Daniel Cordier

Daniel Cordier.

Daniel Cordier est né le 10 août 1920 à Bordeaux. Il a 99 ans aujourd’hui. Cet homme a été résistant et marchand d’art.


Ancien militant d’Action française, ultranationaliste et antisémite, il s’engage dans la France libre dès juin 1940. Il devient le secrétaire de Jean Moulin, premier président Conseil national de la Résistance (CNR) en 1942-1943. Au contact de celui-ci, ses opinions évoluent vers la gauche. Il lui a consacré une biographie en plusieurs volumes (Jean Moulin: l’inconnu du Panthéon, Jean-Claude Lattès. 1989). Compagnon de la Libération en 1944, il est après-guerre marchand d’art, critique, collectionneur et organisateur d’expositions, avant de se consacrer à des travaux d’historien.


Avec Edgard Tupët-Thomé, Hubert Germain, Pierre Simonet, il est un des quatre compagnons de la libération encore vivants sur un total de 1038. Le dernier sera enterré dans la crypte du Mont Valérien où se trouve le mémorial de la France combattante

« Jean Moulin fut mon initiateur à l’art moderne. Avant de le rencontrer, en 1942, j’étais ignorant de cet appendice vivant de l’histoire de l’art. Il m’en révéla la vitalité, l’originalité et le plaisir. Surtout il m’en communiqua le goût et la curiosité », écrit Daniel Cordier, en 1989, dans la préface du catalogue présentant sa donation au Centre Pompidou.

Dans l’accrochage actuel du Centre Pompidou, l’accent est mis sur les Galeries d’art du XX ème siècle. Les salles 25 à 27 sont consacrées à ce grand résistant. De 1956 à 1959, sa première galerie se trouve 8 rue de Duras (75008-Paris). Il présente Dubuffet, Michaux et Réquichot. Il met aussi à l’honneur des figures singulières comme Dado, Fahlström ou Schulze. Il s’installe ensuite, de 1959 à 1964, au 8 rue de Miromesnil (75008-Paris). Il donne alors carte blanche à André Breton pour ce qui sera sa dernière grande exposition surréaliste. Il expose Louise Navelson, puis Robert Rauschenberg. Il ouvre ensuite une galerie à Francfort (1958-1962), une autre à New York (1960-1965). Il intitule sa dernière exposition “8 ans d’agitation“. C’est une des plus importants donateurs du musée national d’art moderne.

“Il n’y a rien à comprendre, il y a tout à voir” (Daniel Cordier)

Le Cycliste (Dado 1933-2010). 1955. Paris, Centre Georges Pompidou.
Episode de la guerre des nerfs (Bernard Réquichot 1929-1961). 1957. Paris, Centre Georges Pompidou.
Cuadro 120 (Manolo Millares). 1960. Paris, Centre Georges Pompidou.

Charles Baudelaire

Charles Baudelaire (Gaspard Félix Tournachon, dit Nadar)

Deux textes très connus de Baudelaire:

XLVII. Harmonie du soir

Voici venir les temps ou vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!


Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.


Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.


Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!


Les Fleurs du Mal, 1861.

I – L’Etranger
“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère? Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère. –

  • Tes amis?
  • Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
  • Ta patrie?
  • J’ignore sous quelle latitude elle est située.
  • La beauté?
  • Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
  • L’or?
  • Je le hais comme vous haïssez Dieu.
  • Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
  • J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!”
    Petits poèmes en prose Le Spleen de Paris. 1869.
    Eugène Boudin, Le roi des ciels.
Baigneurs sur la plage de Trouville (Eugène Boudin). 1869. Paris, Musée d’ Orsay.

Guillaume Apollinaire

Á mon ami Guillaume Apollinaie. (Pablo Picasso) 1916.

Les fiançailles

A Picasso

Le printemps laisse errer les fiancés parjures
Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues
Que secoue le cyprès où niche l’oiseau bleu

Une Madone à l’aube a pris les églantines
Elle viendra demain cueillir les giroflées
Pour mettre aux nids des colombes qu’elle destine
Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

Au petit bois de citronniers s’énamourèrent
D’amour que nous aimons les dernières venues
Les villages lointains sont comme leurs paupières
Et parmi les citrons leurs cœurs sont suspendus

Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris
Je buvais à pleins verres les étoiles
Un ange a exterminé pendant que je dormais
Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries
De faux centurions emportaient le vinaigre
Et les gueux mal blessés par l’épurge dansaient
Étoiles de l’éveil je n’en connais aucune
Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas
À la clarté des bougies tombaient vaille que vaille
Des faux-cols sur des flots de jupes mal brossées
Des accouchées masquées fêtaient leurs relevailles
La ville cette nuit semblait un archipel
Des femmes demandaient l’amour et la dulie
Et sombre sombre fleuve je me rappelle
Les ombres qui passaient n’étaient jamais jolies

Je n’ai plus même pitié de moi
Et ne puis exprimer mon tourment de silence
Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles
Un Icare tente de s’élever jusqu’à chacun de mes yeux
Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses
Qu’ai-je fait aux bêtes théologales de l’intelligence
Jadis les morts sont revenus pour m’adorer
Et j’espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

J’ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D’autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d’ardents bouquets rouaient
Aux yeux d’une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l’électricité s’ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire

Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j’aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n’ai pas créés
Mais si le temps venait où l’ombre enfin solide
Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour
J’admirerais mon ouvrage

J’observe le repos du dimanche
Et je loue la paresse
Comment comment réduire
L’infiniment petite science
Que m’imposent mes sens
L’un est pareil aux montagnes au ciel
Aux villes à mon amour
Il ressemble aux saisons
Il vit décapité sa tête est le soleil
Et la lune son cou tranché
Je voudrais éprouver une ardeur infinie
Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures
Le tonnerre te sert de chevelure
Et tes griffes répètent le chant des oiseaux
Le toucher monstrueux m’a pénétré m’empoisonne
Mes yeux nagent loin de moi
Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve
La bête des fumées a la tête fleurie
Et le monstre le plus beau
Ayant la saveur du laurier se désole

À la fin les mensonges ne me font plus peur
C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat
Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée
Voici mon bouquet de fleurs de la Passion
Qui offrent tendrement deux couronnes d’épines
Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
Des anges diligents travaillent pour moi à la maison
La lune et la tristesse disparaîtront pendant
Toute la sainte journée
Toute la sainte journée j’ai marché en chantant
Une dame penchée à sa fenêtre m’a regardé longtemps
M’éloigner en chantant

Au tournant d’une rue je vis des matelots
Qui dansaient le cou nu au son d’un accordéon
J’ai tout donné au soleil
Tout sauf mon ombre

Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes
À l’horizon brumeux s’enfonçaient les trois-mâts
Les vents ont expiré couronnés d’anémones
Ô Vierge signe pur du troisième mois

Templiers flamboyants je brûle parmi vous
Prophétisons ensemble ô grand maître je suis
Le désirable feu qui pour vous se dévoue
Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

Liens déliés par une libre flamme Ardeur
Que mon souffle éteindra Ô Morts à quarantaine
Je mire de ma mort la gloire et le malheur
Comme si je visais l’oiseau de la quintaine

Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez
Le soleil et l’amour dansaient dans le village
Et tes enfants galants bien ou mal habillés
Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage

Alcools, 1913.

Charles Filiger 1863 – 1928

André Cariou, ancien conservateur du Musée des beaux-arts de Quimper, a passé dix années à faire des recherches sur Charles Filiger, peintre maudit de L’Ecole de Pont-Aven. Grâce à ce travail de longue haleine, il a publié en mars 2019: Filiger – Correspondances et sources anciennes aux Éditions Locus Solus. 35 €.

Le Musée des beaux-arts de Quimper ne possédait à l’origine aucune œuvre de Filiger. André Cariou en devint le conservateur en 1984: «Ses tableaux étaient la propriété de sept collectionneurs et grands marchands, à New York et Lausanne. C’était quasiment impossible de rentrer dans le jeu»

Charles Filiger est né à Thann (Haut-Rhin) le 28 novembre 1863. Son père, dessinateur et coloriste, l’inscrit à l’École des arts décoratifs à Paris. Il y arrive vers 1886. Il fréquente l’Académie Colarossi au 10 rue de la Grande-Chaumière. Il expose au Salon des indépendants en 1889 et 1890. Il arrive à Pont-Aven à la Pension Gloanec en 1888. Il s’installe ensuite à l’auberge de Marie Henry au Pouldu. Il y cotoie Paul Gauguin, Meyer de Haan et Paul Sérusier. Grâce à Gauguin, il se fait vite une place dans le milieu symboliste. Mais en 1893, il se retire et vit dans la misère dans une ferme au hameau de Kersulé, à proximité du Pouldu. Le comte Antoine de la Rochefoucault (1862-1959) est un temps son mécène. Il lui verse une rente mensuelle de 150 francs en échange de l’essentiel de sa production. Les critiques d’Alfred Jarry et de Rémy de Gourmont sont élogieuses. Filiger vit en retrait du monde. Il erre misérablement en Bretagne: Rochefort-en-Terre, le Pouldu à nouveau, Malestroit, Gouarec, Guémené-sur-Scorf, Arzano, Trégunc, Plougastel-Daoulas. Il est devenu taciturne et a des crises de mysticisme. Il est alcoolique et se drogue de plus en plus à l’éther. Il peint peu mais des œuvres d’une grande sophistication, empreintes d’une grande religiosité. Il meurt, tout à fait oublié, à Plougastel-Daoulas, le 11 janvier 1928, à 65 ans.

Le conservateur Alain Cariou a commençé à acheter ses œuvres peu à peu. Le musée en posséde dix-sept, dont un magnifique tableau du Pouldu. En 2003, lors la grande vente de la collection d’André Breton, il en achète deux. Il poursuit ses recherches et entre en contact avec la fille d’André Breton, Aube Breton-Elléouët, qui vit à Tréguier. Elle lui remet un gros classeur, le dossier personnel qu’avait constitué André Breton sur Filiger. Il envisageait de lui consacrer un livre. La fille d’André Breton lui donne ensuite une dizaine d’œuvres de Filiger. André Cariou prend sa retraite en 2012 mais ne cesse pas ses recherches.

Paysage du Pouldu. vers 1892. Musée des beaux-arts de Quimper.

L’éditeur Locus Solus (Châteaulin, Finistère) publie aujourd’hui cette somme, fruit de dix ans de travail. La parution de ce beau livre est complétée par une exposition à Paris-VIII, organisée du 27 mars au 22 juin, à la galerie Malingue, au 26 avenue Matignon. André Cariou en est le commissaire. La galerie Malingue présente là près de 80 œuvres de Filiger provenant de collections privées et de musées (Albi, Quimper, Brest, Saint-Germain-en-Laye).

Nous avons visité hier avec grand intérêt cette très belle exposition de ce peintre méconnu dont les œuvres avaient déjà attiré notre attention au Musée de Pont-Aven d’abord, puis lors de l’exposition Le Talisman de Sérusier, une prophétie de la couleur au Musée d’Orsay cet hiver.

Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux.

Entendre cet homme est toujours un bonheur!

https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue

Faute d’égalité. Collection Tracts (n° 3), Gallimard. Parution : 21-03-2019
«On attendait d’énergiques initiatives, des changements effectifs, de vrais événements. Ils ne se sont pas produits. Cinq décennies ont passé en vain, à vide, apparemment. Et puis ce qui aurait dû être et demeurait latent, absent fait irruption dans la durée.»

Pierre Bergounioux entreprend ici de saisir les origines et la signification du soulèvement social que la France a vécu ces derniers mois. Il enracine sa réflexion dans l’histoire des nations et des idées occidentales, en vertu de l’axiome selon lequel tout le passé est présent dans les structures objectives et la subjectivité des individus qui font l’histoire. Ainsi se poursuit, jusque dans les formes les plus contemporaines de la contestation, en pleine crise du capitalisme et de la représentation politique, le rêve égalitaire qui nous est propre.

Hôtel du Brésil. Collection Connaissance de l’Inconscient, Série Le principe de plaisir, Gallimard Parution : 23-05-2019
«Si rien n’est plus manifeste que l’inconscient, depuis que Freud a passé, il résidait bien moins en nous, pour moi, pour d’autres, qu’à notre porte, dans les choses qui nous assiégeaient, leur dureté, leur mutisme, la tyrannie qu’elles exerçaient sur nos sentiments, les pensées qu’elles nous inspiraient forcément.»

Pierre Bergounioux s’explique ici sur un certain éloignement, et d’abord géographique, vis-à-vis de la psychanalyse, que le nom de Freud, gravé dans le marbre au-dessus de l’entrée d’un hôtel parisien, confirmera un peu plus tard.
Il raconte comment il a affronté un trouble profond, étroitement localisé, auquel les remèdes qui pouvaient parvenir du dehors – l’apport de Freud, la méthode analytique, le divan – étaient impropres.

Aïcha Goblet – Samuel Granowsky

Aïcha (Félix Vallotton), 1922. Hambours, Hamburger Kunsthalle.

Nous avons vu l’exposition Le Modèle noir de Géricault à Matisse le dimanche 19 mai avec nos amis E. , P., J.L. et E. Lycée de Montgeron, 1969, il y a cinquante ans le baccalauréat. Exposition très riche, très complète. Le Musée d’Orsay fait presque toujours du très bon travail.

En revoyant les photos prises et la Revue Connaissance des Arts, le tableau Aïcha de Félix Valloton (1865-1925) a de nouveau attiré mon attention. Aïcha Goblet était antillaise. Elle avait commencé sa vie comme artiste de cirque. Elle devint célèbre à Montparnasse comme modèle professionnel. Compagne du peintre Samuel Granowsky (1899-1942), elle a posé pour presque tous les artistes de l’École de Paris (Pascin, Foujita, Kisling, Van Dongen, Modigliani). Le turban qu’elle portait en permanence a contribué à sa célébrité.
Félix Vallotton a capturé l’élégance de cette jeune femme. Son visage hiératique ignore le peintre et donc le spectateur. Elle regarde ailleurs, l’air mélancolique, vers la source de lumière (le soleil ?), à l’extérieur du tableau. Le peintre a particulièrement réussi les reflets sur le turban, sur la soie de la robe verte et la peau cuivrée. Le contraste entre le collier rouge et les zones vertes ajoute encore de la luminosité. Vallotton évite la mode de l’orientalisme ou le primitivisme. Le peintre suisse, qui était anarchiste, rend peut-être l’exotique banal et s’éloigne des visions racistes habituelles à l’époque. Man Ray a aussi fait le portrait d’Aïcha en 1922.

Sam Granowsky venait d’ Ekaterinoslav (Ukraine). Il était arrivé à Paris en 1909 et s’était installé à Montparnasse. Sa silhouette originale était très connue dans le quartier. On le surnommait le Cow-boy de Montparnasse. Il se mit à peindre des nus, des portraits, à sculpter, à décorer des meubles. Il rencontra Aïcha, très appréciée par les peintres. Elle devint sa compagne.

Samuel Granowsky était juif. Le 17 juillet 1942, il fut arrêté à Paris par le police française lors de la rafle du Vel d’Hiv’. Le 22 juillet, le convoi n° 9 partit vers le camp de concentration d’Auschwitz, en Pologne. Samuel Granowsky en faisait partie. Il fut assassiné par les nazis dans ce camp.

Samuel Granowsky à Montparnasse. La Rotonde. 1925.

Vladimir Jankélévitch (1903-1985) III

Fausse carte d’identité de Vladimir Jankélévitch, 1942.

J’ai vu avec J. mercredi 6 février l’exposition Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe à la BNF. Le quartier est en construction depuis des années. La Bibliothèque nationale de France «site François-Mitterrand», créée en 1996-98 par Dominique Perrault, a reçu en 1996 le Prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine Mies van der Rohe. Ses quatre grandes tours angulaires de 79 mètres et vingt-deux étages ne m’ont jamais semblé bien agréables à voir. Pourquoi avoir construit un jardin de 9 000 m²(50 m x 180 m), entouré d’une allée de 3,75 m de large, soit 10 780 m² au total) et l’avoir fermé au public? Ce géant semble néanmoins fonctionner et attirer les jeunes étudiants. Tant mieux!

L’exposition rétrospective Vladimir Jankélévitch rassemble 120 pièces conservées au département des Manuscrits et données par sa famille à la BnF. Manuscrits, tapuscrits, ouvrages, correspondances, photographies ou documents audiovisuels éclairent la pensée et l’itinéraire de cette grande figure de la philosophie française du XX ème siècle. L’exposition montre bien ses combats dans la Résistance, ses engagements humanistes jusqu’à sa mort en 1985 et l’importance de la musique dans sa vie. Réfugié à Toulouse pendant la seconde Guerre mondiale, il y a mené des actions de résistance tout en faisant paraître des textes comme Du mensonge, Le Nocturne en 1942 ou l’article De la simplicité, en hommage à Henri Bergson, en 1943. Fidèle à cet esprit, il reviendra sans cesse sur l’impossibilité d’oublier ou de banaliser la Shoah, sur les diverses formes de résurgence de l’antisémitisme. Toute sa vie, il combattra aux côtés des persécutés politiques, des victimes du racisme et des réfugiés.

Citations glanées ici et là dans cette exposition:

Vladimir Jankélévitch, Le paradoxe de la morale, Paris, Seuil, 1981, pp. 32-33.

«Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes»

Vladimir Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie , Éditions Flammarion, 1983.

«Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été: désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité.»

Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible.Pardonner? Dans l’honneur et la dignité. Le Seuil 1986 p.59-60

«Les innombrables morts, ces massacrés, ces torturés, ces piétinés, ces offensés sont notre affaire à tous. Qui en parlerait si nous n’en parlions pas? Qui même y penserait? Dans l’universelle amnistie morale depuis longtemps accordée aux assassins, les déportés, les fusillés, les massacrés n’ont plus que nous pour penser à eux. Si nous cessions d’y penser, nous achèverions de les exterminer et ils seraient anéantis définitivement. Les morts dépendent entièrement de notre fidélité.»

Vladimir Jankélévitch, L’Arc n° 75. 1979

«Je joue du piano…pour rien. Parce que j’en ai envie. C’est une grande partie de ma vie. Ce soir, vous allez m’empêcher d’en faire…Je me demande même si je n’aime pas le piano davantage que la musique. Le piano, c’est un plaisir complet, qui va jusqu’au bout des doigts: il y a un plaisir particulier à enfoncer les touches.»

Vladimir Jankélévitch, France Culture, entretiens rediffusés le 8 juin 1985.

«Mon père n’est pas dans le cimetière où il est enterré. Il est plutôt à sa table de travail et dans le livre qu’il m’a laissé, et dans la pensée qu’il m’a léguée; il est dans…il est dans ces choses-là, mais il n’est pas dans le cimetière. Dans le cimetière, il n’y a rien.»

Cartes de membre et d’adhérent 01.

Cartes de membre et d’adhérent 02.

Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu

“Cholet” à El Alto (Freddy Mamani).

Fondation Cartier pour l’art contemporain
Exposition Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu
14 octobre 2018 – 24 février 2019

La Fondation Cartier a exploré souvent la diversité et la richesse de la création en Amérique Latine. Cette exposition s’intéresse à la présence de la géométrie dans l’art de ce continent, tant chez les artistes issus du monde amérindien que chez ceux qui puisent leur inspiration dans le modernisme européen ou dans l’art précolombien.

Elle rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie. Elle révèle des répertoires formels présents depuis des temps immémoriaux (par exemple, chez les peuples valdivia qui vivaient sur la côte Pacifique de l’actuel Equateur au néolithique) et qui fascinent toujours les jeunes artistes des nouvelles générations.

Trois oeuvres sont exposées au rez-de-chaussée:
– l’architecte bolivien Freddy Mamani, inspiré par la culture aymara de Tiwanaku, a conçu pour la Fondation un salón de eventos comme ceux qu’il a construits à El Alto. Cette ville de Bolivie, banlieue située à l’ouest de La Paz, est peuplée d’environ un million d’habitants. Elle se trouve à 4 149 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le film qui présente Freddy Mamani est très intéressant et sans complaisance aucune.
– Les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral développent une recherche sur les formes géométriques associée aux matériaux et au savoir-faire propre aux cultures populaires locales. Leur œuvre monumentale est un ensemble fait de modules triangulaires qui joue avec les ombres et les lumières.
– On trouve enfin un ensemble de 22 sculptures de l’artiste vénézuélienne Gego (1912–1994), de son vrai nom Gertrud Louise Goldschmidt. Elle est née à Hambourg dans une famille juive aisée. Elle a fui l’Allemagne nazie en 1939 avec sa famille et s’est installée au Vénézuela. Son œuvre s’inscrit dans la continuité du modernisme européen.

A l’étage inférieur, 220 œuvres proposent un va-et-vient entre art ancien, art populaire et art contemporain. Il s’agit de prendre son temps et d’être attentifs car sinon nous pouvons courir le risque d’être un peu perdus par la richesse des œuvres présentées. En effet, l’accrochage préfère les juxtapositions à la chronologie ou à la géographie.

Cette exposition nous fait voyager du Mexique à la Terre de Feu. Nous avons beaucoup aimé découvrir ces oeuvres colorées, graphiques et spirituelles. Nous avons retrouvé un peu du plaisir que nous avons pris ces dernières années à voyager en Terre de Feu, en Argentine, au Chili, en Equateur, au Pérou, en Bolivie.

Web-série sur les coulisses de l’exposition « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu »

https://goo.gl/rTvyZN

Stèles Valdivia. Zones côtières, Equateur. 3500-1500 av. J-C.

Martine Franck (1938-2012)

Martine Franck (Henri Cartier-Bresson) Venise, Italie. 1972.

La Fondation Henri Cartier-Bresson qui a ouvert en mai 2003 a déménagé. Elle ne se trouve plus dans le bel, mais inconfortable immeuble, construit par l’architecte Emile Molinié (Impasse Lebouis n°2 Paris-XIV). Un ancien garage à voitures (79 rue des Archives Paris- III) a été aménagé pour recevoir l’énorme legs du célèbre photographe sur 900 m². De Montparnasse au Marais.
Ouverture: mardi 6 novembre 2018.

La première exposition met en valeur l’oeuvre de la dernière épouse d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), Martine Franck, qui fut à l’origine de la fondation.

Cette grande photographe belge est née le 2 avril 1938 à Anvers. Elle est morte de leucémie le 16 août 2012 à Paris à 74 ans.

Elle épousa Henri Cartier-Bresson en 1970 et partagea sa vie pendant 34 ans.
Sa famille, collectionneuse de peinture, après l’avoir fait grandir entre les États-Unis, l’Angleterre et la Suisse, l’avait accompagnée dans des études universitaires d’histoire de l’art et dans un cursus à l’École du Louvre à Paris.
Comme photographe, elle a travaillé pour Vogue, Life, Fortune ou The New York Times.

En 1983, elle rejoignit l’agence Magnum Photos. Elle n’aimait pas photographier la guerre, mais affrontait la souffrance à travers la vieillesse. Dans son livre Le Temps de vieillir (éditions Filipacchi-Denoël, 1980), elle photographie avec douceur, bienveillance et dignité les vieillards.

Amie d’Ariane Mnouchkine, on voit bien dans l’exposition ses engagements: les mouvements politiques et sociaux des années 60, le mouvement des femmes, le regard sur l’enfance et la vieillesse, les artistes, le Royaume-Uni, l’Asie, le bouddhisme.

Elle défend la cause tibétaine en montrant les enfants tulkus, élevés pour réincarner d’anciens grands maîtres spirituels. Elle a fait aussi de magnifiques portraits d’écrivains et d’artistes.

«Une photographie n’est pas nécessairement un mensonge, mais ce n’est pas la vérité non plus. Il faut être prêt à saluer l’inattendu.»

«Une lettre à la révolution.
Du jour de la naissance jusqu’à l’instant de la mort, la vie n’est qu’une révolution constante. Rien n’est pur moment. Le plus difficile est d’accepter les changements en soi, chez les autres et pourtant la plus belle aventure n’est-ce pas ce parcours qui part de soi pour se connaître, s’oublier, se dépasser?»

«Pour être photographe il faut un bon œil, le sens de la composition, de la compassion et un sens de le l’engagement.»

«L’appareil est en lui-même une frontière à passer de l’autre côté. On ne peut y parvenir qu’en s’oubliant soi-même, momentanément.»

Michel Foucault à son domicile. Paris, 1978.