Charles Filiger 1863 – 1928

André Cariou, ancien conservateur du Musée des beaux-arts de Quimper, a passé dix années à faire des recherches sur Charles Filiger, peintre maudit de L’Ecole de Pont-Aven. Grâce à ce travail de longue haleine, il a publié en mars 2019: Filiger – Correspondances et sources anciennes aux Éditions Locus Solus. 35 €.

Le Musée des beaux-arts de Quimper ne possédait à l’origine aucune œuvre de Filiger. André Cariou en devint le conservateur en 1984: «Ses tableaux étaient la propriété de sept collectionneurs et grands marchands, à New York et Lausanne. C’était quasiment impossible de rentrer dans le jeu»

Charles Filiger est né à Thann (Haut-Rhin) le 28 novembre 1863. Son père, dessinateur et coloriste, l’inscrit à l’École des arts décoratifs à Paris. Il y arrive vers 1886. Il fréquente l’Académie Colarossi au 10 rue de la Grande-Chaumière. Il expose au Salon des indépendants en 1889 et 1890. Il arrive à Pont-Aven à la Pension Gloanec en 1888. Il s’installe ensuite à l’auberge de Marie Henry au Pouldu. Il y cotoie Paul Gauguin, Meyer de Haan et Paul Sérusier. Grâce à Gauguin, il se fait vite une place dans le milieu symboliste. Mais en 1893, il se retire et vit dans la misère dans une ferme au hameau de Kersulé, à proximité du Pouldu. Le comte Antoine de la Rochefoucault (1862-1959) est un temps son mécène. Il lui verse une rente mensuelle de 150 francs en échange de l’essentiel de sa production. Les critiques d’Alfred Jarry et de Rémy de Gourmont sont élogieuses. Filiger vit en retrait du monde. Il erre misérablement en Bretagne: Rochefort-en-Terre, le Pouldu à nouveau, Malestroit, Gouarec, Guémené-sur-Scorf, Arzano, Trégunc, Plougastel-Daoulas. Il est devenu taciturne et a des crises de mysticisme. Il est alcoolique et se drogue de plus en plus à l’éther. Il peint peu mais des œuvres d’une grande sophistication, empreintes d’une grande religiosité. Il meurt, tout à fait oublié, à Plougastel-Daoulas, le 11 janvier 1928, à 65 ans.

Le conservateur Alain Cariou a commençé à acheter ses œuvres peu à peu. Le musée en posséde dix-sept, dont un magnifique tableau du Pouldu. En 2003, lors la grande vente de la collection d’André Breton, il en achète deux. Il poursuit ses recherches et entre en contact avec la fille d’André Breton, Aube Breton-Elléouët, qui vit à Tréguier. Elle lui remet un gros classeur, le dossier personnel qu’avait constitué André Breton sur Filiger. Il envisageait de lui consacrer un livre. La fille d’André Breton lui donne ensuite une dizaine d’œuvres de Filiger. André Cariou prend sa retraite en 2012 mais ne cesse pas ses recherches.

Paysage du Pouldu. vers 1892. Musée des beaux-arts de Quimper.

L’éditeur Locus Solus (Châteaulin, Finistère) publie aujourd’hui cette somme, fruit de dix ans de travail. La parution de ce beau livre est complétée par une exposition à Paris-VIII, organisée du 27 mars au 22 juin, à la galerie Malingue, au 26 avenue Matignon. André Cariou en est le commissaire. La galerie Malingue présente là près de 80 œuvres de Filiger provenant de collections privées et de musées (Albi, Quimper, Brest, Saint-Germain-en-Laye).

Nous avons visité hier avec grand intérêt cette très belle exposition de ce peintre méconnu dont les œuvres avaient déjà attiré notre attention au Musée de Pont-Aven d’abord, puis lors de l’exposition Le Talisman de Sérusier, une prophétie de la couleur au Musée d’Orsay cet hiver.

Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux.

Entendre cet homme est toujours un bonheur!

https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue

Faute d’égalité. Collection Tracts (n° 3), Gallimard. Parution : 21-03-2019
«On attendait d’énergiques initiatives, des changements effectifs, de vrais événements. Ils ne se sont pas produits. Cinq décennies ont passé en vain, à vide, apparemment. Et puis ce qui aurait dû être et demeurait latent, absent fait irruption dans la durée.»

Pierre Bergounioux entreprend ici de saisir les origines et la signification du soulèvement social que la France a vécu ces derniers mois. Il enracine sa réflexion dans l’histoire des nations et des idées occidentales, en vertu de l’axiome selon lequel tout le passé est présent dans les structures objectives et la subjectivité des individus qui font l’histoire. Ainsi se poursuit, jusque dans les formes les plus contemporaines de la contestation, en pleine crise du capitalisme et de la représentation politique, le rêve égalitaire qui nous est propre.

Hôtel du Brésil. Collection Connaissance de l’Inconscient, Série Le principe de plaisir, Gallimard Parution : 23-05-2019
«Si rien n’est plus manifeste que l’inconscient, depuis que Freud a passé, il résidait bien moins en nous, pour moi, pour d’autres, qu’à notre porte, dans les choses qui nous assiégeaient, leur dureté, leur mutisme, la tyrannie qu’elles exerçaient sur nos sentiments, les pensées qu’elles nous inspiraient forcément.»

Pierre Bergounioux s’explique ici sur un certain éloignement, et d’abord géographique, vis-à-vis de la psychanalyse, que le nom de Freud, gravé dans le marbre au-dessus de l’entrée d’un hôtel parisien, confirmera un peu plus tard.
Il raconte comment il a affronté un trouble profond, étroitement localisé, auquel les remèdes qui pouvaient parvenir du dehors – l’apport de Freud, la méthode analytique, le divan – étaient impropres.

Aïcha Goblet – Samuel Granowsky

Aïcha (Félix Vallotton), 1922. Hambours, Hamburger Kunsthalle.

Nous avons vu l’exposition Le Modèle noir de Géricault à Matisse le dimanche 19 mai avec nos amis E. , P., J.L. et E. Lycée de Montgeron, 1969, il y a cinquante ans le baccalauréat. Exposition très riche, très complète. Le Musée d’Orsay fait presque toujours du très bon travail.

En revoyant les photos prises et la Revue Connaissance des Arts, le tableau Aïcha de Félix Valloton (1865-1925) a de nouveau attiré mon attention. Aïcha Goblet était antillaise. Elle avait commencé sa vie comme artiste de cirque. Elle devint célèbre à Montparnasse comme modèle professionnel. Compagne du peintre Samuel Granowsky (1899-1942), elle a posé pour presque tous les artistes de l’École de Paris (Pascin, Foujita, Kisling, Van Dongen, Modigliani). Le turban qu’elle portait en permanence a contribué à sa célébrité.
Félix Vallotton a capturé l’élégance de cette jeune femme. Son visage hiératique ignore le peintre et donc le spectateur. Elle regarde ailleurs, l’air mélancolique, vers la source de lumière (le soleil ?), à l’extérieur du tableau. Le peintre a particulièrement réussi les reflets sur le turban, sur la soie de la robe verte et la peau cuivrée. Le contraste entre le collier rouge et les zones vertes ajoute encore de la luminosité. Vallotton évite la mode de l’orientalisme ou le primitivisme. Le peintre suisse, qui était anarchiste, rend peut-être l’exotique banal et s’éloigne des visions racistes habituelles à l’époque. Man Ray a aussi fait le portrait d’Aïcha en 1922.

Sam Granowsky venait d’ Ekaterinoslav (Ukraine). Il était arrivé à Paris en 1909 et s’était installé à Montparnasse. Sa silhouette originale était très connue dans le quartier. On le surnommait le Cow-boy de Montparnasse. Il se mit à peindre des nus, des portraits, à sculpter, à décorer des meubles. Il rencontra Aïcha, très appréciée par les peintres. Elle devint sa compagne.

Samuel Granowsky était juif. Le 17 juillet 1942, il fut arrêté à Paris par le police française lors de la rafle du Vel d’Hiv’. Le 22 juillet, le convoi n° 9 partit vers le camp de concentration d’Auschwitz, en Pologne. Samuel Granowsky en faisait partie. Il fut assassiné par les nazis dans ce camp.

Samuel Granowsky à Montparnasse. La Rotonde. 1925.

Vladimir Jankélévitch (1903-1985) III

Fausse carte d’identité de Vladimir Jankélévitch, 1942.

J’ai vu avec J. mercredi 6 février l’exposition Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe à la BNF. Le quartier est en construction depuis des années. La Bibliothèque nationale de France «site François-Mitterrand», créée en 1996-98 par Dominique Perrault, a reçu en 1996 le Prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine Mies van der Rohe. Ses quatre grandes tours angulaires de 79 mètres et vingt-deux étages ne m’ont jamais semblé bien agréables à voir. Pourquoi avoir construit un jardin de 9 000 m²(50 m x 180 m), entouré d’une allée de 3,75 m de large, soit 10 780 m² au total) et l’avoir fermé au public? Ce géant semble néanmoins fonctionner et attirer les jeunes étudiants. Tant mieux!

L’exposition rétrospective Vladimir Jankélévitch rassemble 120 pièces conservées au département des Manuscrits et données par sa famille à la BnF. Manuscrits, tapuscrits, ouvrages, correspondances, photographies ou documents audiovisuels éclairent la pensée et l’itinéraire de cette grande figure de la philosophie française du XX ème siècle. L’exposition montre bien ses combats dans la Résistance, ses engagements humanistes jusqu’à sa mort en 1985 et l’importance de la musique dans sa vie. Réfugié à Toulouse pendant la seconde Guerre mondiale, il y a mené des actions de résistance tout en faisant paraître des textes comme Du mensonge, Le Nocturne en 1942 ou l’article De la simplicité, en hommage à Henri Bergson, en 1943. Fidèle à cet esprit, il reviendra sans cesse sur l’impossibilité d’oublier ou de banaliser la Shoah, sur les diverses formes de résurgence de l’antisémitisme. Toute sa vie, il combattra aux côtés des persécutés politiques, des victimes du racisme et des réfugiés.

Citations glanées ici et là dans cette exposition:

Vladimir Jankélévitch, Le paradoxe de la morale, Paris, Seuil, 1981, pp. 32-33.

«Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes»

Vladimir Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie , Éditions Flammarion, 1983.

«Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été: désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité.»

Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible.Pardonner? Dans l’honneur et la dignité. Le Seuil 1986 p.59-60

«Les innombrables morts, ces massacrés, ces torturés, ces piétinés, ces offensés sont notre affaire à tous. Qui en parlerait si nous n’en parlions pas? Qui même y penserait? Dans l’universelle amnistie morale depuis longtemps accordée aux assassins, les déportés, les fusillés, les massacrés n’ont plus que nous pour penser à eux. Si nous cessions d’y penser, nous achèverions de les exterminer et ils seraient anéantis définitivement. Les morts dépendent entièrement de notre fidélité.»

Vladimir Jankélévitch, L’Arc n° 75. 1979

«Je joue du piano…pour rien. Parce que j’en ai envie. C’est une grande partie de ma vie. Ce soir, vous allez m’empêcher d’en faire…Je me demande même si je n’aime pas le piano davantage que la musique. Le piano, c’est un plaisir complet, qui va jusqu’au bout des doigts: il y a un plaisir particulier à enfoncer les touches.»

Vladimir Jankélévitch, France Culture, entretiens rediffusés le 8 juin 1985.

«Mon père n’est pas dans le cimetière où il est enterré. Il est plutôt à sa table de travail et dans le livre qu’il m’a laissé, et dans la pensée qu’il m’a léguée; il est dans…il est dans ces choses-là, mais il n’est pas dans le cimetière. Dans le cimetière, il n’y a rien.»

Cartes de membre et d’adhérent 01.

Cartes de membre et d’adhérent 02.

Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu

“Cholet” à El Alto (Freddy Mamani).

Fondation Cartier pour l’art contemporain
Exposition Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu
14 octobre 2018 – 24 février 2019

La Fondation Cartier a exploré souvent la diversité et la richesse de la création en Amérique Latine. Cette exposition s’intéresse à la présence de la géométrie dans l’art de ce continent, tant chez les artistes issus du monde amérindien que chez ceux qui puisent leur inspiration dans le modernisme européen ou dans l’art précolombien.

Elle rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie. Elle révèle des répertoires formels présents depuis des temps immémoriaux (par exemple, chez les peuples valdivia qui vivaient sur la côte Pacifique de l’actuel Equateur au néolithique) et qui fascinent toujours les jeunes artistes des nouvelles générations.

Trois oeuvres sont exposées au rez-de-chaussée:
– l’architecte bolivien Freddy Mamani, inspiré par la culture aymara de Tiwanaku, a conçu pour la Fondation un salón de eventos comme ceux qu’il a construits à El Alto. Cette ville de Bolivie, banlieue située à l’ouest de La Paz, est peuplée d’environ un million d’habitants. Elle se trouve à 4 149 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le film qui présente Freddy Mamani est très intéressant et sans complaisance aucune.
– Les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral développent une recherche sur les formes géométriques associée aux matériaux et au savoir-faire propre aux cultures populaires locales. Leur œuvre monumentale est un ensemble fait de modules triangulaires qui joue avec les ombres et les lumières.
– On trouve enfin un ensemble de 22 sculptures de l’artiste vénézuélienne Gego (1912–1994), de son vrai nom Gertrud Louise Goldschmidt. Elle est née à Hambourg dans une famille juive aisée. Elle a fui l’Allemagne nazie en 1939 avec sa famille et s’est installée au Vénézuela. Son œuvre s’inscrit dans la continuité du modernisme européen.

A l’étage inférieur, 220 œuvres proposent un va-et-vient entre art ancien, art populaire et art contemporain. Il s’agit de prendre son temps et d’être attentifs car sinon nous pouvons courir le risque d’être un peu perdus par la richesse des œuvres présentées. En effet, l’accrochage préfère les juxtapositions à la chronologie ou à la géographie.

Cette exposition nous fait voyager du Mexique à la Terre de Feu. Nous avons beaucoup aimé découvrir ces oeuvres colorées, graphiques et spirituelles. Nous avons retrouvé un peu du plaisir que nous avons pris ces dernières années à voyager en Terre de Feu, en Argentine, au Chili, en Equateur, au Pérou, en Bolivie.

Web-série sur les coulisses de l’exposition « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu »

https://goo.gl/rTvyZN

Stèles Valdivia. Zones côtières, Equateur. 3500-1500 av. J-C.

Martine Franck (1938-2012)

Martine Franck (Henri Cartier-Bresson) Venise, Italie. 1972.

La Fondation Henri Cartier-Bresson qui a ouvert en mai 2003 a déménagé. Elle ne se trouve plus dans le bel, mais inconfortable immeuble, construit par l’architecte Emile Molinié (Impasse Lebouis n°2 Paris-XIV). Un ancien garage à voitures (79 rue des Archives Paris- III) a été aménagé pour recevoir l’énorme legs du célèbre photographe sur 900 m². De Montparnasse au Marais.
Ouverture: mardi 6 novembre 2018.

La première exposition met en valeur l’oeuvre de la dernière épouse d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), Martine Franck, qui fut à l’origine de la fondation.

Cette grande photographe belge est née le 2 avril 1938 à Anvers. Elle est morte de leucémie le 16 août 2012 à Paris à 74 ans.

Elle épousa Henri Cartier-Bresson en 1970 et partagea sa vie pendant 34 ans.
Sa famille, collectionneuse de peinture, après l’avoir fait grandir entre les États-Unis, l’Angleterre et la Suisse, l’avait accompagnée dans des études universitaires d’histoire de l’art et dans un cursus à l’École du Louvre à Paris.
Comme photographe, elle a travaillé pour Vogue, Life, Fortune ou The New York Times.

En 1983, elle rejoignit l’agence Magnum Photos. Elle n’aimait pas photographier la guerre, mais affrontait la souffrance à travers la vieillesse. Dans son livre Le Temps de vieillir (éditions Filipacchi-Denoël, 1980), elle photographie avec douceur, bienveillance et dignité les vieillards.

Amie d’Ariane Mnouchkine, on voit bien dans l’exposition ses engagements: les mouvements politiques et sociaux des années 60, le mouvement des femmes, le regard sur l’enfance et la vieillesse, les artistes, le Royaume-Uni, l’Asie, le bouddhisme.

Elle défend la cause tibétaine en montrant les enfants tulkus, élevés pour réincarner d’anciens grands maîtres spirituels. Elle a fait aussi de magnifiques portraits d’écrivains et d’artistes.

«Une photographie n’est pas nécessairement un mensonge, mais ce n’est pas la vérité non plus. Il faut être prêt à saluer l’inattendu.»

«Une lettre à la révolution.
Du jour de la naissance jusqu’à l’instant de la mort, la vie n’est qu’une révolution constante. Rien n’est pur moment. Le plus difficile est d’accepter les changements en soi, chez les autres et pourtant la plus belle aventure n’est-ce pas ce parcours qui part de soi pour se connaître, s’oublier, se dépasser?»

«Pour être photographe il faut un bon œil, le sens de la composition, de la compassion et un sens de le l’engagement.»

«L’appareil est en lui-même une frontière à passer de l’autre côté. On ne peut y parvenir qu’en s’oubliant soi-même, momentanément.»

Michel Foucault à son domicile. Paris, 1978.

La Dama de Elche

Dama de Elche. Madrid, Museo Arqueológico Nacional.

El País, 30/10/2018

La Dama de Elche, de reina mora a icono patriótico del franquismo

La arqueóloga Carmen Aranegui publica un estudio que recorre la historia de la joya del arte ibérico y tercia sobre su posible traslado

“La Dama de Elche tiene la gloria de una reina y posee el atractivo de un ángel con la fuerza de una amazona”. Salvador Dalí ha sido uno de los artistas rendidos a la belleza de esta figura. Han pasado 121 años desde que la joya del arte ibérico fue descubierta en una finca de La Alcudia, a tres kilómetros de Elche. Aupada como esencia de España, tanto en la República como, sobre todo, en el franquismo, la idolatría hacia esta escultura del siglo IV antes de Cristo propició “un grado de manipulación tal que incluso llegó a alejar a los investigadores de su estudio un tiempo”, dice a EL PAÍS la arqueóloga Carmen Aranegui Gascó, catedrática emérita de la Universidad de Valencia, que ha publicado La Dama de Elche (editorial Marcial Pons). En este libro, lamenta que de la Dama “hayan interesado más los aspectos sentimentales que el estudio de su contexto”.

Ese momento clave fue el 4 de agosto de 1897, cuando unos peones agrícolas instalaban un regadío y plantaban granados en la finca de La Alcudia. El busto apareció como una pieza reaprovechada dentro de una pared. Tras ser mostrada unos días en Elche, “la reina mora”, como la llamaron los ilicitanos, partió a París. “La arqueología internacional tenía una visión romántica de España como lugar exótico, de antiguas tradiciones”, explica la profesora Aranegui. Casualmente, un hispanista francés, Pierre Paris, que acudía cada verano a España, estaba en Elche y se movió rápido. Contactó con un banquero que pagó 4.000 francos al dueño del terreno, que ya había vendido otros hallazgos, y con los responsables del Louvre.

Por parte española, el arqueólogo Pedro Ibarra, cronista del descubrimiento, lo había comunicado “a la Real Academia de la Historia y a las autoridades de patrimonio, pero el 8 de agosto fue asesinado el presidente del Consejo de Ministros, Antonio Cánovas del Castillo, lo que dificultó cualquier respuesta oficial”, explica Aranegui.

El busto (“hay quien ha teorizado que era parte de una mujer sentada o en pie, pero defiendo que no es así”) recibe en Francia el nombre de “dama” porque “los anticuarios de la época habían empezado a sustituir el nombre de Venus, con el que se bautizaba a las representaciones que se encontraban, por algo más acorde con los tiempos”.

Uso funerario
Se suceden las investigaciones, como las que han apuntado que la Dama es una diosa, algo que Aranegui, que comisarió hace 20 años una gran exposición sobre arte ibérico en París, descarta: “Creo que es una representación de los valores de las élites de aquella sociedad”. También recuerda un dato conocido, su uso funerario. “Se analizó su hueco de la parte posterior y se sabe que contuvo cenizas y restos de combustión de huesos humanos”.

¿Quién talló semejante maravilla hace casi 2.500 años? “Una aportación de mi libro es que al estudiar el conjunto de La Alcudia se deduce que hubo un taller de muy buenos escultores en lo que era la ciudad ibérica de Ilici. Hoy, un 80% del yacimiento está sin excavar”. El autor de la Dama fue minucioso en los detalles. “Destaca el tratamiento del rostro, enmarcado en joyas, pero el objetivo del artista fue describir la joyería y las telas de la vestimenta. No le interesó el lenguaje de la expresión anatómica”.

El rostro hierático de la Dama seguía en el Louvre, a pesar de que la España republicana reclamaba su devolución. “En producciones teatrales de Alberti y María Teresa León, España estaba personificada como la Dama. Y Margarita Xirgu se vistió, en el exilio, como la estatua para la Numancia de Cervantes. Las negociaciones continuaron tras la Guerra Civil. La España de la dictadura y la Francia colaboracionista de Vichy llegaron a un acuerdo, tras un tira y afloja por el intercambio de piezas. “En el difícil equilibrio de Pétain, quería acercarse a España para que Franco fuera más neutral, menos amistoso con el Eje, y pensó que, devolviendo la Dama, así  sucedería”.

El regreso y su exposición en el Prado, desde junio de 1941, marcan el principio de la retirada de la bibliografía internacional. “Se despliega la propaganda de que España es una civilización sin rival en cuanto a su antigüedad”. Su imagen se multiplica en sellos, rótulos, marcas…

El bloque de arenisca, de 65 kilos de peso y 56 centímetros de altura, permanece en la pinacoteca hasta 1971, cuando es trasladada “escoltada y en taxi” al Museo Arqueológico para realzar un centro que necesitaba una estrella. Allí sigue con su mirada penetrante. ¿Puede trasladarse para exposiciones temporales, como se hizo, en 1965, a Elche? “La pieza está estabilizada en su conservación, con precauciones no tiene por qué ser un obstáculo”. Sin embargo, la profesora Aranegui teme que al plantear esta cuestión suceda como otras veces, “cuando lo identitario irrumpe, la Dama pierde”.

https://elpais.com/cultura/2018/10/17/actualidad/1539790920_448962.html

De l’autre côté. Photographies de Jeanne Mandello, Hildegard Rosenthal, Grete Stern.

Qui est-ce? (Grete Stern) 1949. Rêve n°7. Idilio n°17.

Exposition à la Maison de l’Amérique Latine, 217 Boulevard Saint-Germain 75007-Paris du 12 octobre 2018-20 décembre 2018.

Nous avons vu cette exposition mardi un peu par hasard.

Elle présente un ensemble de 150 photographies, composé de tirages anciens et modernes, de publications de l’époque et d’ extraits de films (Sinfonia de Metrópole de 1929). Il s’agit du regard sur le monde de trois femmes originaires d’Allemagne et qui se sont exilées à la fin des années 30 en Amérique du Sud. Leur formation photographique s’est faite en Allemagne. Elles ont toutes les trois subi l’influence du Bauhaus ou ont été formées dans l’atelier de Paul Wolff (1887-1951) dont le nom est associé à la marque Leica. Néanmoins, leur style diffère et elles n’ont pas vécu dans les mêmes pays d’Amérique du Sud.

Jeanne Mandello est née à Francfort, en Allemagne, en 1907. Elle suit une formation photographique à Berlin. Après un séjour à Francfort où elle monte son propre atelier, elle émigre à Paris en 1934. Elle abandonne son studio pour rejoindre l’Uruguay où elle vit de 1941 à 1953. Elle séjourne plusieurs années au Brésil et meurt à Barcelone en 2001.

Hildegard Rosenthal est née en 1913 à Zürich, mais sa naissance est enregistrée à Francfort. Elle fréquente ensuite le studio de Paul Wolff et commence à travailler en 1936. Elle émigre au Brésil en 1937. Elle s’installe à São Paulo et photographie jusqu’à la fin des années 1950. Elle meurt en 1990.

Grete Stern est née à Elberfeld-Wuppertal, en Allemagne, en 1904. Elle s’installe à Berlin en 1927 et suit pendant deux semestres les cours de photographie de Walter Petershans (1897-1960) au Bauhaus de Dessau. Elle s’associe avec une autre photographe, Ellen Auerbach, née Rosenberg (1906-2004), pour fonder l’ atelier ringl & pit en 1930. Après avoir émigré à Londres fin 1933, elle rejoint en 1936 en Argentine son mari, Horacio Coppola (1906-2012) qui est aussi photographe et qu’elle a rencontré au Bauhaus en 1932 et épousé en 1935. Pour l’essentiel, elle produit des mises en scène d’objets ou des photomontages en suivant les techniques de John Heartfield (1891-1968), Raoul Hausmann (1886-1971) ou George Grosz (1893-1959). Elle illustre une rubrique de psychologie pour le magazine Idilio entre 1948 et 1951. Cet hebdomadaire de la presse du coeur visait un large public, jeune, féminin et populaire. Elle meurt le 24 décembre 1999 à Buenos Aires.

Sans titre (Grete Stern) 1949. Rêve n°45 idilio n°47.

Les différences entre les trois photographes sautent aux yeux. Jeanne Mandello a essentiellement travaillé en studio. Elle a effectué des recherches pour la publicité et la mode dans son laboratoire. Hildegard Rosenthal a adopté le petit format de prise de vue (24×36). Dès son arrivée à São Paulo, elle a pratiqué le reportage et s’est intéressée à la ville en utilisant un style européen. Quant à Grete Stern, la plus originale, elle a pratiqué le photomontage et illustré une rubrique de psychologie pour le magazine argentin Idilio. C’est une pionnière de la dénonciation de l’exploitation des femmes bien avant l’essor des mouvements féministes des années 60. Elle le fait avec beaucoup d’ humour et d’ironie, influencée par le dadaïsme et le surréalisme.

D’autres photographes européennes ont connu le même parcours: la hongroise Kati Horna (1912-2000) qui a vécu au Mexique; l’allemande Gisèle Freund (1908-2000) qui a travaillé en Argentine pendant la seconde Guerre Mondiale et n’est rentrée en Europe qu’en 1946; l’allemande Annemarie Heinrich (1912-2005), installée avec sa famille en Argentine dès 1926; l’allemande Gertrudis de Moses (1901-1996), réfugiée au Chili en 1939; l’allemande Alice Brill (1920-2013), exilée au Brésil avec sa famille à partir de 1934, la suisse Claudia Andujar (1931) qui a rejoint São Paulo en 1955 et a adopté la nationalité brésilienne en 1976.

Au rez-de-chaussée, on peut voir l’installation photographique et les sculptures de l’artiste mexicaine Carmen Mariscal, née en Californie en 1968. La esposa esposada (l’épouse menottée). Elle consacre surtout ses recherches aux questions liées à la condition féminine, dans ses dimensions de fragilité et d’aliénation. Une curiosité.

La esposa esposada (Carmen Mariscal).

Willy Ronis (1910 – 2009)

Pavillon Carré de Baudouin. 121 Rue de Ménilmontant Paris XX.

Une exposition Willy Ronis par Willy Ronis était prévue à Paris au Pavillon Carré de Baudouin, 121 Rue de Ménilmontant 75020 du 27 avril au 29 septembre 2018. Heureusement, elle a été prolongée jusqu’au 2 janvier 2019. J’ai donc pu y aller avec mon petit frère P. vendredi dernier et vagabonder un peu dans le quartier de Ménilmontant.
Environ deux cents clichés en noir et blanc réalisés entre 1926 et 2001 sont présentés. Il s’agit de tirages modernes. Le lieu est agréable et l’exposition gratuite.
Willy Ronis a eu une  longue vie puisqu’il est né le 14 août 1910 à Paris dans le 9 ème arrondissement. Il est mort le 11 septembre 2009 dans le 20 ème. Sa vocation n’était pas la photographie, mais la musique. Il ne devint photographe qu’au retour de son service militaire en 1932 pour aider son père malade. Cet émigré juif d’Odessa tenait un studio sous le pseudonyme de «Roness». Willy Ronis se prend alors au jeu et découvre la Société Française de Photographie. Il devient reporter photographe indépendant en 1936 et quitte l’atelier familial. Pendant le Front Populaire, il suit les manifestations populaires et publie dans la revue de gauche Regards.
Toute sa vie ce fut un homme engagé. Il était devenu communiste à 14 ans et conserva ses idées jusqu’à sa mort.
L’exposition est organisée par thèmes: «Les débuts», «Autoportraits», «L’intime», «Les Nus», «Le monde ouvrier». Certaines photos sont très connues, mais l’exposition permet de montrer la diversité de l’oeuvre du photographe. On classe Willy Ronis le plus souvent parmi les membres de la photographie humaniste française comme Edouard Boubat, Robert Doisneau, Izis, Sabine Weiss. Il a donné cette définition de l’école humaniste: «C’est le regard du photographe qui aime l’être humain».  Son œuvre est assez diverse . Il mena toujours  de front commandes et recherches personnelles.
Willy Ronis était un optimiste même s’il ne croyait pas en la perfectibilité de l’homme.
Certaines photos sont pourtant tragiques. Comme ce mineur atteint de silicose photographié à Lens, dans le Pas-de-Calais, en 1951. «Il avait 47 ans et la tête d’un homme de 70 ans. Il s’appelait Émile Fon­taine. Il ne mangeait plus. Il fumait seulement. Il ne marchait presque plus. Il restait assis en tailleur dans un fauteuil, se risquait, vacillant, à faire quelques pas dehors en s’appuyant sur le mur. Il est mort quelques mois après la photo. Je l’avais rencontré grâce à des amis lensois qui m’aidaient dans ma quête de motifs. Je suis entré chez lui pour me présenter et lui demander si je pouvais prendre sa photo der­rière la fenêtre, où j’avais eu mon premier regard sur lui.»
La donation Willy Ronis est affectée à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP) en 2016 qui gère les grandes donations photographiques faites à l’État (Jacques Henri Lartigue, André Kertesz)

Mineur silicosé près de Lens. 1951.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=73&v=U6zCbq8EkzA