Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu

« Cholet » à El Alto (Freddy Mamani).

Fondation Cartier pour l’art contemporain
Exposition Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu
14 octobre 2018 – 24 février 2019

La Fondation Cartier a exploré souvent la diversité et la richesse de la création en Amérique Latine. Cette exposition s’intéresse à la présence de la géométrie dans l’art de ce continent, tant chez les artistes issus du monde amérindien que chez ceux qui puisent leur inspiration dans le modernisme européen ou dans l’art précolombien.

Elle rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie. Elle révèle des répertoires formels présents depuis des temps immémoriaux (par exemple, chez les peuples valdivia qui vivaient sur la côte Pacifique de l’actuel Equateur au néolithique) et qui fascinent toujours les jeunes artistes des nouvelles générations.

Trois oeuvres sont exposées au rez-de-chaussée:
– l’architecte bolivien Freddy Mamani, inspiré par la culture aymara de Tiwanaku, a conçu pour la Fondation un salón de eventos comme ceux qu’il a construits à El Alto. Cette ville de Bolivie, banlieue située à l’ouest de La Paz, est peuplée d’environ un million d’habitants. Elle se trouve à 4 149 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le film qui présente Freddy Mamani est très intéressant et sans complaisance aucune.
– Les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral développent une recherche sur les formes géométriques associée aux matériaux et au savoir-faire propre aux cultures populaires locales. Leur œuvre monumentale est un ensemble fait de modules triangulaires qui joue avec les ombres et les lumières.
– On trouve enfin un ensemble de 22 sculptures de l’artiste vénézuélienne Gego (1912–1994), de son vrai nom Gertrud Louise Goldschmidt. Elle est née à Hambourg dans une famille juive aisée. Elle a fui l’Allemagne nazie en 1939 avec sa famille et s’est installée au Vénézuela. Son œuvre s’inscrit dans la continuité du modernisme européen.

A l’étage inférieur, 220 œuvres proposent un va-et-vient entre art ancien, art populaire et art contemporain. Il s’agit de prendre son temps et d’être attentifs car sinon nous pouvons courir le risque d’être un peu perdus par la richesse des œuvres présentées. En effet, l’accrochage préfère les juxtapositions à la chronologie ou à la géographie.

Cette exposition nous fait voyager du Mexique à la Terre de Feu. Nous avons beaucoup aimé découvrir ces oeuvres colorées, graphiques et spirituelles. Nous avons retrouvé un peu du plaisir que nous avons pris ces dernières années à voyager en Terre de Feu, en Argentine, au Chili, en Equateur, au Pérou, en Bolivie.

Web-série sur les coulisses de l’exposition « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu »

https://goo.gl/rTvyZN

Stèles Valdivia. Zones côtières, Equateur. 3500-1500 av. J-C.

Martine Franck (1938-2012)

Martine Franck (Henri Cartier-Bresson) Venise, Italie. 1972.

La Fondation Henri Cartier-Bresson qui a ouvert en mai 2003 a déménagé. Elle ne se trouve plus dans le bel, mais inconfortable immeuble, construit par l’architecte Emile Molinié (Impasse Lebouis n°2 Paris-XIV). Un ancien garage à voitures (79 rue des Archives Paris- III) a été aménagé pour recevoir l’énorme legs du célèbre photographe sur 900 m². De Montparnasse au Marais.
Ouverture: mardi 6 novembre 2018.

La première exposition met en valeur l’oeuvre de la dernière épouse d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), Martine Franck, qui fut à l’origine de la fondation.

Cette grande photographe belge est née le 2 avril 1938 à Anvers. Elle est morte de leucémie le 16 août 2012 à Paris à 74 ans.

Elle épousa Henri Cartier-Bresson en 1970 et partagea sa vie pendant 34 ans.
Sa famille, collectionneuse de peinture, après l’avoir fait grandir entre les États-Unis, l’Angleterre et la Suisse, l’avait accompagnée dans des études universitaires d’histoire de l’art et dans un cursus à l’École du Louvre à Paris.
Comme photographe, elle a travaillé pour Vogue, Life, Fortune ou The New York Times.

En 1983, elle rejoignit l’agence Magnum Photos. Elle n’aimait pas photographier la guerre, mais affrontait la souffrance à travers la vieillesse. Dans son livre Le Temps de vieillir (éditions Filipacchi-Denoël, 1980), elle photographie avec douceur, bienveillance et dignité les vieillards.

Amie d’Ariane Mnouchkine, on voit bien dans l’exposition ses engagements: les mouvements politiques et sociaux des années 60, le mouvement des femmes, le regard sur l’enfance et la vieillesse, les artistes, le Royaume-Uni, l’Asie, le bouddhisme.

Elle défend la cause tibétaine en montrant les enfants tulkus, élevés pour réincarner d’anciens grands maîtres spirituels. Elle a fait aussi de magnifiques portraits d’écrivains et d’artistes.

«Une photographie n’est pas nécessairement un mensonge, mais ce n’est pas la vérité non plus. Il faut être prêt à saluer l’inattendu.»

«Une lettre à la révolution.
Du jour de la naissance jusqu’à l’instant de la mort, la vie n’est qu’une révolution constante. Rien n’est pur moment. Le plus difficile est d’accepter les changements en soi, chez les autres et pourtant la plus belle aventure n’est-ce pas ce parcours qui part de soi pour se connaître, s’oublier, se dépasser?»

«Pour être photographe il faut un bon œil, le sens de la composition, de la compassion et un sens de le l’engagement.»

«L’appareil est en lui-même une frontière à passer de l’autre côté. On ne peut y parvenir qu’en s’oubliant soi-même, momentanément.»

Michel Foucault à son domicile. Paris, 1978.

La Dama de Elche

Dama de Elche. Madrid, Museo Arqueológico Nacional.

El País, 30/10/2018

La Dama de Elche, de reina mora a icono patriótico del franquismo

La arqueóloga Carmen Aranegui publica un estudio que recorre la historia de la joya del arte ibérico y tercia sobre su posible traslado

“La Dama de Elche tiene la gloria de una reina y posee el atractivo de un ángel con la fuerza de una amazona”. Salvador Dalí ha sido uno de los artistas rendidos a la belleza de esta figura. Han pasado 121 años desde que la joya del arte ibérico fue descubierta en una finca de La Alcudia, a tres kilómetros de Elche. Aupada como esencia de España, tanto en la República como, sobre todo, en el franquismo, la idolatría hacia esta escultura del siglo IV antes de Cristo propició “un grado de manipulación tal que incluso llegó a alejar a los investigadores de su estudio un tiempo”, dice a EL PAÍS la arqueóloga Carmen Aranegui Gascó, catedrática emérita de la Universidad de Valencia, que ha publicado La Dama de Elche (editorial Marcial Pons). En este libro, lamenta que de la Dama “hayan interesado más los aspectos sentimentales que el estudio de su contexto”.

Ese momento clave fue el 4 de agosto de 1897, cuando unos peones agrícolas instalaban un regadío y plantaban granados en la finca de La Alcudia. El busto apareció como una pieza reaprovechada dentro de una pared. Tras ser mostrada unos días en Elche, “la reina mora”, como la llamaron los ilicitanos, partió a París. « La arqueología internacional tenía una visión romántica de España como lugar exótico, de antiguas tradiciones”, explica la profesora Aranegui. Casualmente, un hispanista francés, Pierre Paris, que acudía cada verano a España, estaba en Elche y se movió rápido. Contactó con un banquero que pagó 4.000 francos al dueño del terreno, que ya había vendido otros hallazgos, y con los responsables del Louvre.

Por parte española, el arqueólogo Pedro Ibarra, cronista del descubrimiento, lo había comunicado “a la Real Academia de la Historia y a las autoridades de patrimonio, pero el 8 de agosto fue asesinado el presidente del Consejo de Ministros, Antonio Cánovas del Castillo, lo que dificultó cualquier respuesta oficial”, explica Aranegui.

El busto (“hay quien ha teorizado que era parte de una mujer sentada o en pie, pero defiendo que no es así”) recibe en Francia el nombre de “dama” porque “los anticuarios de la época habían empezado a sustituir el nombre de Venus, con el que se bautizaba a las representaciones que se encontraban, por algo más acorde con los tiempos”.

Uso funerario
Se suceden las investigaciones, como las que han apuntado que la Dama es una diosa, algo que Aranegui, que comisarió hace 20 años una gran exposición sobre arte ibérico en París, descarta: “Creo que es una representación de los valores de las élites de aquella sociedad”. También recuerda un dato conocido, su uso funerario. “Se analizó su hueco de la parte posterior y se sabe que contuvo cenizas y restos de combustión de huesos humanos”.

¿Quién talló semejante maravilla hace casi 2.500 años? “Una aportación de mi libro es que al estudiar el conjunto de La Alcudia se deduce que hubo un taller de muy buenos escultores en lo que era la ciudad ibérica de Ilici. Hoy, un 80% del yacimiento está sin excavar”. El autor de la Dama fue minucioso en los detalles. “Destaca el tratamiento del rostro, enmarcado en joyas, pero el objetivo del artista fue describir la joyería y las telas de la vestimenta. No le interesó el lenguaje de la expresión anatómica”.

El rostro hierático de la Dama seguía en el Louvre, a pesar de que la España republicana reclamaba su devolución. “En producciones teatrales de Alberti y María Teresa León, España estaba personificada como la Dama. Y Margarita Xirgu se vistió, en el exilio, como la estatua para la Numancia de Cervantes. Las negociaciones continuaron tras la Guerra Civil. La España de la dictadura y la Francia colaboracionista de Vichy llegaron a un acuerdo, tras un tira y afloja por el intercambio de piezas. “En el difícil equilibrio de Pétain, quería acercarse a España para que Franco fuera más neutral, menos amistoso con el Eje, y pensó que, devolviendo la Dama, así  sucedería”.

El regreso y su exposición en el Prado, desde junio de 1941, marcan el principio de la retirada de la bibliografía internacional. « Se despliega la propaganda de que España es una civilización sin rival en cuanto a su antigüedad ». Su imagen se multiplica en sellos, rótulos, marcas…

El bloque de arenisca, de 65 kilos de peso y 56 centímetros de altura, permanece en la pinacoteca hasta 1971, cuando es trasladada “escoltada y en taxi” al Museo Arqueológico para realzar un centro que necesitaba una estrella. Allí sigue con su mirada penetrante. ¿Puede trasladarse para exposiciones temporales, como se hizo, en 1965, a Elche? “La pieza está estabilizada en su conservación, con precauciones no tiene por qué ser un obstáculo”. Sin embargo, la profesora Aranegui teme que al plantear esta cuestión suceda como otras veces, « cuando lo identitario irrumpe, la Dama pierde ».

https://elpais.com/cultura/2018/10/17/actualidad/1539790920_448962.html

De l’autre côté. Photographies de Jeanne Mandello, Hildegard Rosenthal, Grete Stern.

Qui est-ce? (Grete Stern) 1949. Rêve n°7. Idilio n°17.

Exposition à la Maison de l’Amérique Latine, 217 Boulevard Saint-Germain 75007-Paris du 12 octobre 2018-20 décembre 2018.

Nous avons vu cette exposition mardi un peu par hasard.

Elle présente un ensemble de 150 photographies, composé de tirages anciens et modernes, de publications de l’époque et d’ extraits de films (Sinfonia de Metrópole de 1929). Il s’agit du regard sur le monde de trois femmes originaires d’Allemagne et qui se sont exilées à la fin des années 30 en Amérique du Sud. Leur formation photographique s’est faite en Allemagne. Elles ont toutes les trois subi l’influence du Bauhaus ou ont été formées dans l’atelier de Paul Wolff (1887-1951) dont le nom est associé à la marque Leica. Néanmoins, leur style diffère et elles n’ont pas vécu dans les mêmes pays d’Amérique du Sud.

Jeanne Mandello est née à Francfort, en Allemagne, en 1907. Elle suit une formation photographique à Berlin. Après un séjour à Francfort où elle monte son propre atelier, elle émigre à Paris en 1934. Elle abandonne son studio pour rejoindre l’Uruguay où elle vit de 1941 à 1953. Elle séjourne plusieurs années au Brésil et meurt à Barcelone en 2001.

Hildegard Rosenthal est née en 1913 à Zürich, mais sa naissance est enregistrée à Francfort. Elle fréquente ensuite le studio de Paul Wolff et commence à travailler en 1936. Elle émigre au Brésil en 1937. Elle s’installe à São Paulo et photographie jusqu’à la fin des années 1950. Elle meurt en 1990.

Grete Stern est née à Elberfeld-Wuppertal, en Allemagne, en 1904. Elle s’installe à Berlin en 1927 et suit pendant deux semestres les cours de photographie de Walter Petershans (1897-1960) au Bauhaus de Dessau. Elle s’associe avec une autre photographe, Ellen Auerbach, née Rosenberg (1906-2004), pour fonder l’ atelier ringl & pit en 1930. Après avoir émigré à Londres fin 1933, elle rejoint en 1936 en Argentine son mari, Horacio Coppola (1906-2012) qui est aussi photographe et qu’elle a rencontré au Bauhaus en 1932 et épousé en 1935. Pour l’essentiel, elle produit des mises en scène d’objets ou des photomontages en suivant les techniques de John Heartfield (1891-1968), Raoul Hausmann (1886-1971) ou George Grosz (1893-1959). Elle illustre une rubrique de psychologie pour le magazine Idilio entre 1948 et 1951. Cet hebdomadaire de la presse du coeur visait un large public, jeune, féminin et populaire. Elle meurt le 24 décembre 1999 à Buenos Aires.

Sans titre (Grete Stern) 1949. Rêve n°45 idilio n°47.

Les différences entre les trois photographes sautent aux yeux. Jeanne Mandello a essentiellement travaillé en studio. Elle a effectué des recherches pour la publicité et la mode dans son laboratoire. Hildegard Rosenthal a adopté le petit format de prise de vue (24×36). Dès son arrivée à São Paulo, elle a pratiqué le reportage et s’est intéressée à la ville en utilisant un style européen. Quant à Grete Stern, la plus originale, elle a pratiqué le photomontage et illustré une rubrique de psychologie pour le magazine argentin Idilio. C’est une pionnière de la dénonciation de l’exploitation des femmes bien avant l’essor des mouvements féministes des années 60. Elle le fait avec beaucoup d’ humour et d’ironie, influencée par le dadaïsme et le surréalisme.

D’autres photographes européennes ont connu le même parcours: la hongroise Kati Horna (1912-2000) qui a vécu au Mexique; l’allemande Gisèle Freund (1908-2000) qui a travaillé en Argentine pendant la seconde Guerre Mondiale et n’est rentrée en Europe qu’en 1946; l’allemande Annemarie Heinrich (1912-2005), installée avec sa famille en Argentine dès 1926; l’allemande Gertrudis de Moses (1901-1996), réfugiée au Chili en 1939; l’allemande Alice Brill (1920-2013), exilée au Brésil avec sa famille à partir de 1934, la suisse Claudia Andujar (1931) qui a rejoint São Paulo en 1955 et a adopté la nationalité brésilienne en 1976.

Au rez-de-chaussée, on peut voir l’installation photographique et les sculptures de l’artiste mexicaine Carmen Mariscal, née en Californie en 1968. La esposa esposada (l’épouse menottée). Elle consacre surtout ses recherches aux questions liées à la condition féminine, dans ses dimensions de fragilité et d’aliénation. Une curiosité.

La esposa esposada (Carmen Mariscal).

Willy Ronis (1910 – 2009)

Pavillon Carré de Baudouin. 121 Rue de Ménilmontant Paris XX.

Une exposition Willy Ronis par Willy Ronis était prévue à Paris au Pavillon Carré de Baudouin, 121 Rue de Ménilmontant 75020 du 27 avril au 29 septembre 2018. Heureusement, elle a été prolongée jusqu’au 2 janvier 2019. J’ai donc pu y aller avec mon petit frère P. vendredi dernier et vagabonder un peu dans le quartier de Ménilmontant.
Environ deux cents clichés en noir et blanc réalisés entre 1926 et 2001 sont présentés. Il s’agit de tirages modernes. Le lieu est agréable et l’exposition gratuite.
Willy Ronis a eu une  longue vie puisqu’il est né le 14 août 1910 à Paris dans le 9 ème arrondissement. Il est mort le 11 septembre 2009 dans le 20 ème. Sa vocation n’était pas la photographie, mais la musique. Il ne devint photographe qu’au retour de son service militaire en 1932 pour aider son père malade. Cet émigré juif d’Odessa tenait un studio sous le pseudonyme de «Roness». Willy Ronis se prend alors au jeu et découvre la Société Française de Photographie. Il devient reporter photographe indépendant en 1936 et quitte l’atelier familial. Pendant le Front Populaire, il suit les manifestations populaires et publie dans la revue de gauche Regards.
Toute sa vie ce fut un homme engagé. Il était devenu communiste à 14 ans et conserva ses idées jusqu’à sa mort.
L’exposition est organisée par thèmes: «Les débuts», «Autoportraits», «L’intime», «Les Nus», «Le monde ouvrier». Certaines photos sont très connues, mais l’exposition permet de montrer la diversité de l’oeuvre du photographe. On classe Willy Ronis le plus souvent parmi les membres de la photographie humaniste française comme Edouard Boubat, Robert Doisneau, Izis, Sabine Weiss. Il a donné cette définition de l’école humaniste: «C’est le regard du photographe qui aime l’être humain».  Son œuvre est assez diverse . Il mena toujours  de front commandes et recherches personnelles.
Willy Ronis était un optimiste même s’il ne croyait pas en la perfectibilité de l’homme.
Certaines photos sont pourtant tragiques. Comme ce mineur atteint de silicose photographié à Lens, dans le Pas-de-Calais, en 1951. «Il avait 47 ans et la tête d’un homme de 70 ans. Il s’appelait Émile Fon­taine. Il ne mangeait plus. Il fumait seulement. Il ne marchait presque plus. Il restait assis en tailleur dans un fauteuil, se risquait, vacillant, à faire quelques pas dehors en s’appuyant sur le mur. Il est mort quelques mois après la photo. Je l’avais rencontré grâce à des amis lensois qui m’aidaient dans ma quête de motifs. Je suis entré chez lui pour me présenter et lui demander si je pouvais prendre sa photo der­rière la fenêtre, où j’avais eu mon premier regard sur lui.»
La donation Willy Ronis est affectée à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP) en 2016 qui gère les grandes donations photographiques faites à l’État (Jacques Henri Lartigue, André Kertesz)

Mineur silicosé près de Lens. 1951.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=73&v=U6zCbq8EkzA

Denis Diderot (1713 – 1784)

Denis Diderot (Louis-Michel Van Loo). 1767. Paris, Musée du Louvre.

Denis Diderot, né le 5 octobre 1713, termine son livre athée et matérialiste Eléments de physiologie par cette triple recommandation:

 » Il n’y a qu’une vertu, la justice; qu’un seul devoir celui de se rendre heureux ; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie et de ne pas craindre la mort « .

Pablo Picasso

Deux expositions exceptionnelles cet automne à Paris:

1) Picasso. Chefs-d’oeuvre! du 4 septembre au 13 janvier au Musée national Picasso.
2) Picasso. Bleu et rose du 18 septembre au 6 janvier au Musée d’Orsay.

1) Quel sens a la notion de chef-d’œuvre pour Pablo Picasso (1881-1973)? L’exposition «Picasso. Chefs-d’œuvre!» répond à cette question en réunissant des œuvres maîtresses, pour certaines présentées à Paris pour la première fois.

L’ensemble propose une nouvelle lecture de la création du peintre, grâce à une attention particulière portée à la réception critique. Le parcours revient ainsi sur les expositions, les revues et les ouvrages qui ont accompagné chaque œuvre et qui ont contribué, au fil des années, à forger leur statut de chefs-d’œuvre. Les archives du Musée national Picasso-Paris occupent une place essentielle dans ce récit.

2) Le musée d’Orsay et le musée Picasso organisent une exposition consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso.

Elle permet un rassemblement inédit de chefs-d’oeuvre, pour certains présentés pour la première fois en France comme La Vie (1903, Cleveland Museum of Art) et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l’artiste qui n’a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français.

Les différentes productions du peintre sont ainsi remises en regard des travaux de ses contemporains ou prédécesseurs, espagnols ou français (Ramón Casas 1866-1932, Isidre Nonell 1872-1911, Carlos Casagemas 1880-1901, Théophile Alexandre Steinlen 1859-1923, Edgar Degas 1834-1917, Henri de Toulouse-Lautrec 1864-1901, Paul Gauguin 1848-1903) qu’il a pu observer directement, dans les salons ou galeries, ou indirectement, grâce à des reproductions.

L’exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l’artiste entre 1900 et 1906.

Laurent Le Bon, président du Musée Picasso, insiste sur le fait que nous ne verrons plus jamais de notre vivant un tel ensemble de chefs d’oeuvre.

Cette exposition est coproduite par le musée d’Orsay et le musée national Picasso-Paris. Elle sera également présentée à la Fondation Beyeler à Bâle du 3 février au 26 mai 2019.

Picasso traverse l’histoire de la peinture du XX ème siècle avec une œuvre immense (de 70 000 à 120 000 œuvres sont recensées). N’oublions pas que Picasso est arrivé en France à la Gare d’Orsay en 1900 et est mort à Mougins en 1973 à 91 ans.

Science et charité. 1897. Barcelone, Musée Picasso.

L’exposition du Musée Picasso, que nous avons pu voir samedi 8 septembre, présente des œuvres de Picasso de façon chronologique. La deuxième salle montre Science et charité (1896), peint lorsqu’il avait 16 ans. Il s’agit d’un tableau réaliste, quasiment naturaliste. Il surprend pas sa maîtrise et par le fait qu’il donne au médecin les traits de son père, José Ruiz Blasco (1838-1913). Le peintre, marqué par le décès de sa sœur Conchita de diphtérie en janvier 1895, représente une malade couchée sur un lit, assistée d’un docteur et d’une religieuse. Il est fortement influencé par le modernisme catalan à cette époque.

Les demoiselles d’Avignon d’après l’oeuvre éponyme de Pablo Picasso (Jacqueline de la Baume-Dürrbach 1920-1989) 1957. Madrid, Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte.

La troisième salle présente Les Demoiselles d’Avignon, 1907. Il ne s’agit pas de l’oeuvre du peintre, que le Moma de New York a acheté en 1939, mais d’une tapisserie de 1957 de Jacqueline de la Baume-Dürrbach (1920-1989; Madrid Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte) que Picasso appréciait. Cette oeuvre-clé du cubisme est considérée comme un des tableaux les plus importants de l’histoire de la peinture en raison de la rupture stylistique et conceptuelle qu’elle propose. C’est la fin de la perspective classique, réaliste. C’est le début d’une nouvelle vision de la figure humaine. André Breton en avait conseillé l’achat au mécène et couturier Jacques Doucet en décembre 1924 pour la somme de 25 000 francs. «Cette peinture est l’événement capital du XX ème siècle. Voilà le tableau qu’on promenait comme autrefois la Vierge de Cimabue à travers les rues de notre capitale, si le scepticisme ne l’emportait pas sur les grandes vertus particulières par lesquelles notre temps accepte d’être, malgré tout. Il me paraît impossible d’en parler autrement que d’une façon mystique…c’est un symbole pur, comme le tableau chaldéen, une projection intense de cet idéal moderne que nous n’arrivons à saisir que par bribes.» (André Breton, Lettres à Jacques Doucet. Décembre 1924).

Arlequin assis. 1923. Bâle, Kunstmuseum.

Une salle met magnifiquement en valeur trois Arlequins: «Arlequin assis »1923. Bâle, Kunstmuseum. «Arlequin au miroir» 1923. Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza. «Le peintre Salvado en Arlequin» 1923. Paris, Centre Georges Pompidou. Picasso était dur, égocentrique le plus souvent, mais pouvait se montrer parfois généreux: avec les républicains espagnols exilés par exemple ou avec les habitants de Bâle. Ces derniers lancèrent, en 1967, une souscription pour garder dans leur Kunstmuseum deux œuvres du peintre espagnol (Les deux frères 1906 et Arlequin assis 1923) que Peter G. Staechelin , propriétaire de la compagnie aérienne charter Globe Air, pour faire face à des difficultés financières,  après les avoir été prêtées durant des années, voulait vendre. Cette souscription fut un grand succès. Un référendum sera même organisé dans la ville pour approuver l’utilisation de ce crédit. En remerciement, Picasso offrira quatre tableaux au musée et dira: «Ces peintures, je ne les donne pas au fonctionnaire de l’État. Je les offre à la jeunesse bâloise»

Bâle, 20 avril1967. All you need is Pablo.

Face au grand escalier de l’Hôtel Salé, on peut admirer le principal tableau surréaliste de Picasso: La Danse. 1925. Londres, Tate Gallery.

La Danse. 1925. Londres, Tate Gallery.

A l’étage, se trouvent les sculptures, les jouets qu’il faisait pour ses enfants et petits-enfants, des esquisses. Le peintre gardait tout, accumulait.

Une salle offre au regard du visiteur sur un grand mur les tableaux de Picasso exposés au palais des Papes en Avignon en 1970. Les critiques avaient alors boudé le monstre sacré vieillissant, perdu selon eux dans des portraits de mousquetaires, de nus et des visages bâclés. Aujourd’hui, la critique ne pense plus de la même façon. Picasso ne s’est jamais caricaturé, il s’est toujours renouvelé.

Tête. 2 juillet 1972. Collection particulière.

La dernière salle met en parallèle les autoportraits de Rembrandt et de Picasso (Portrait de l’artiste au chevalet. 1660. Paris Louvre. / Tête. 2 juillet 1972. Collection particulière).

Certains se plaignent ces derniers temps de la multiplication des expositions Picasso qui pourraient engendrer un sentiment de lassitude. Pourtant, Picasso réserve toujours des surprises.

C215 (Christian Guémy) – Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire. Paris V, 

Dans le parcours Illustres! C215 autour du Panthéon, on peut retrouver Guillaume Apollinaire 11 rue Champollion sur une porte du cinéma La Filmothèque du Quartier Latin et lire un de ses Poèmes à Lou.

Quatre jours mon amour (Guillaume Apollinaire).

C215 (Christian Guémy)

Mon voyage à Valparaíso au Chili en janvier 2018 m’a donné le goût du Street Art et depuis j’y suis plus attentif lors de mes promenades dans Paris.

Du 10 juillet au 8 octobre 2018, on peut suivre le parcours « Illustres ! C215 autour du Panthéon »

Dans la crypte du Panthéon, il est possible d’ observer de près les outils de travail et le processus de création de l’artiste urbain C215 (Christian Guéry né en 1973, actif depuis 2005) pour réaliser ses pochoirs. Ceux-ci sont réalisés à la main à partir des impressions photographiques, sans croquis préparatoire. Ils sont découpés au scalpel, scannés, agrandis puis archivés. Des livres, des lettres manuscrites, et des objets professionnels de Marie Curie, Germaine Tillion, André Malraux, Victor Hugo ou Antoine de Saint-Exupéry sont aussi exposés. Dans une interview filmée, l’artiste aborde son rapport au Panthéon, aux gloires de la nation, à la pratique des graffitis et aux messages que ces derniers véhiculent.

Ensuite, dans les rues du Ve arrondissement, on peut découvrir les portraits de 28 personnalités inhumées ou honorées au Panthéon. L’artiste C215 réussit à marquer la présence de personnages illustres dans la ville d’aujourd’hui avec des pochoirs très colorés. Les portraits graffés de 28 personnalités se retrouvent sur le mobilier urbain des rues du V arrondissement. Au détour d’une ruelle, sur une façade en briques ou sur le côté d’une boîte aux lettres, resurgissent ces illustres fantômes du passé.

«Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de rester dans le street art, dans la spontanéité des œuvres de la rue à taille humaine, qui sont périssables. Ce sont des choses qui surgissent tout à coup, qui n’étaient pas là hier. Il faut vite les prendre en photo avant leur disparition»

«Un graff fait la veille c’est du vandalisme, un graff fait il y a 2 000 ans c’est de l’Histoire.» pense Christian Guémy.

Le troisième volet ramène au Panthéon. Sur le trajet qui mène dans les hauteurs du monument, on peut voir des inscriptions mystérieuses. Le Panthéon abrite plusieurs milliers de graffitis. C’est l’occasion d’admirer la vue exceptionnelle à 360° et les messages qui s’inscrivent, plus ou moins lisibles. Inscriptions humoristiques, personnelles, érotiques ou politiques, elles racontent un morceau d’histoire du bâtiment, de sa construction à la Deuxième Guerre Mondiale.

Victor Hugo. Paris V, Rue Soufflot n°7. Boite à feux..JPG

Richard Texier – Zao Wou-Ki

Lu avec interêt et plaisir après avoir vu l’exposition Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris: Zao de Richard Texier, Gallimard, Mai 2017.

Ce livre n’est ni une biographie, ni un essai, mais un livre de souvenirs, le récit d’une amitié: entre l’auteur, Richard Texier, peintre et sculpteur français de renom, né en 1955, et Zao Wou-Ki (1920-2013), le célèbre peintre sino-français. Avec affection et humour, l’auteur raconte cette relation commencée en 1995 au Maroc et qui dura jusqu’à la mort de Zao. Le lecteur assiste à leurs rencontres, discussions, voyages, séances de travail. Richard Texier dévoile aussi, avec tact, les aspects secrets de la personnalité du grand artiste, les blessures liées à son passé chinois, ou son caractère enjoué, curieux de tout, très humain. C’est un petit livre léger et très agréable à lire.

Je ne connaissais pas Richard Texier avant la lecture de son livre. Je me suis rendu compte qu’il était bien connu dans le monde de l’art. Une de ses sculptures est installée à Paris devant la Gare du Nord. Il y a 5 ans, touché par la dérive des ours polaires due à la fonte de la banquise, il imagine Angel Bear, un ours de plus de 7 mètres de haut, dont l’existence est menacée par le réchauffement climatique.  L’artiste a choisi la couleur rouge pour cet ours, placé devant la façade de la gare de Paris-Nord, afin d’accentuer le message implicite d’alerte et de danger qu’il compte bien faire passer aux 700 000 voyageurs quotidiens, passants et riverains de la première gare d’Europe.

Paris, Angel Bear (Richard Texier), Gare du Nord.

Henri Michaux, Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki, 1950.

« Les toiles de Zao Wou-Ki – cela se sait – ont une vertu: elles sont bénéfiques. »

Léonard De Vinci

«La pittura è cosa mentale – La peinture est une chose mentale.»

Richard Texier, Zao: « Dans ces occasions, nous ne parlions presque pas, perdus dans nos rêveries en sirotant notre breuvage. Il me racontait que Bram Van Velde et Samuel Beckett faisaient de même à la terrasse du café Le Sélect à Montparnasse. ils partageaient une heure ou deux sans dire un mot en regardant les passants. A la fin, l’un d’eux prenait congé en précisant qu’il avait passé un délicieux moment. L’affection s’accomode bien du silence. Il ne gêne que les étrangers. La présence bienveillante d’un ami suffit largement au bonheur partagé, toute parole est alors superflue. »

« Pourquoi entrait-il dans l’océan sans le regarder? »

 » – En fait, tu vois, toute ma vie, j’ai essayé de peindre les nuages. »

Zao Wou-Ki.