De l’autre côté. Photographies de Jeanne Mandello, Hildegard Rosenthal, Grete Stern.

Qui est-ce? (Grete Stern) 1949. Rêve n°7. Idilio n°17.

Exposition à la Maison de l’Amérique Latine, 217 Boulevard Saint-Germain 75007-Paris du 12 octobre 2018-20 décembre 2018.

Nous avons vu cette exposition mardi un peu par hasard.

Elle présente un ensemble de 150 photographies, composé de tirages anciens et modernes, de publications de l’époque et d’ extraits de films (Sinfonia de Metrópole de 1929). Il s’agit du regard sur le monde de trois femmes originaires d’Allemagne et qui se sont exilées à la fin des années 30 en Amérique du Sud. Leur formation photographique s’est faite en Allemagne. Elles ont toutes les trois subi l’influence du Bauhaus ou ont été formées dans l’atelier de Paul Wolff (1887-1951) dont le nom est associé à la marque Leica. Néanmoins, leur style diffère et elles n’ont pas vécu dans les mêmes pays d’Amérique du Sud.

Jeanne Mandello est née à Francfort, en Allemagne, en 1907. Elle suit une formation photographique à Berlin. Après un séjour à Francfort où elle monte son propre atelier, elle émigre à Paris en 1934. Elle abandonne son studio pour rejoindre l’Uruguay où elle vit de 1941 à 1953. Elle séjourne plusieurs années au Brésil et meurt à Barcelone en 2001.

Hildegard Rosenthal est née en 1913 à Zürich, mais sa naissance est enregistrée à Francfort. Elle fréquente ensuite le studio de Paul Wolff et commence à travailler en 1936. Elle émigre au Brésil en 1937. Elle s’installe à São Paulo et photographie jusqu’à la fin des années 1950. Elle meurt en 1990.

Grete Stern est née à Elberfeld-Wuppertal, en Allemagne, en 1904. Elle s’installe à Berlin en 1927 et suit pendant deux semestres les cours de photographie de Walter Petershans (1897-1960) au Bauhaus de Dessau. Elle s’associe avec une autre photographe, Ellen Auerbach, née Rosenberg (1906-2004), pour fonder l’ atelier ringl & pit en 1930. Après avoir émigré à Londres fin 1933, elle rejoint en 1936 en Argentine son mari, Horacio Coppola (1906-2012) qui est aussi photographe et qu’elle a rencontré au Bauhaus en 1932 et épousé en 1935. Pour l’essentiel, elle produit des mises en scène d’objets ou des photomontages en suivant les techniques de John Heartfield (1891-1968), Raoul Hausmann (1886-1971) ou George Grosz (1893-1959). Elle illustre une rubrique de psychologie pour le magazine Idilio entre 1948 et 1951. Cet hebdomadaire de la presse du coeur visait un large public, jeune, féminin et populaire. Elle meurt le 24 décembre 1999 à Buenos Aires.

Sans titre (Grete Stern) 1949. Rêve n°45 idilio n°47.

Les différences entre les trois photographes sautent aux yeux. Jeanne Mandello a essentiellement travaillé en studio. Elle a effectué des recherches pour la publicité et la mode dans son laboratoire. Hildegard Rosenthal a adopté le petit format de prise de vue (24×36). Dès son arrivée à São Paulo, elle a pratiqué le reportage et s’est intéressée à la ville en utilisant un style européen. Quant à Grete Stern, la plus originale, elle a pratiqué le photomontage et illustré une rubrique de psychologie pour le magazine argentin Idilio. C’est une pionnière de la dénonciation de l’exploitation des femmes bien avant l’essor des mouvements féministes des années 60. Elle le fait avec beaucoup d’ humour et d’ironie, influencée par le dadaïsme et le surréalisme.

D’autres photographes européennes ont connu le même parcours: la hongroise Kati Horna (1912-2000) qui a vécu au Mexique; l’allemande Gisèle Freund (1908-2000) qui a travaillé en Argentine pendant la seconde Guerre Mondiale et n’est rentrée en Europe qu’en 1946; l’allemande Annemarie Heinrich (1912-2005), installée avec sa famille en Argentine dès 1926; l’allemande Gertrudis de Moses (1901-1996), réfugiée au Chili en 1939; l’allemande Alice Brill (1920-2013), exilée au Brésil avec sa famille à partir de 1934, la suisse Claudia Andujar (1931) qui a rejoint São Paulo en 1955 et a adopté la nationalité brésilienne en 1976.

Au rez-de-chaussée, on peut voir l’installation photographique et les sculptures de l’artiste mexicaine Carmen Mariscal, née en Californie en 1968. La esposa esposada (l’épouse menottée). Elle consacre surtout ses recherches aux questions liées à la condition féminine, dans ses dimensions de fragilité et d’aliénation. Une curiosité.

La esposa esposada (Carmen Mariscal).

Willy Ronis (1910 – 2009)

Pavillon Carré de Baudouin. 121 Rue de Ménilmontant Paris XX.

Une exposition Willy Ronis par Willy Ronis était prévue à Paris au Pavillon Carré de Baudouin, 121 Rue de Ménilmontant 75020 du 27 avril au 29 septembre 2018. Heureusement, elle a été prolongée jusqu’au 2 janvier 2019. J’ai donc pu y aller avec mon petit frère P. vendredi dernier et vagabonder un peu dans le quartier de Ménilmontant.
Environ deux cents clichés en noir et blanc réalisés entre 1926 et 2001 sont présentés. Il s’agit de tirages modernes. Le lieu est agréable et l’exposition gratuite.
Willy Ronis a eu une  longue vie puisqu’il est né le 14 août 1910 à Paris dans le 9 ème arrondissement. Il est mort le 11 septembre 2009 dans le 20 ème. Sa vocation n’était pas la photographie, mais la musique. Il ne devint photographe qu’au retour de son service militaire en 1932 pour aider son père malade. Cet émigré juif d’Odessa tenait un studio sous le pseudonyme de «Roness». Willy Ronis se prend alors au jeu et découvre la Société Française de Photographie. Il devient reporter photographe indépendant en 1936 et quitte l’atelier familial. Pendant le Front Populaire, il suit les manifestations populaires et publie dans la revue de gauche Regards.
Toute sa vie ce fut un homme engagé. Il était devenu communiste à 14 ans et conserva ses idées jusqu’à sa mort.
L’exposition est organisée par thèmes: «Les débuts», «Autoportraits», «L’intime», «Les Nus», «Le monde ouvrier». Certaines photos sont très connues, mais l’exposition permet de montrer la diversité de l’oeuvre du photographe. On classe Willy Ronis le plus souvent parmi les membres de la photographie humaniste française comme Edouard Boubat, Robert Doisneau, Izis, Sabine Weiss. Il a donné cette définition de l’école humaniste: «C’est le regard du photographe qui aime l’être humain».  Son œuvre est assez diverse . Il mena toujours  de front commandes et recherches personnelles.
Willy Ronis était un optimiste même s’il ne croyait pas en la perfectibilité de l’homme.
Certaines photos sont pourtant tragiques. Comme ce mineur atteint de silicose photographié à Lens, dans le Pas-de-Calais, en 1951. «Il avait 47 ans et la tête d’un homme de 70 ans. Il s’appelait Émile Fon­taine. Il ne mangeait plus. Il fumait seulement. Il ne marchait presque plus. Il restait assis en tailleur dans un fauteuil, se risquait, vacillant, à faire quelques pas dehors en s’appuyant sur le mur. Il est mort quelques mois après la photo. Je l’avais rencontré grâce à des amis lensois qui m’aidaient dans ma quête de motifs. Je suis entré chez lui pour me présenter et lui demander si je pouvais prendre sa photo der­rière la fenêtre, où j’avais eu mon premier regard sur lui.»
La donation Willy Ronis est affectée à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP) en 2016 qui gère les grandes donations photographiques faites à l’État (Jacques Henri Lartigue, André Kertesz)

Mineur silicosé près de Lens. 1951.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=73&v=U6zCbq8EkzA

Denis Diderot (1713 – 1784)

Denis Diderot (Louis-Michel Van Loo). 1767. Paris, Musée du Louvre.

Denis Diderot, né le 5 octobre 1713, termine son livre athée et matérialiste Eléments de physiologie par cette triple recommandation:

 » Il n’y a qu’une vertu, la justice; qu’un seul devoir celui de se rendre heureux ; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie et de ne pas craindre la mort « .

Pablo Picasso

Deux expositions exceptionnelles cet automne à Paris:

1) Picasso. Chefs-d’oeuvre! du 4 septembre au 13 janvier au Musée national Picasso.
2) Picasso. Bleu et rose du 18 septembre au 6 janvier au Musée d’Orsay.

1) Quel sens a la notion de chef-d’œuvre pour Pablo Picasso (1881-1973)? L’exposition «Picasso. Chefs-d’œuvre!» répond à cette question en réunissant des œuvres maîtresses, pour certaines présentées à Paris pour la première fois.

L’ensemble propose une nouvelle lecture de la création du peintre, grâce à une attention particulière portée à la réception critique. Le parcours revient ainsi sur les expositions, les revues et les ouvrages qui ont accompagné chaque œuvre et qui ont contribué, au fil des années, à forger leur statut de chefs-d’œuvre. Les archives du Musée national Picasso-Paris occupent une place essentielle dans ce récit.

2) Le musée d’Orsay et le musée Picasso organisent une exposition consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso.

Elle permet un rassemblement inédit de chefs-d’oeuvre, pour certains présentés pour la première fois en France comme La Vie (1903, Cleveland Museum of Art) et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l’artiste qui n’a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français.

Les différentes productions du peintre sont ainsi remises en regard des travaux de ses contemporains ou prédécesseurs, espagnols ou français (Ramón Casas 1866-1932, Isidre Nonell 1872-1911, Carlos Casagemas 1880-1901, Théophile Alexandre Steinlen 1859-1923, Edgar Degas 1834-1917, Henri de Toulouse-Lautrec 1864-1901, Paul Gauguin 1848-1903) qu’il a pu observer directement, dans les salons ou galeries, ou indirectement, grâce à des reproductions.

L’exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l’artiste entre 1900 et 1906.

Laurent Le Bon, président du Musée Picasso, insiste sur le fait que nous ne verrons plus jamais de notre vivant un tel ensemble de chefs d’oeuvre.

Cette exposition est coproduite par le musée d’Orsay et le musée national Picasso-Paris. Elle sera également présentée à la Fondation Beyeler à Bâle du 3 février au 26 mai 2019.

Picasso traverse l’histoire de la peinture du XX ème siècle avec une œuvre immense (de 70 000 à 120 000 œuvres sont recensées). N’oublions pas que Picasso est arrivé en France à la Gare d’Orsay en 1900 et est mort à Mougins en 1973 à 91 ans.

Science et charité. 1897. Barcelone, Musée Picasso.

L’exposition du Musée Picasso, que nous avons pu voir samedi 8 septembre, présente des œuvres de Picasso de façon chronologique. La deuxième salle montre Science et charité (1896), peint lorsqu’il avait 16 ans. Il s’agit d’un tableau réaliste, quasiment naturaliste. Il surprend pas sa maîtrise et par le fait qu’il donne au médecin les traits de son père, José Ruiz Blasco (1838-1913). Le peintre, marqué par le décès de sa sœur Conchita de diphtérie en janvier 1895, représente une malade couchée sur un lit, assistée d’un docteur et d’une religieuse. Il est fortement influencé par le modernisme catalan à cette époque.

Les demoiselles d’Avignon d’après l’oeuvre éponyme de Pablo Picasso (Jacqueline de la Baume-Dürrbach 1920-1989) 1957. Madrid, Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte.

La troisième salle présente Les Demoiselles d’Avignon, 1907. Il ne s’agit pas de l’oeuvre du peintre, que le Moma de New York a acheté en 1939, mais d’une tapisserie de 1957 de Jacqueline de la Baume-Dürrbach (1920-1989; Madrid Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte) que Picasso appréciait. Cette oeuvre-clé du cubisme est considérée comme un des tableaux les plus importants de l’histoire de la peinture en raison de la rupture stylistique et conceptuelle qu’elle propose. C’est la fin de la perspective classique, réaliste. C’est le début d’une nouvelle vision de la figure humaine. André Breton en avait conseillé l’achat au mécène et couturier Jacques Doucet en décembre 1924 pour la somme de 25 000 francs. «Cette peinture est l’événement capital du XX ème siècle. Voilà le tableau qu’on promenait comme autrefois la Vierge de Cimabue à travers les rues de notre capitale, si le scepticisme ne l’emportait pas sur les grandes vertus particulières par lesquelles notre temps accepte d’être, malgré tout. Il me paraît impossible d’en parler autrement que d’une façon mystique…c’est un symbole pur, comme le tableau chaldéen, une projection intense de cet idéal moderne que nous n’arrivons à saisir que par bribes.» (André Breton, Lettres à Jacques Doucet. Décembre 1924).

Arlequin assis. 1923. Bâle, Kunstmuseum.

Une salle met magnifiquement en valeur trois Arlequins: «Arlequin assis »1923. Bâle, Kunstmuseum. «Arlequin au miroir» 1923. Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza. «Le peintre Salvado en Arlequin» 1923. Paris, Centre Georges Pompidou. Picasso était dur, égocentrique le plus souvent, mais pouvait se montrer parfois généreux: avec les républicains espagnols exilés par exemple ou avec les habitants de Bâle. Ces derniers lancèrent, en 1967, une souscription pour garder dans leur Kunstmuseum deux œuvres du peintre espagnol (Les deux frères 1906 et Arlequin assis 1923) que Peter G. Staechelin , propriétaire de la compagnie aérienne charter Globe Air, pour faire face à des difficultés financières,  après les avoir été prêtées durant des années, voulait vendre. Cette souscription fut un grand succès. Un référendum sera même organisé dans la ville pour approuver l’utilisation de ce crédit. En remerciement, Picasso offrira quatre tableaux au musée et dira: «Ces peintures, je ne les donne pas au fonctionnaire de l’État. Je les offre à la jeunesse bâloise»

Bâle, 20 avril1967. All you need is Pablo.

Face au grand escalier de l’Hôtel Salé, on peut admirer le principal tableau surréaliste de Picasso: La Danse. 1925. Londres, Tate Gallery.

La Danse. 1925. Londres, Tate Gallery.

A l’étage, se trouvent les sculptures, les jouets qu’il faisait pour ses enfants et petits-enfants, des esquisses. Le peintre gardait tout, accumulait.

Une salle offre au regard du visiteur sur un grand mur les tableaux de Picasso exposés au palais des Papes en Avignon en 1970. Les critiques avaient alors boudé le monstre sacré vieillissant, perdu selon eux dans des portraits de mousquetaires, de nus et des visages bâclés. Aujourd’hui, la critique ne pense plus de la même façon. Picasso ne s’est jamais caricaturé, il s’est toujours renouvelé.

Tête. 2 juillet 1972. Collection particulière.

La dernière salle met en parallèle les autoportraits de Rembrandt et de Picasso (Portrait de l’artiste au chevalet. 1660. Paris Louvre. / Tête. 2 juillet 1972. Collection particulière).

Certains se plaignent ces derniers temps de la multiplication des expositions Picasso qui pourraient engendrer un sentiment de lassitude. Pourtant, Picasso réserve toujours des surprises.

C215 (Christian Guémy) – Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire. Paris V, 

Dans le parcours Illustres! C215 autour du Panthéon, on peut retrouver Guillaume Apollinaire 11 rue Champollion sur une porte du cinéma La Filmothèque du Quartier Latin et lire un de ses Poèmes à Lou.

Quatre jours mon amour (Guillaume Apollinaire).

C215 (Christian Guémy)

Mon voyage à Valparaíso au Chili en janvier 2018 m’a donné le goût du Street Art et depuis j’y suis plus attentif lors de mes promenades dans Paris.

Du 10 juillet au 8 octobre 2018, on peut suivre le parcours « Illustres ! C215 autour du Panthéon »

Dans la crypte du Panthéon, il est possible d’ observer de près les outils de travail et le processus de création de l’artiste urbain C215 (Christian Guéry né en 1973, actif depuis 2005) pour réaliser ses pochoirs. Ceux-ci sont réalisés à la main à partir des impressions photographiques, sans croquis préparatoire. Ils sont découpés au scalpel, scannés, agrandis puis archivés. Des livres, des lettres manuscrites, et des objets professionnels de Marie Curie, Germaine Tillion, André Malraux, Victor Hugo ou Antoine de Saint-Exupéry sont aussi exposés. Dans une interview filmée, l’artiste aborde son rapport au Panthéon, aux gloires de la nation, à la pratique des graffitis et aux messages que ces derniers véhiculent.

Ensuite, dans les rues du Ve arrondissement, on peut découvrir les portraits de 28 personnalités inhumées ou honorées au Panthéon. L’artiste C215 réussit à marquer la présence de personnages illustres dans la ville d’aujourd’hui avec des pochoirs très colorés. Les portraits graffés de 28 personnalités se retrouvent sur le mobilier urbain des rues du V arrondissement. Au détour d’une ruelle, sur une façade en briques ou sur le côté d’une boîte aux lettres, resurgissent ces illustres fantômes du passé.

«Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de rester dans le street art, dans la spontanéité des œuvres de la rue à taille humaine, qui sont périssables. Ce sont des choses qui surgissent tout à coup, qui n’étaient pas là hier. Il faut vite les prendre en photo avant leur disparition»

«Un graff fait la veille c’est du vandalisme, un graff fait il y a 2 000 ans c’est de l’Histoire.» pense Christian Guémy.

Le troisième volet ramène au Panthéon. Sur le trajet qui mène dans les hauteurs du monument, on peut voir des inscriptions mystérieuses. Le Panthéon abrite plusieurs milliers de graffitis. C’est l’occasion d’admirer la vue exceptionnelle à 360° et les messages qui s’inscrivent, plus ou moins lisibles. Inscriptions humoristiques, personnelles, érotiques ou politiques, elles racontent un morceau d’histoire du bâtiment, de sa construction à la Deuxième Guerre Mondiale.

Victor Hugo. Paris V, Rue Soufflot n°7. Boite à feux..JPG

Richard Texier – Zao Wou-Ki

Lu avec interêt et plaisir après avoir vu l’exposition Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris: Zao de Richard Texier, Gallimard, Mai 2017.

Ce livre n’est ni une biographie, ni un essai, mais un livre de souvenirs, le récit d’une amitié: entre l’auteur, Richard Texier, peintre et sculpteur français de renom, né en 1955, et Zao Wou-Ki (1920-2013), le célèbre peintre sino-français. Avec affection et humour, l’auteur raconte cette relation commencée en 1995 au Maroc et qui dura jusqu’à la mort de Zao. Le lecteur assiste à leurs rencontres, discussions, voyages, séances de travail. Richard Texier dévoile aussi, avec tact, les aspects secrets de la personnalité du grand artiste, les blessures liées à son passé chinois, ou son caractère enjoué, curieux de tout, très humain. C’est un petit livre léger et très agréable à lire.

Je ne connaissais pas Richard Texier avant la lecture de son livre. Je me suis rendu compte qu’il était bien connu dans le monde de l’art. Une de ses sculptures est installée à Paris devant la Gare du Nord. Il y a 5 ans, touché par la dérive des ours polaires due à la fonte de la banquise, il imagine Angel Bear, un ours de plus de 7 mètres de haut, dont l’existence est menacée par le réchauffement climatique.  L’artiste a choisi la couleur rouge pour cet ours, placé devant la façade de la gare de Paris-Nord, afin d’accentuer le message implicite d’alerte et de danger qu’il compte bien faire passer aux 700 000 voyageurs quotidiens, passants et riverains de la première gare d’Europe.

Paris, Angel Bear (Richard Texier), Gare du Nord.

Henri Michaux, Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki, 1950.

« Les toiles de Zao Wou-Ki – cela se sait – ont une vertu: elles sont bénéfiques. »

Léonard De Vinci

«La pittura è cosa mentale – La peinture est une chose mentale.»

Richard Texier, Zao: « Dans ces occasions, nous ne parlions presque pas, perdus dans nos rêveries en sirotant notre breuvage. Il me racontait que Bram Van Velde et Samuel Beckett faisaient de même à la terrasse du café Le Sélect à Montparnasse. ils partageaient une heure ou deux sans dire un mot en regardant les passants. A la fin, l’un d’eux prenait congé en précisant qu’il avait passé un délicieux moment. L’affection s’accomode bien du silence. Il ne gêne que les étrangers. La présence bienveillante d’un ami suffit largement au bonheur partagé, toute parole est alors superflue. »

« Pourquoi entrait-il dans l’océan sans le regarder? »

 » – En fait, tu vois, toute ma vie, j’ai essayé de peindre les nuages. »

Zao Wou-Ki.

Zao Wou-Ki (1920-2013)

Hommage à Henri Matisse 02.02.86 1986 Collection particulière

Visite de l’exposition Zao Wou-Ki L’espace est silence au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris samedi dernier avec J. et E.U.   L’exposition présente une sélection de quarante œuvres de très grandes dimensions dans de bonnes conditions dont certaines, un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une grande rétrospective, mais pourquoi faudrait-il bouder son plaisir?  C’est la première grande exposition consacrée à Zao Wou-Ki en France depuis quinze ans. Je ne comprends pas très bien l’article mi-figue, mi-raisin de Philippe Dagen dans Le Monde du 07/06/2018  Exposition : Zao Wou-ki, le vide et le plein.

https://abonnes.lemonde.fr/arts/article/2018/06/07/zao-wou-ki-peintre-des-grands-espaces_5310879_1655012.html

L’Hommage à Henri Matisse (02.02.86 1986) reprend la composition structurelle de Porte-fenêtre à Collioure (1914). Zao Wou-Ki admirait beaucoup Matisse et particulièrement ce tableau. « Ce silence est noir » écrit Henri Michaux dans un des poèmes inspirés par Zao Wou-Ki, peintre chinois arrivé en France en 1948. Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki, ce sont 8 courts textes écrits par Henri Michaux en 1950 pour accompagner les lithographies du jeune peintre chinois qu’il vient de découvrir avec enthousiasme. Le poète et le peintre deviendront amis.

Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki (Henri Michaux)

II

L’espace est silence
silence comme le frai abondant tombant lentement
dans une eau calme
ce silence est noir
en effet
il n’y a plus rien
les amants se sont soustraits à eux-mêmes
en « arrivant »

Bonheur profond
bonheur profond
bonheur semblable à la lividité
.
La lune a pris toute vie toute grandeur tout effluve
d’avance leur cœur se retire dans l’astre qui reflète

Porte-fenêtre à Collioure. 1914. Paris Centre Georges Pompidou

David Goldblatt

David Goldblatt

Le photographe sud-africain David Goldblatt (1930-2018) est mort le 25 juin à 88 ans. Ses photographies sont un témoignage de la vie quotidienne en Afrique du Sud non seulement sous l’Apartheid, introduit en 1948, mais aussi depuis la fin du régime ségrégationniste. Le Centre Pompidou venait de lui consacrer une rétrospective du 27 février au 7 mai 2018 que j’avais vue avec grand intérêt. Jusqu’à la fin des années 1990, toutes ses photographies étaient en noir et blanc.Il avait reçu le prix Henri Cartier-Bresson en 2009 et le prix Cornell Capa en 2013.

Le fils du fermier avec sa bonne d’enfants, ferme de Heimweeberg, environs de Nietverdiend, Marico Bushveld, province du Nord-Ouest 1964.