Aragon

Louis Aragon (Man Ray) 1923.

Printemps: vendredi 20 mars 2020. Équinoxe à 04:49:36.

« J’en étais là de mes pensées lorsque sans que rien en eût décelé les approches, le printemps entra dans le monde.
C’était un soir, vers cinq heures, un samedi: tout à coup, c’en est fait, chaque chose baigne dans une autre lumière et pourtant il fait encore assez froid, on ne pourrait dire ce qui vient de se passer. Toujours est-il que le tour des pensées ne saurait rester le même; elles suivent à la déroute une préoccupation impérieuse. On vient d’ouvrir le couvercle de la boîte. Je ne suis plus maître tellement j’éprouve ma liberté. Il est inutile de rien entreprendre. Je ne mènerai plus rien au-delà de son amorce tant qu’il fera ce temps de paradis. Je suis le ludion de mes sens et du hasard. Je suis comme un joueur assis à la roulette, ne venez pas lui parler de placer son argent dans les pétroles. Il vous rirait au nez. Je suis à la roulette de mon corps et je joue sur le rouge. Tout me distrait indéfiniment, sauf de ma distraction même. Un sentiment comme de noblesse me pousse à préférer cet abandon et je ne saurais entendre les reproches que vous me faites. Au lieu de vous occuper de la conduite des hommes, regardez plutôt passer les femmes.” Le Paysan de Paris. 1926.

Livre de Poche n°1670. Deuxième trimestre 1966.

José Jiménez Lozano 1930 – 2020

José Jiménez Lozano. 2013.

Lundi 9 mars 2020, José Jiménez Lozano est décédé à Valladolid des suites d’une crise cardiaque à l’âge de 89 ans. Il était né à Langa (Ávila) le 13 mai 1930. Il était l’auteur d’une centaine d’écrits (romans, essais, nouvelles et recueils de poèmes) et avait mené une importante carrière de journaliste (particulièrement au journal El Norte de Castilla de 1958 à 1995). Il avait obtenu le Prix Cervantes, le Nobel des Lettres Hispaniques, en 2002.

José Jiménez Lozano y Gurutze Galparsoro Una estación holandesa Conversación. Anthropos. 2003.

” Y por lo que respecta a los pequeños y grandes fenómenos de la naturaleza, le diré esto. Las leyes físicas que rigen la erupción de un volcán son las mismas que hacen que un puchero de leche puesto al fuego se rebose. El volcán nos impresiona o aterroriza, llegado el caso, pero la leche que rebosa y hace un río nos hace soñar con el Edén y la Tierra Prometida, nos cuenta una historia de hombre en todo caso.
Como nos la cuenta una simple taza de café. En sí mismo ya es una bebida admirable, y su aroma es como el resumen del mundo, pero el café-estancia, el Café con mayúsculas, es un locus de civilidad y libertad. No tiene usted más que pensar sinoque, cuando los nazis se apoderaron de Viena y los comunistas de Praga, lo primero que hicieron fue acabar con los cafés tradicionales. Un café encarna el espíritu de lo mejor de Europa: la conversación, la lectura de periódicos y libros, la escritura de una carta o de un poema o de una novela, la crica política, la discusión, el no hacer nada porque a uno no le da la real gana, los rostros y las manos de las gentes, los aromas maravillosos mismo del propio café, y a veces del chocolate, la vainilla, las pastas y pasteles, el tabaco y luego el ruido de la cafetera, los platos y las tazas, las cucharillas y los vidios. No hay lugares parecidos ni por asomo. Cuando se sale al fin de ellos, se tiene la sensación de como si se hubiera arreglado un poco el mundo, y como si se hubiera encontrado cómplices para hacerlo.”

Le grain de maïs rouge (1999), Les sandales d’argent (1999) et Le monde est une fable (2000) ont été traduits par Claude Bleton chez Flammarion. 

“Para ser escritor hay que guardar mucho silencio” (La boda de Ángela, 1993)

“Escribir no es más que hablar ponderadamente, pensando”

“Narrar es no decir más que lo que se sabe, sin adornarlo ni inventar”

“Estoy contento de la esencialidad que creo que hay en mis cuentos: la fidelidad absoluta a lo que sabía, la desnudez de toda literatura y barroquismo. La pura verdad”.

Il a reçu en 2017 du Pape François la croix Pro Ecclesia et Pontifice, la plus haute distinction que le Pape concède à un laïc. Il fut un des artisans de la série d’expositions Las edades del hombre. Quand il a reçu cette médaille, il a cité François Mauriac: “No hay novelistas católicos, si lo sabré yo que soy uno de ellos”.

(Je remercie le poète et traducteur espagnol Jorge Riechmann qui m’a rappelé le texte de José Jiménez Lozano cité en premier).

Arthur Rimbaud

Portrait de Rimbaud (Fernand Léger) 1948.

Matinée d’ivresse

« Ô mon Bien ! Ô mon Beau! Fanfare atroce où je ne trébuche point! chevalet féerique! Hourra pour l’œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendus à l’ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés: cette promesse, cette démence! L’élégance, la science, la violence! On nous a promis d’enterrer dans l’ombre l’arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, – ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, – cela finit par une débandade de parfums.

Rires des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d’ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.

Petite veille d’ivresse, sainte! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t’affirmons, méthode! Nous n’oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.

Voici le temps des Assassins

Les Illuminations, poèmes en prose ou en vers libres composés entre 1872 et 1875. La première édition des Illuminations était partielle et parut dans cinq livraisons de la revue La Vogue, à Paris, entre mai et juin 1886 (numérotées 5 à 9), avant d’être republiée en volume, tiré à 200 exemplaires la même année, à l’automne, accompagnée d’une notice en préface signée Paul Verlaine, et avec comme nom d’éditeur Publications de La Vogue, suivant un ordre établi par Félix Fénéon. Le recueil a été republié dans son intégralité, à titre posthume, en 1895.

Rainer Maria Rilke – Paul Cézanne – Charles Baudelaire

Rainer Maria Rilke et Clara Westhoff-Rilke. 1906.

Rainer Maria Rilke (1875-1926) séjourne à Paris d’août 1902 à juin 1903. Il veut pouvoir être seul et créer. Il a besoin de s’éloigner un temps de sa femme Clara, artiste qui a été l’ élève de Rodin et qu’il a épousée en 1901. Ils ont une fille, Ruth. Le poète a reçu commande d’une monographie sur le sculpteur. Son essai, Sur Rodin, paraît en avril 1903. Il repart de Paris en juin, mais revient en septembre 1905. Il s’installe alors à Meudon avec Rodin et devient son secrétaire. Ils se brouillent en mai 1906, puis se réconcilient en 1908.
A Paris, Rainer Maria Rilke regarde Cézanne et travaille pour Rodin…
L’exemple du travail du sculpteur, la découverte des toiles de Cézanne ont transformé son attitude poétique. La deuxième série de ses poèmes, (Le Livre des images, 1906, et surtout les Nouveaux Poèmes, 1907-1908) représente le concept de «Dinggedicht». Il se concentre sur le monde des choses. Il rompt avec la subjectivité et l’omniprésence du je. Il choisit des sujets plus objectifs: statues, fleurs, animaux (dont la Panthère) et cathédrales.
Rainer Maria Rilke se situe entre deux artistes qu’il n’a jamais rencontrés : Baudelaire et Cézanne (décédé le 22 octobre 1906 à Aix-en-Provence). Il apprend combien ce dernier admirait, comme lui, Baudelaire : « Tu jugeras de mon émotion en apprenant que Cézanne, dans ses dernières années, savait encore par cœur et pouvait réciter sans oublier un seul mot ce poème, La Charogne… (Lettre à Clara du 19 octobre 1907). Rilke rappelle que lui-même y avait fait référence dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, livre commencé en 1904 et achevé en 1910.
Cézanne, comme Baudelaire, ne fait pas de différence entre le beau et le laid, le noble et l’ignoble. Tout trouve place dans son œuvre.

Portrait de l’artiste au fond rose (Paul Cézanne) v 1875. Paris, Musée d’Orsay.

XXIX

Une charogne (Charles Baudelaire)

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Les Fleurs du mal, Edition de 1861.

Vitrine de la boutique du poète-fleuriste, Stanislas Draber. 19 rue Racine. Paris VI.
                              

Baltasar Gracián

Retrato de Baltasar Gracián que se conserva en Graus (Huesca), restaurado. El escritor fue destinado al colegio jesuita de Graus a comienzos de 1658 como represalia por la publicación de las tres partes del Criticón (1651, 1653, 1657). El retrato estuvo en el colegio grausino de la Compañía de Jesús, anexo a la iglesia de los jesuitas, que fue desmantelado en los años 1960. Sin embargo el retrato había sido trasladado anteriormente a la iglesia parroquial de San Miguel de Graus.

Primera edición del Oráculo Manual y Arte de la Prudencia, publicado en Huesca, Aragón, en 1647.

CXXX

Hacer y hacer parecer

«Las cosas no pasan por lo que son, sino por lo que parecen. Valer y saberlo mostrar es valer dos veces. Lo que no se ve es como si no fuese. No tiene su veneración la razón misma donde no tiene cara de tal. Son muchos más los engañados que los advertidos: prevalece el engaño y júzganse las cosas por fuera. Hay cosas que son muy otras de lo que parecen. La buena exterioridad es la mejor recomendación de la perfección interior.»

L’homme de cour. Traduction par Amelot de la Houssaie. 1684.

CXXX

Faire et faire paraître

«Les choses ne passent point pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles paraissent être. Savoir faire et le savoir montrer, c’est double savoir. Ce qui ne se voit point est comme s’il n’était point. La raison même perd son autorité, lorsqu’elle ne paraît pas telle. Il y a bien plus de gens trompés que d’habiles gens. La tromperie l’emporte hautement, d’autant que les choses ne sont regardées que par le dehors. Bien des choses paraissent tout autres qu’elles ne sont. Le bon extérieur est la meilleure recommandation de la perfection intérieure.»

Ce texte est cité en partie par Pierre Michon dans Trois auteurs (Premier texte: Le temps est un grand maigre (Balzac). Éditions Verdier. 1997.

Merci à Colette W. qui relit toute l’oeuvre de Pierre Michon.

Jacques Rigaut 1898 – 1929

Gallimard avait publié en 1970 les Écrits de Jacques Rigaut, réunis et présentés par Martin Kay. La présentation de l’époque disait: «L’ensemble éclaire ainsi la figure de ce Chamfort noir, l’insolence glacée, l’obsession «méticuleuse» du suicide, et cette extraordinaire distance avec soi-même, avec les autres, avec la vie qui donne à la voix de Rigaut son ton métallique, froid, fascinant, inoubliable.» Jean-Luc Bitton, après quinze ans de recherche, a sorti enfin en octobre 2019 chez le même éditeur une grande biographie, Jacques Rigaut Le suicidé magnifique, illustrée de nombreuses photographies et de documents inédits. Alain Jaubert dans la revue En attendant Nadeau reproche à l’auteur son obsession des détails.

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/01/28/chercheur-sommeil-rigaut-bitton/

J’avais souligné à l’époque beaucoup de ses pensées :

«Le rire est le propre de l’imbécile. RENÉ DESCARTES»

«Que faut-il pour être heureux? Un peu d’encre!»

«Vous croyez!»

«Comptez vos sous, comptez vos maîtresses, additionnez-les et félicitez-vous.»

«Toutes les monnaies ont cours; bien sûr, il n’y a que de la fausse monnaie.»

«Le dernier qui rira n’est pas celui qu’on pense.»

«Il oubliait pour boire.»

«Parlez les premiers, Messieurs les idiots.»

«Un livre devrait être un geste.»

«Je m’explique; quand je dis: je m’explique, je ne m’explique rien du tout, cela va de soi.»

«Le jour se lève, ça vous apprendra.»

«Dormir c’est regarder un point.»

«Autant d’acquis, autant de perdu.»

«Mes actes se suivent et ne se ressemblent pas, les morts se suivent et se ressemblent, les vivants se suivent et se ressemblent, les vivants suivent les morts, les morts ressemblent aux vivants, etc.»

«Je serai mon propre savon.»

«Quand je me réveille, c’est malgré moi.»

«La fatigue engendre les plus séduisantes grimaces.»

«Ne perdez pas votre temps à tendre l’autre joue et autres jeux d’accommodation. Si vous cherchez un siège à votre taille, la mort vous va comme un gant.»

«Guidez vos propres pas, pionniers du mensonge, vous n’en êtes pas à une …près, vous qui ne craignez pas de donner à Dieu des conseils, de lui apprendre son métier: «Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, pardonnez-nous nos offenses et si vous avez quelques faveurs en trop, n’oubliez pas votre serviteur.» Vous appelez cela une prière.»

«Aidez-moi, j’aiderai le ciel.»

« L’erreur date de l’origine: Dieu créa l’homme à son image. Vrai premier miroir. Désormais l’idée d’un homme sans miroir devient inintelligible. Il ne s’agit plus que de séduire ce partenaire qu’il n’est pas défendu d’appeler d’un nom différent, le voisin, le public, la postérité, la conscience, Dieu. Il ne s’agit plus que de plaire à son image; la vie serait cette seule passion.
Les fous sont ceux qui ont perdu leur miroir.
Supprimez les miroirs.»

«Dieu s’aigrit, il envie à l’homme sa mortalité.»

«Demain la fin
La fin demain,
A demain la fin
La fin à demain
Demain, à la fin.»

«…Je suis le raté-étalon. Mais donnez-vous la peine de songer à ce que toute réussite implique de sotte naïveté, de courte vue chez son auteur…»

«…Il y a dans le sentiment de la responsabilité une présomption démesurée. Ceux qui disent: J’ai bien fait, j’ai mal fait…Tout de même, qu’est-ce que vous avez jamais fait?»

«Être, le premier des verbes réfléchis; je suis, non mais, je me suis.»

« Pour une nouvelle fois, j’aspire la vie, j’avale la vie. Je sais ce que c’est que l’air dans les poumons et le sang dans les veines. Je sais ce que c’est que la santé.
Je vais bazarder mes livres, mon smoking, mes camarades et ma chasteté. Je veux faire des sports et l’amour. Je suis simple. Je suis honnête. Et je devine, mon ami, à tes côtés une promenade fraternelle, avec dans le fond de l’oeil quelque chose d’un peu troublé.»

« (…) Le plus bel homme du monde ne peut vous donner que ce que vous avez…»

«Toutes les initiatives, toutes les tentatives d’évasion, tous les efforts vers la liberté, toutes les réactions, toutes les révolutions, toutes les révoltes, toutes les colères, toutes les haines, ça n’est pas plus amusant que l’épouvantable pitrerie où vous vous complaisez. Il est bon d’avoir aperçu l’inexistence d’un ordre, d’avoir tenté d’y échapper.»

«Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort. Mariez-vous, faites des romans, achetez des automobiles, où trouverai-je le courage de me lever de mon fauteuil ou de résister à la demande d’un ami, ou de faire aujourd’hui autrement qu’hier? Et ma chasteté, c’est absolument comme un vieux collage. Comme vous, je me loue d’être tel que je suis, sans volonté. Votre volonté, ça suffit, vous avez perdu le droit de me juger. Un peu gênant qu’il soit à la portée de tous les gens aigris, mais le parti pris est probablement la seule attitude valable. On ne peut pourtant pas me confondre avec les chevaux de retour. J’ai vingt-deux ans, je n’ai pas eu un amour malheureux, je n’ai pas la syphilis.»

«En tout cas je ne regrette rien, il n’y pas un incident, pas une heure d’ennui, pas un effort inutile que je voudrais retrancher de ma vie, ou que je préférerais différent.»

«(…) toutes les monnaies ont cours; il n’ y a pas de fausse monnaie ou bien il n’y a que de la fausse monnaie.(…)

Pour beaucoup, cet écrivain aura pour toujours les traits de Maurice Ronet dans le film de Louis Malle, Le feu follet (1963), inspiré du roman homonyme de Pierre Drieu la Rochelle (1931).

https://www.youtube.com/watch?v=aPZD4yAV4-0

Gustave Flaubert

J’ai lu un post de Valérie M-A dans le Club de la Cause Littéraire: « Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migration et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisaient quitter leur pays, pour se quitter eux-mêmes. » Cette citation de Gustave Flaubert est reprise dans la présentation de la biographie de Michel Winock (2013. Folio n°5971 2015). Elle m’ a fait rechercher dans son oeuvre et surtout dans sa Correspondance certaines phrases du même type, bien caractéristiques du caractère de ce géant de la littérature.

Portrait de Gustave Flaubert (Gaston Bigard) . Médaille de bronze 1921.

Lettre à Louise Colet, 13 août 1846, Correspondance tome I, p. 300.
«J’ai au fond de l’âme le brouillard du Nord que j’ai respiré à ma naissance. Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisait quitter leur pays comme pour se quitter eux-mêmes. Ils ont aimé le soleil, tous les barbares qui sont venus mourir en Italie ; ils avaient une aspiration frénétique vers la lumière, vers le ciel bleu, vers quelque existence chaude et sonore ; ils rêvaient des jours heureux, pleins d’amours, juteux pour leurs coeurs comme la treille mûre que l’on presse avec les mains. J’ai toujours eu pour eux une sympathie tendre, comme pour des ancêtres. Ne retrouvais-je pas dans leur histoire bruyante toute ma paisible histoire inconnue ? Les cris de joie d’Alaric entrant à Rome ont eu pour parallèle, quatorze siècles plus tard, les délires secrets d’un pauvre coeur d’enfant. Hélas! non, je ne suis pas un homme antique; les hommes antiques n’avaient pas de maladies de nerfs comme moi! Ni toi non plus, tu n’es ni la Grecque, ni la Latine; tu es au delà: le romantisme y a passé. Le christianisme, quoique nous voulions nous en défendre, est venu agrandir tout cela, mais le gâter, y mettre la douleur. Le coeur humain ne s’élargit qu’avec un tranchant qui le déchire. Tu me dis ironiquement, à propos de l’article du Constitutionnel, que je fais peu cas du patriotisme, de la générosité et du courage. Oh non! J’aime les vaincus ; mais j’aime aussi les vainqueurs. Cela est peut-être difficile à comprendre, mais c’est vrai. Quant à l’idée de la patrie, c’est-à-dire d’une certaine portion de terrain dessinée sur la carte et séparée des autres par une ligne rouge ou bleue, non! la patrie est pour moi le pays que j’aime, c’est-à-dire celui que je rêve, celui où je me trouve bien. Je suis autant Chinois que Français, et je ne me réjouis nullement de nos victoires sur les Arabes, parce que je m’attriste à leurs revers. J’aime ce peuple âpre, persistant, vivace, dernier type des sociétés primitives, et qui, aux haltes de midi, couché à l’ombre, sous le ventre de ses chamelles, raille, en fumant son chibouk, notre brave civilisation qui en frémit de rage. Où suis-je? où vais-je? comme dirait un poète tragique de l’école de Delille; en Orient, le diable m’emporte! Adieu, ma sultane!… N’avoir pas seulement à t’offrir une cassolette de vermeil pour faire brûler des parfums quand tu vas venir dormir dans ma couche! Quel ennui! Mais je t’offrirai tous ceux de mon coeur. Adieu, un long, un bien long baiser, et d’autres encore.»

Lettre à Louise Colet, 3 juillet 1852, Correspondance tome II, p.123.
«Je suis un Barbare, j’en ai l’apathie musculaire, les langueurs nerveuses, les yeux verts et la haute taille; mais j’en ai aussi l’élan, l’entêtement, l’irascibilité. Normands, tous que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines; c’est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde.»

Lettre à Louise Colet, 14 décembre 1853, Correspondance tome II, p. 477.
« Pourquoi sens-je cet allégement dans la solitude? Pourquoi étais-je si gai et si bien portant (physiquement) dès que j’entrais dans le désert? pourquoi tout enfant m’enfermais-je seul pendant des heures dans un appartement? La civilisation n’a point usé chez moi la bosse du sauvage. – Et malgré le sang de mes ancêtres (que j’ignore complètement et qui sans doute étaient de fort honnêtes gens), je crois qu’il y a en moi du Tartare et du Scythe, du Bédouin, de la Peau-Rouge. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il y a du moine. J’ai toujours beaucoup admiré ces bons gaillards, qui vivaient solitairement, soit dans l’ivrognerie ou dans le mysticisme. Cela était un joli soufflet donné à la race humaine, à la vie sociale, à l’utile, au bien-être commun. Mais maintenant! l’individualité est un crime, le XVIIIe siècle a nié l’âme, et le travail du XIXe sera peut-être de tuer l’homme? Tant mieux de crever avant la fin! car je crois qu’ils réussiront. Quand je pense que presque tous les gens de ma connaissance s’étonnent de la manière dont je vis, laquelle, à moi, me semble être la plus naturelle et la plus normale, cela me fait faire des réflexions tristes sur la corruption de mon espèce! Car c’est une corruption que de ne pas se suffire à soi-même. L’âme doit être complète en soi. -Il n’y a pas besoin de gravir les montagnes ou de descendre au fleuve pour chercher de l’eau. Dans un espace grand comme la main, enfoncez la sonde, et frappez dessus, il jaillira des fontaines.
Le puits artésien est un symbole, et les Chinois, qui l’ont connu de tout temps, sont un grand peuple.»

Lettre à Madame Jules Sandeau, 28 novembre 1861, Correspondance, tome III, p.186.

[Croisset, 28 novembre 1861]

   

(…)Vous avez bien raison d’aimer les voyages. C’est la plus amusante manière de s’ennuyer, c’est-à-dire de vivre, qu’il y ait au monde. Ce goût-là, quand on s’y livre, ne tarde pas à devenir un vice, une soif insatiable. Combien n’ai-je pas perdu d’heures dans ma vie à rêver, au coin de mon feu, de longues journées passées à cheval, dans les plaines de la Tartarie ou de l’Amérique du Sud! Mon sang de peau rouge (vous savez que je descends d’un Natchez ou d’un Iroquois) se met à bouillonner dès que je me trouve au grand air, dans un pays inconnu. J’ai eu quelquefois (et la dernière entre autres, c’était il y a trois ans près de Constantine) des espèces de délire de liberté où j’en arrivais à crier tout haut, dans l’enivrement du bleu, de la solitude et de l’espace. Et cependant, je mène une vie recluse et monotone, une existence presque cellulaire et monacale. De quel côté est la vocation?(…)

Pour Louis Bouilhet, textes édités et annotés par Alan Raitt, University of Exeter Press, 1994, p. 24.

«J’ignore quels sont les rêves des collégiens, mais les nôtres étaient superbes d’extravagance, —expansions dernières du Romantisme arrivant jusqu’à nous, et qui, comprimées par le milieu provincial, faisaient dans nos cervelles d’étranges bouillonnements. Tandis que les cœurs enthousiastes auraient voulu des amours dramatiques, avec gondoles, masques noirs et grandes dames évanouies dans des chaises de poste au milieu des Calabres, quelques caractères plus sombres (épris d’Armand Carrel, un compatriote) ambitionnaient les fracas de la presse ou de la tribune, la gloire des conspirateurs. Un rhétoricien composa une Apologie de Robespierre, qui, répandue hors du collège, scandalisa un monsieur, si bien qu’un échange de lettres s’ensuivit avec proposition de duel, où le monsieur n’eut pas le beau rôle. Je me souviens d’un brave garçon, toujours affublé d’un bonnet rouge; un autre se promettait de vivre plus tard en mohican; un de mes intimes voulait se faire renégat pour aller servir Abd El Kader. Mais on n’était pas seulement troubadour, insurrectionnel et oriental, on était avant tout artiste; les pensums finis, la littérature commençait; et on se crevait les yeux à lire aux dortoirs des romans, on portait un poignard dans sa poche comme Antony; on faisait plus: par dégoût de l’existence, Bar* se cassa la tête d’un coup de pistolet, And* se pendit avec sa cravate. Nous méritions peu d’éloges certainement! mais quelle haine de toute platitude! quels élans vers la grandeur! quel respect des maîtres! comme on admirait Victor Hugo!»

Œuvres complètes, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», tome III, p.877-878. Voyage en Algérie et en Tunisie
«Surprise du douar. Femmes au bord des tentes, sans voiles. Je galopais, ma pelisse sur mes genoux, mon takieh sous mon chapeau. Zagarit, coup de fusil, fantasia — le fils du caïd en ceinture rouge, Souk-Ahras! Souk-Ahras! — tout cela envolé dans le mouvement. J’ai ralenti devant les tentes. — Ils vont venir me baiser les mains, me prendre les pieds. — De quelle nature était l’étrange frisson de joie qui m’a pris? J’en ai rarement eu (jamais peut-être?) une pareille. Le fils du caïd et son père galopent longtemps à côté et devant moi. Le père s’en va le premier, le fils me demande deux heures après la permission. La pluie n’en finit. Descente — forêt — un cabaret vide où je demande ma route — les lignes rouges des bâtiments militaires de Souk-Ahras.»

Croisset. Ce petit hameau de Canteleu (Seine-Maritime) doit sa célébrité à Gustave Flaubert qui y vécut pendant 35 ans. Il y écrivit l’essentiel de son œuvre dans une maison située au bord de la Seine. Il ne subsiste presque plus rien de cette habitation qui a été rasée à la fin du XIXe siècle. Un pavillon de jardin a été préservé. Il est aménagé aujourd’hui en petit musée Flaubert.
Revers de la médaille, Pavillon-musée à Croisset (1921).

Répliques

La petite vermillon n°207.

https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/portaits

Fabrice Luchini et son amour de l’art du portrait en littérature.
J’écoute parfois Répliques sur France Culture le samedi matin. Quand Alain Finkielkraut parle politique, problèmes de société, c’est insupportable. J’éteins ma radio. Les maoïstes de 1968 et des années 70 ont pour la plupart évolué vers des positions ultra-réactionnaires.
Quand notre académicien parle de littérature, je supporte le plus souvent par curiosité. Ce samedi, Alain Finkielkraut + Fabrice Luchini. C’est la deuxième fois. Insupportable. Léchage de bottes. Renvoi d’ascenseur.
Tout cela pour parler d’un écrivain de seconde zone, Jean Cau (1925-1993), bien réactionnaire.

Quelle découverte de nos deux intellectuels! Croquis de mémoire est un livre publié par Julliard en 1985. La très bonne collection La petite vermillon a republié ce recueil en juin 2007. Il figure dans ma bibliothèque et je l’ai lu. Ce n’est pas un grand souvenir. Luchini affirme: «J’ai découvert grâce à Jean Cau, la littérature méchante.»
Beaucoup de méchanceté ne fait pas de la grande littérature.
Le chapitre concernant Albert Camus (pages 95-96) est une belle saloperie et ce n’est pas la seule.

Jean Cau fut le secrétaire de Jean-Paul Sartre de 1946 à 1957.

Il a reçu le Prix Goncourt en 1961 pour La pitié de Dieu (Gallimard).

Jean Cau fut aussi le compagnon de Louisa Colpeyn (née Colpijn 1918-2015), la mère actrice de Patrick Modiano. Jean Cau préfaça le premier roman de Patrick Modiano, Place de l’Etoile, publié le 28 mars 1968. “Une sensibilité faite de tant de rires et de tant de douleurs qu’aucun Dieu (fût-il d’Abraham) n’y reconnaîtra les siens”, écrit-il. Cette préface a disparu des éditions suivantes. Jean Cau avait apporté le premier manuscrit de Patrick Modiano chez Gallimard. Il fut publié avec le soutien de Raymond Queneau.

“Chez ma mère, je retrouve le journaliste Jean Cau, protégé par un garde du corps à cause des attentats de l’OAS. Curieux personnage que cet ancien secrétaire de Sartre, à tête loup-cervier et fasciné par les toreros. A quatorze ans, je lui ai fait croire que le fils de Stavisky, sous un faux nom, était mon voisin de dortoir et que ce camarade m’avait confié que son père était encore vivant quelque part en Amérique du Sud. Cau venait au collège en 4 CV, voulant à tout prix connaître le “fils de Stavisky” dans l’espoir d’un scoop.” Patrick Modiano “Un pedigree” (2005) p.77, Folio N°4377.

Jean-Paul Sartre

Le 3 juin 1943 a lieu, au Théâtre de la Cité — ex-Théâtre Sarah-Bernhardt, débaptisé par les Allemands pour cause de judaïté —, la création des Mouches de Jean-Paul Sartre. Charles Dullin, metteur en scène de la pièce, incarne Jupiter. Olga Dominique (Kosakiewicz) , Électre.

Je retrouve dans l’oeuvre critique de Julio Cortázar, publiée en poche par Debolsillo en 2017, l’influence de Sartre. Elle est claire chez Mario Vargas Llosa qui l’ a revendiquée très souvent. “Je suis resté un enfant de Sartre : j’ai toujours cru que les écrivains pouvaient changer la société.” (2010) Elle est moins évidente chez Cortázar, grand lecteur des surréalistes et des poètes anglo-saxons.

Les Mouches. 1943.

JUPITER : Pauvres gens ! Tu vas leur faire cadeau de la solitude et de la honte, tu vas arracher les étoffes dont je les ai couverts, et tu leur montreras soudain leur existence, leur obscène et fade existence, qui leur est donnée pour rien.

ORESTE : Pourquoi leur refuserais-je le désespoir qui est en moi, puisque c’est leur lot ?

JUPITER : Qu’en feront-ils ?

ORESTE : Ce qu’ils voudront : ils sont libres, et la vie humaine commence de l’autre côté du désespoir.

Gustave Flaubert

Portrait de Flaubert (Delaunay), 1836. Rouen, Bibliothèque municipale.

Par les champs et par les grèves, Un voyage en Bretagne. Gustave Flaubert-Maxime du Camp, rédigé en 1847 et publié séparément entre 1852 et 1881. Première édition des chapitres rédigés par Flaubert: 15 octobre 1881, chez Charpentier et Cie. A 25 ans, Gustave Flaubert a déjà un sacré style…

” Derrière, on voyait Quiberon reculant graduellement sa plage de sable; à gauche les îles d’Houat et d’Hoedic bombant sur la surface du pâle azur leurs masses d’un vert noir, Belle-Île grandissant les pans à pic de ses rochers couronnés d’herbe et la citadelle dont la muraille plonge dans la mer, qui se levait lentement de dessous les flots.

On y envoyait dans un régiment de discipline les deux soldats escortés par le gendarme, et que moralisait de son mieux un fusilier qu’il avait pris comme renfort pour les contenir. Le matin déjà, pendant que nous déjeunions, l’un d’eux, en compagnie du brigadier, était entré dans l’auberge d’un air crâne, la moustache retroussée, les mains dans les poches, le képi sur l’oreille, en demandant à manger «tout de suite» et à boire n’importe quoi, fût-ce de l’arsenic, appelant, jurant, criant, faisant sonner ses sous et damner le pauvre gendarme; maintenant il riait encore, mais des lèvres seulement, et sa joie devenait plus rare à mesure qu’à l’horizon se dressait le grand mur blanc où il allait bêcher la terre et traîner le boulet. Son compagnon était plus calme. C’était une grosse figure lourde et laide, une de ces natures d’une vulgarité si épaisse que l’on comprenait de suite, l’immense mépris qu’ont pour elle ceux qui poussent sur le canon cette viande animée, et le bon marché qu’ils en font. II n’avait jamais vu la mer, il la regardait en ouvrant ses deux yeux, et il dit se parlant à lui-même: «C’est curieux tout de même, ça donne tout de même un aperçu de ce qui existe», appréciation que j’ai trouvée profonde et aussi émue par le sentiment de la chose même que toutes les expressions lyriques que j’ai entendu faire à bien des dames.

L’autre soldat ne cachait pas pour lui le dédain qu’il avait et quoiqu’ils fussent amis, il haussait les épaules de pitié en le regardant. Quand il se fut suffisamment amusé de lui en essayant de faire rire sur son compte la société qui l’entourait, il le laissa dormir dans son coin et se tourna vers nous. Alors il nous parla de lui-même, de la prison qu’il va subir, du régiment qui l’ennuie, de la guerre qu’il souhaite, de la vie dont il est las. Peu à peu ainsi sa joie étudiée s’en alla, son rire forcé disparut; il devint simple et doux, mélancolique et presque tendre. Trouvant enfin une oreille ouverte à tout ce qui depuis longtemps surchargeait son cœur exaspéré d’ennui, il nous exposa longuement toutes les misères du soldat, les dégoûts de la caserne, les exigences taquines de l’étiquette, toutes les cruautés de l’habit, l’arrogance brutale des sergents, l’humiliation des obéissances aveugles, l’assassinat permanent de l’instinct et de la volonté sous la massue du devoir.

II est condamné à un an de discipline pour avoir vendu un pantalon. «A beaucoup, disait-il, ça ne fait rien, comme à ça par exemple, en désignant son compagnon; des paysans, c’est habitué à remuer la terre, mais moi, ça me salira les mains.»

Ô orgueil! Ton goût d’absinthe remonte donc dans toutes les bouches et tous les cœurs te ruminent! Qu’était-il, lui qui se plaignait de tant souffrir au contact des autres? Un enfant du peuple, un ouvrier de Paris, un garçon sellier. J’ai plaint, j’ai plaint cet homme ardent et triste, malade de besoins, rongé d’envies longues, qui s’impatiente du joug et que le travail fatigue. II n’y a pas que nous, au coin de nos cheminées, dans l’air étouffé de nos intérieurs, qui ayons des fadeurs d’âme et des colères vagues dont on tâche de sortir avec du bruit en essayant d’aimer, en voulant écrire; celui-là fait de même dans son cercle inférieur, avec les petits verres et les donzelles; lui aussi il souhaite l’argent, la liberté, le grand air, il voudrait changer de lieu, fuir ailleurs, n’importe où, il s’ennuie, il attend sans espoir.

Les sociétés avancées exhalent comme une odeur de foule, des miasmes écœurants, et les duchesses ne sont pas les seules à s’en évanouir. Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres; on peut être las de tout sans rien connaître, fatigué de traîner sa casaque sans avoir lu Werther ni René, et il n’y a pas besoin d’être reçu bachelier pour se brûler la cervelle.»