Camille Claudel au Musée d’Orsay

Camille Claudel 1864-1943

Présentation exceptionnelle d’oeuvres de Camille Claudel préemptées le 27 novembre 2017 par l’État lors de la vente Artcurial “Camille Claudel, un trésor en héritage” Paris Musée d’Orsay Galerie Françoise Cachin, niveau 2. 9 janvier – 11 février 2018

Vue le jeudi 8 février.

Elle rassemble des oeuvres jusqu’alors conservées dans la famille de Camille Claudel et acquises à l’occasion de la vente aux enchères du 27 novembre 2017. L’Etat français a exercé son droit de préemption afin d’acquérir ces lots pour des collections publiques, nationales et territoriales.

Sur 20 pièces, 12 sont revenues à des institutions françaises.

Le musée d’Orsay, le musée Rodin, le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine, La Piscine-Musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix, le musée Sainte-Croix de Poitiers et la Maison Camille et Paul Claudel de Villeneuve-sur-Fère ont coordonné leurs efforts afin que ces oeuvres viennent enrichir les collections publiques, grâce au soutien de l’Etat, des collectivités territoriales et de donateurs.

Les sculptures rejoindront leurs collections respectives à l’issue de l’exposition.

Toutes issues de l’atelier de Camille Claudel, les sculptures acquises retracent une grande partie de sa carrière, depuis ses débuts à Paris en 1881 comme élève d’Alfred Boucher. S’ensuit la rencontre avec Auguste Rodin, leur liaison amoureuse et l’entrée de Claudel dans l’atelier du maître en 1884, début d’une période d’enrichissement mutuel. Les deux artistes s’éloignent à partir de 1893, avant leur séparation définitive en 1898.

Claudel s’installe en 1899 dans son dernier atelier, quai Bourbon. Sa santé mentale se dégrade autour de 1909. Internée peu après le décès de son père en 1913, elle meurt à Montfavet (Vaucluse) en 1943. Son internement aura duré 30 ans.

Nicanor Parra

Le poète chilien Nicanor Parra, apôtre de l’« antipoésie » et Prix Cervantes 2011, est décédé mardi 23 janvier, à l’âge de 103 ans. La veillée funèbre a eu lieu dans la Cathédrale de Santiago à la demande de la famille même si le poète avait déclaré: “Soy ateo, gracias a Dios”. Les autorités ecclésiastiques ont essayé d’empêcher que résonnent dans la Cathédrale les chansons de sa soeur, Violeta Parra, qui s’est suicidée en 1967, à 49 ans. Le Gouvernement chilien a décrété deux jours de deuil national.

Nicanor Parra

Ultimo brindis

Lo queramos o no
sólo tenemos tres alternativas:
el ayer, el presente y el mañana.

Y ni siquiera tres
porque como dice el filósofo
el ayer es ayer
nos pertenece sólo en el recuerdo:
a la rosa que ya se deshojó
no se le puede sacar otro pétalo.

Las cartas por jugar
son solamente dos:
el presente y el día de mañana.

Y ni siquiera dos
porque es un hecho bien establecido
que el presente no existe
sino en la medida en que se hace pasado
y ya pasó…
como la juventud.

En resumidas cuentas
sólo nos va quedando el mañana:
yo levanto mi copa
por ese día que no llega nunca
pero que es lo único
de lo que realmente disponemos.

Dernier toast (Nicanor Parra)

Que nous le voulions ou non
Nous n’avons que trois possibilités:
L’hier, le présent et le lendemain.

Et pas même trois
Car comme dit le philosophe
L’hier c’est hier
Il n’est à nous que dans le souvenir:
Lorsque la rose a défleuri
On ne peut plus lui ôter de pétale.

Il n’y a que deux
Cartes à jouer:
Le présent et le lendemain.

Et pas même deux
Car c’est un fait bien établi
Que le présent n’existe
Que dans la mesure où il devient passé
Et il est passé…,
comme la jeunesse.

Tous comptes faits
Il ne nous reste que le lendemain:
Je lève mon verre
À ce jour qui n’arrive jamais
Mais qui est le seul
Dont nous disposions en réalité

(Traduction: Bernard Pautrat)

Wonder Wheel (Woody Allen)

Vu hier soir à La Ferme du Buisson (Noisiel):

Wonder Wheel (2017) de Woody Allen avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake, Juno Temple, Max Casella, Jack Gore, David Krumholtz, Debi Mazar, Steve Schirripa, Tony Sirico. . 1h41

Vittorio Storaro, le directeur de la photographie, a à son actif des films comme Prima della revoluzione, Le Conformiste, Le Dernier tango à Paris, Novecento (Bernardo Bertolucci), Apocalypse Now, Tucker (Francis Ford Coppola) Reds (Warren Beatty) , Café Society (Woody Allen)

Wonder Wheel croise les histoires de quatre personnages dans le cadre du parc d’attractions décadent de Coney Island, plage du sud de Brooklyn, dans les années 50. L’affiche du film d’Anthony Mann Winchester 73 avec James Stewart , qui date de 1950, apparaít à la devanture du cinéma.

Mickey (Justin Timberlake) est maître-nageur, rêve de Bora-Bora et a des ambitions de dramaturge. Ginny (Kate Winslet) est une ancienne actrice, malheureuse en ménage, qui gagne sa vie comme serveuse dans un restaurant minable. Elle ressasse ses échecs et ses erreurs. Elle a épousé Humpty (James Belushi), opérateur dans un manège, qui ne s’intéresse qu’à la pêche et au base-ball. Sa fille Carolina (Juno Temple) vient se réfugier chez son père après avoir fui son mafieux de mari. Steve Schirripa et Tony Sirico, les gangsters qui la poursuivent, sortent tout droit de la série Les Soprano. L’enfant de Ginny est malheureux et pyromane. Il passe plus son temps au cinéma qu’à l’école.

Woody Allen reste un grand cinéaste à 82 ans et 48 films. Il a été pris à son tour dans le contexte de l’affaire Weinstein et a produit là un de ses films les plus sombres avec Match Point (2005) et L’Homme irrationnel (2015). La grande roue, le manège évoquent le rôle essentiel du destin, du hasard, des coïncidences dans la vie et les films. Les personnages sont creux et inconséquents. Ils se bercent d’illusions. La théâtralité est assumée. Le film évoque à la fois William Shakespeare, Eugene O’Neill (Long voyage du jour à la nuit), Tennessee Williams (Un tramway nommé Désir) et Anton Tchekhov. La photographie est essentielle pour montrer la place de l’illusion dans la vie. L’approche est poétique et non réaliste. L’appartement évoque une scène de théâtre. Il a été aménagé avec des fonds verts et a été conçu pour qu’on puisse voir le monde extérieur par les fenêtres. Les personnages sont éclairés de rouge, de bleu, de doré. La vie à l’extérieur contraste complètement avec la vie à l’intérieur. Mickey est un artiste raté, un apprenti écrivain. Woody Allen en a fait le narrateur. Le sauveteur sur sa chaise haute peut observer le monde autour de lui. On retrouve l’auteur dans tous ses personnages; Il les regarde avec beaucoup de cruauté. Le personnage de Ginny (Kate Winslet) sort du lot. On pense à Blanche DuBois dans Un tramway nommé Désir. Elle se raconte des histoires pour arriver à vivre et garde ses robes et ses bijoux minables qu’elle porte parfois. Le rôle est porté par la grande Kate Winslet, magistrale dans ce film de Woody Allen comme l’ont été par le passé Cate Blanchett ou Meryl Streep. Woody Allen sait utiliser très bien les grandes actrices.
Le narrateur séducteur utilise cette formule essentielle: «Le coeur a ses hiéroglyphes…» On peut penser au principe énoncé par Octave (Jean Renoir) dans La règle du jeu: “ Le plus terrible dans ce monde c’est que chacun à ses raisons”.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19574417&cfilm=248372.html

Federico García Lorca

  

Federico García Lorca . Reloj de sol. Universidad de Columbia. Otoño de 1929.

New York (Oficina y denuncia)

 A Fernando Vela

Debajo de las multiplicaciones
hay una gota de sangre de pato;
debajo de las divisiones
hay una gota de sangre de marinero;
debajo de las sumas, un río de sangre tierna.
Un río que viene cantando
por los dormitorios de los arrabales,
y es plata, cemento o brisa
en el alba mentida de New York.
Existen las montañas. Lo sé.
Y los anteojos para la sabiduría.
Lo sé. Pero yo no he venido a ver el cielo.
Yo he venido para ver la turbia sangre.
La sangre que lleva las máquinas a las cataratas
y el espíritu a la lengua de la cobra.
Todos los días se matan en New York
cuatro millones de patos,
cinco millones de cerdos,
dos mil palomas para el gusto de los agonizantes,
un millón de vacas,
un millón de corderos
y dos millones de gallos,
que dejan los cielos hechos añicos.
Más vale sollozar afilando la navaja
o asesinar a los perros
en las alucinantes cacerías,
que resistir en la madrugada
los interminables trenes de leche,
los interminables trenes de sangre
y los trenes de rosas maniatadas
por los comerciantes de perfumes.
Los patos y las palomas,
y los cerdos y los corderos
ponen sus gotas de sangre
debajo de las multiplicaciones,
y los terribles alaridos de las vacas estrujadas
llenan de dolor el valle
donde el Hudson se emborracha con aceite.
Yo denuncio a toda la gente
que ignora la otra mitad,
la mitad irredimible
que levanta sus montes de cemento
donde laten los corazones
de los animalitos que se olvidan
y donde caeremos todos
en la ultima fiesta de los taladros.
Os escupo en la cara.
La otra mitad me escucha
devorando, orinando, volando, en su pureza
como los niños de las porterías
que llevan frágiles palitos
a los huecos donde se oxidan
las antenas de los insectos.
No es el infierno, es la calle.
No es la muerte, es la tienda de frutas.
Hay un mundo de ríos quebrados
y distancia inacesibles
en la patita de ese gato
quebrada por el automóvil,
y yo oigo el canto de la lombriz
en el corazón de muchas niñas.
Oxido, fermento, tierra estremecida.
Tierra tú mismo que nadas
por los números de la oficina.
¿Qué voy a hacer? ¿Ordenar los paisajes?
¿Ordenar los amores que luego son fotografías,
que luego son pedazos de madera
y bocanadas de sangre?
San Ignacio de Loyola
asesinó un pequeño conejo
y todavía sus labios gimen
por las torres de las iglesias.
No, no, no, no; yo denuncio.
Yo denuncio la conjura
de estas desiertas oficinas
que no radían las agonías,
que borran los programas de la selva,
y me ofrezco a ser comido
por las vacas estrujadas
cuando sus gritos llenan el valle
donde el Hudson se emborracha con aceite.

Federico García Lorca, Un poeta en Nueva York (1929-30) Publicado en 1940.

Voyage Chili-Ile de Pâques

Du 16 janvier au 1 février: Voyage au Chili entre cordillère et Pacifique.

  • Santiago de Chile.
  • Isla Negra (El Quisco): Maison de Pablo Neruda.

. Valparaíso.

. Viña del Mar.

  • Puerto Montt. Angelmó.
  • Puerto Varas. Lac Llanquihue. Volcans Osorio, Calbuco.
  • Parc national Pérez Rosales. Chutes de Petrohué. Lac de Todos los Santos.
  • Ile de Chiloé: Chacao. Dalcahue. Castro. Ancud.
  • Calama. San Pedro de Atacama. Quitor. Tulor. Vallée de la Lune.
  • Le Salar. Lac Chaxa.  Les lagunes altiplaniques (Miscanti, Miñiques). Socaire. Toconao.
  • Les geysers du Tatio. Col de las Vizcachas.  Machuca. Vallée de Guatín.
  • Pukará de Lasana. Vallée de l’Arco Iris. Chiu Chiu.
  • Ile de Pâques (Rapa Nui). Hanga Roa.

César Vallejo

Los heraldos negros

Hay golpes en la vida, tan fuertes… ¡Yo no sé!
Golpes como del odio de Dios; como si ante ellos,
la resaca de todo lo sufrido
se empozara en el alma. ¡Yo no sé!

Son pocos; pero son… Abren zanjas oscuras
en el rostro más fiero y en el lomo más fuerte.
Serán tal vez los potros de bárbaros atilas;
o los heraldos negros que nos manda la Muerte.

Son las caídas hondas de los Cristos del alma,
de alguna fe adorable que el Destino blasfema.
Esos golpes sangrientos son las crepitaciones
de algún pan que en la puerta del horno se nos quema.

Y el hombre… Pobre… ¡pobre! Vuelve los ojos, como
cuando por sobre el hombro nos llama una palmada;
vuelve los ojos locos, y todo lo vivido
se empoza, como charco de culpa, en la mirada.

Hay golpes en la vida, tan fuertes… ¡Yo no sé!

Los heraldos negros, juillet 1919.

Mort à Paris le 15 avril 1938, il est enterré au Cimetière du Montparnasse, douzième division. Epitaphe gravée sur sa tombe par son épouse, Georgette:  « J’ai tant neigé pour que tu dormes. Georgette. »

LES HERAUTS NOIRS

Il y a, dans la vie, des coups si forts… Moi je ne sais!
Des coups comme de Dieu la haine; comme si avant eux
le ressac de tout ce qui fut souffert
se déposait dans l’âme… Moi je ne sais!

Ils sont peu nombreux; mais ils sont… Ils creusent d’obscurs sillons
sur le plus fier visage, sur le dos le plus fort.
Ils sont parfois les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que la Mort nous envoie.

Ce sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une adorable foi que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain brûlant pour nous à la porte du four.

Et l’homme… Pauvre… Pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand sur l’épaule un battement de main nous appelle;
il tourne des yeux fous, et tout ce qu’il vécut
se dépose, comme une flaque de remords, dans le Regard.

Il y a des coups dans la vie, si forts… Moi je ne sais!

Traduction de Nicole Réda-Euvremer (Elle enseignait au Lycée Fénelon à Paris. Epouse du poète Jacques Réda)

César Vallejo Poésie complète 1919-1937 Flammarion, 2009.

Philippe Lançon, dans Libération, en 2009, disait: ” Une première traduction, voilà quinze ans, déjà chez Flammarion, ne donnait pas satisfaction. En voici une autre, plus sobre. Elle bute, avec modestie, sur le rythme, les sonorités, les néologismes, les tendres violences intérieures faites à l’espagnol.Traduire Vallejo, c’est comme traduire Rimbaud: chaque poème pourrait faire l’objet de versions toujours refaites, toujours insatisfaisantes, jusqu’au moment où l’on rêverait la dernière, l’idéale, celle qui rend justice au coeur de la langue, puis on mourrait avant de se réveiller pout l’écrire.”