.

Tout se défaisait dans l’air.
L’histoire comme le vent doré de l’automne
traînait à son passage les gémissements, les feuilles, les cendres,
pour que les pleurs soient sans fondement.
Fausse dissolution de la mémoire.
On aurait dit
que tout avait été toujours effacé.

Á jamais, me dis-je.
Á tout jamais.

( Sonderaktion, 1943 ) ( 7.08.1992 )

Ha pasado algún tiempo. El tiempo pasa y no deja nada. Lleva, arrastra muchas cosas contigo. El vacío, deja el vacío. Dejarse vaciar por el tiempo como se dejan vaciar los pequeños crustáceos y moluscos por el mar. El tiempo es como el mar. Nos va gastando hasta que somos transparentes. Nos da la transparencia para que el mundo pueda verse a través de nosotros o puedo oírse como oímos el sempiterno rumor del mar en la concavidad de una caracola. El mar, el tiempo, alrededores de lo que no podemos medir y nos contiene.

( Desde del otro costado )( 4.IX.1993 )

Un peu de temps a passé. Le temps passe et ne laisse rien. Il emporte, il traîne beaucoup de choses avec lui. Le vide, il laisse le vide. Se laisser vider par le temps comme les petits crustacés et les mollusques se laissent vider par la mer. Le temps est comme la mer. Il nous use jusqu’à être transparents. Il nous donne la transparence pour que le monde puisse se voir à travers nous ou puisse s’entendre comme nous entendons la sempiternelle rumeur de la mer dans le creux d’un coquillage. La mer, le temps, alentours de ce que nous ne pouvons mesurer et qui nous contient.

( Depuis l’autre côté)(4.IX.1993 )

Caminabas despacio.

Tu cuerpo fatigado aún arrastraba
la absoluta ruina
de ti.

Te acariciaba tenuemente el sol.
Tú ibas disolviéndote en su luz.

Quedaban todavía algunos pasos.
¿Hacia dónde?
Ni siquiera sabías
con certeza cuántos podrías dar.

( La certeza ) ( 31.III.1996 )

Tu marchais lentement.

Ton corps fatigué traînait encore
la ruine absolue
de toi-même.

Le soleil te caressait doucement.
Tu te dissolvais peu à peu dans sa lumière.

Il restait encore quelques pas.
Mais vers où ?
Tu ne savais même pas
avec certitude combien tu pourrais en faire.

( La certitude ) ( 31.III.1996 )

Cima del canto.
El ruiseñor y tú
ya sois lo mismo.

( Anónimo: versión )( 25.V.2000 )

Cime du chant.
Le rossignol et toi
n’êtes plus qu’un.

( Anonyme: version ) ( 25.V.2000 )

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