William Faulkner

Les Palmiers sauvages (ou Si je t’oublie, Jérusalem ) est un livre de William Faulkner que j’ai lu il y a très longtemps et qui m’a profondément marqué.
Initialement publié sous le titre de The Wild Palms, l’œuvre, pour les rééditions contemporaines, reprend son titre originellement choisi par l’écrivain, If I Forget Thee, Jerusalem, et qu’avait refusé le premier éditeur. Ce titre est tiré du psaume 137 qui rappelle la captivité des Juifs à Babylone. «Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie!»
À l’instar de l’édition originale, la première édition française est titrée Les Palmiers sauvages (1952). Les éditions récentes adoptent le titre Si je t’oublie, Jérusalem (2000) voulu par Faulkner.
L’œuvre mêle le récit de deux nouvelles : l’une intitulée Les Palmiers sauvages, l’autre intitulée Le Vieux Père, dont les chapitres successifs alternent.

Les Palmiers sauvages raconte le destin médiocre de Harry Wilbourne, un interne qui travaille dans un hôpital de La Nouvelle-Orléans. Il fuit le Sud avec Charlotte Rittenmeyer, une femme mariée, rebelle et vaguement artiste. Le couple prend le train et se rend à Chicago, puis dans le Wisconsin. Leur passion s’effrite, et Harry se complaît à en détruire l’objet.
Dans Le Vieux Père pour sauver une femme enceinte, un détenu, dont le nom n’est jamais révélé, lutte avec stoïcisme contre les eaux tumultueuses de la grande inondation du Mississippi de 1927.
il n’existe aucun fait, aucun personnage commun aux deux récits. Il y a, de plus, un écart de dix ans entre les deux actions.
C’est le roman de Faulkner où la souffrance atteint peut-être sa plus grande intensité, morale, mais aussi physique. C’est un reflet de l’état du romancier à l’époque où il écrivait ce roman.

Lettre du 8 juillet 1938 in Lettres choisies.

«Voilà six mois que ma famille et mon dos me posent de tels problèmes que je suis toujours dans l’impossibilité de dire si le roman est bien ou ne vaut pas un clou. J’ai l’impression de l’avoir écrit comme assis devant un mur; ma main avec la plume passait à travers pour écrire non seulement sur un papier invisible mais dans une obscurité totale, de sorte que je ne savais même pas si la plume écrivait encore.»

Ce roman a été traduit en espagnol par Jorge Luis Borges dès 1940 et publié par Editorial Sudamericana. L’auteur argentin est parti de l’édition anglaise censurée. Des auteurs tels que Juan Carlos Onetti, Guillermo Cabrera Infante, Juan María Arguedas, Gabriel García Márquez ont reconnu l’importance de cette traduction sur leur propre oeuvre. Mario Vargas Llosa dans ses mémoires El pez en el agua (Seix Barral, México, 1993) se souvient qu’il l’a lu alors qu’il était étudiant en lettres et en droit à L’université San Marcos de Lima (1953-1958): “Junto con Sartre, Faulkner fue el autor que más admiré en mis años sanmarquinos; él me hizo sentir la urgencia de aprender inglés para poder leer sus libros en su lengua original” […] “desde la primera novela que leí de él Las “Palmeras Salvajes”, en la traducción de Borges—, me produjo un deslumbramiento que aún no ha cesado. Fue el primer escritor que estudié con papel y lápiz a la mano, tomando notas para no extraviarme en sus laberintos genealógicos y mudas de tiempo y de puntos de vista, y, también, tratando de desentrañar los secretos de la barroca construcción que era cada una de sus historias, el serpentino lenguaje, la dislocación de la cronología, el misterio y la profundidad y las inquietantes ambigüedades y sutilezas psicológicas que esa forma daba a las historias.”

William Faulkner Si je t’oublie, Jérusalem (The wild palms), 1939. Traduction Maurice-Edgar Coindreau, Éditions Gallimard, 1952. Revue par François Pitavy, Editions Gallimard, 2000. La Pléiade.

«Elle lui ressaisit les cheveux et lui fit mal de nouveau, mais il savait maintenant qu’elle savait qu’elle lui faisait mal. “ – Écoute, il faut que tout soit lune de miel. Toujours et à jamais, jusqu’à ce que l’un de nous deux meure. Il ne peut pas en être autrement. Le paradis ou l’enfer, mais entre les deux, pas de purgatoire confortable, sûr et paisible, où nous attendrions toi et moi d’être rattrapés par la bonne conduite, la patience, la honte ou le repentir.
– Ainsi, ce n’est pas en moi que tu crois, que tu as confiance, c’est en l’amour.» Elle le regarda. «Je ne dis pas moi seulement mais n’importe quel homme.
– Oui, c’est en l’amour. On dit que l’amour entre deux êtres meurt. Ce n’est pas vrai, il ne meurt pas. Tout simplement il vous quitte, il s’en va, si on n’est pas assez bon, si on n’est pas assez digne de lui. Il ne meurt pas ; ce sont les gens qui meurent. C’est comme la mer. Si on n’est pas bon, si on commence à y sentir mauvais, elle vous dégueule et vous rejette quelque part pour mourir. On meurt de toute façon, mais je préférerais disparaître noyée en mer plutôt que d’être rejetée sur quelque plage déserte pour m’y dessécher au soleil, y devenir une petite tâche puante et anonyme avec juste un Cela a été en guise d’épitaphe.”

“ She grasped his hair again, hurting him again though now he knew she knew she was hurting him.»

– Listen, it’s got to be all honeymoon, always. For ever and ever, until one of us dies. It can’t be anything else. Either heaven, or hell: no comfortable safe peaceful purgatory between for you and me to wait in until good behaviour or for bearance or shame or repentance overtakes us.

– So it’s not me you believe in, put trust in; it’s love.» She looked at him. «Not just me; any man.

– Yes. It’s love. They say love dies between two people. That’s wrong. It doesn’t die. It just leaves you, goes away, if you aren’t good enough, worthy enough. It doesn’t die; you’re the the one that dies. It’s like the ocean: if you’re no good, if you begin to make a bad smell in it, it just spews you up somewhere to die. You die anyway, but I had rather drown in the ocean than be urped up onto a strip of dead beach and be dried away by the sun into a little foul smear with no name to it, just this was for an epitaph.»

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

William Faulkner

William Faulkner

The Sound and the Fury, 1929.
June 2nd 1910

«When the shadow of the sash appeared on the curtains it was between seven and eight o’ clock and then I was in time again,hearing the watch. It was Grandfather’s and when Father gave it to me he said I give you the mausoleum of all hope and desire; it’s rather excruciatingly apt that you will use it to gain the reducto absurdum of all human experience which can fit your individual needs no better than it fitted his or his father’s. I give it to you not that you may remember time, but that you might forget it now and then for a moment and not spend all your breath trying to conquer it. Because no battle is ever won he said. They are not even fought. The field only reveals to man his own folly and despair, and victory is an illusion of philosophers and fools.»

Le bruit et la fureur. (Traduction Maurice-Edgar Coindreau) Editions Gallimard, 1938.

2 juin 1910

«Quand l’ombre de la croisée apparaissait sur les rideaux, il était entre sept heures et huit heures du matin. Je me retrouvais alors dans le temps, et j’entendais la montre. C’était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m’avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que douloureusement probable que tu l’emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s’en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l’oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t’essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l’homme sa folie et son désespoir, et la victoire n’est jamais que l’illusion des philosophes et des sots.»

Alain Cavalier – William Faulkner

Festival de Cannes 2019. Le nouveau film d’Alain Cavalier Être vivant et le savoir a été présenté en séance spéciale le 18 mai. Il dure 1h20. Sa sortie en salles est prévue le 5 juin.
Le titre est tiré de William Faulkner et est déjà cité dans le film La Chamade d’Alain Cavalier (1968) par la voix de Catherine Deneuve. Elle avait alors 25 ans. Alain Cavalier projetait d’adapter le roman d’Emmanuèle Bernheim Tout s’est bien passé (2013), où elle racontait comment son père l’avait chargée d’organiser son suicide assisté. Elle jouerait son propre rôle et lui, celui du mourant . Mais l’écrivaine est morte d’un cancer le 10 mai 2017.
Alain Cavalier lui-même, s’exerce au moment où il poussera son dernier souffle. Ce film sur un film qui ne s’est pas fait n’est pas morbide, mais c’est au contraire une constante célébration de la vie.

https://www.youtube.com/watch?v=ohe28w1iMhg

William Faulkner, Les Palmiers sauvages. 1939. Traduction Maurice Edgar Coindreau revue par François Pitavy. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2000.

« – La respectabilité. C’est elle qui est responsable de tout. J’ai compris, il y a déjà quelque temps, que c’est l’oisiveté qui engendre toutes nos vertus, nos qualités les plus supportables (contemplation, égalité d’humeur, paresse, laisser les gens tranquilles) ainsi que la bonne digestion mentale et physique, la sagesse de concentrer son attention sur les plaisirs de la chair (manger, évacuer, forniquer, lézarder au soleil) car il n’y a rien de mieux, rien qui puisse se comparer à cela, rien d’autre en ce monde que de vivre le peu de temps qui nous est accordé, d’être vivant et de le savoir – ah! oui, elle m’a appris cela, elle m’a marqué aussi pour toujours – non rien, absolument rien. Mais ce n’est que tout récemment que j’ai vu avec netteté, que j’ai déduit la conclusion logique, à savoir que c’est une des vertus que nous appelons essentielles (économie, industrie, indépendance) qui engendre tous les vices – fanatisme, suffisance, ingérence, peur et, pire que tout, respectabilité. Nous, par exemple, du fait même que, pour la première fois nous étions solvables, que nous savions à coup sûr d’où viendrait la nourriture du lendemain (ce foutu argent, ce trop d’argent: la nuit nous restions éveillés pour chercher comment le dépenser ; au printemps nous nous serions promenés avec des prospectus de paquebots dans nos poches), j’étais devenu aussi complètement l’esclave, le serf de la respectabilité qu’un -»

William Faulkner.

Sartoris (William Faulkner) 1929.

«Lui qui n’avait pas attendu que le temps et tout ce qu’apporte le temps lui apprissent que le suprême degré de la sagesse était d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit.» 

«…Who had not waited for Time and its furniture to teach him that the end of wisdom is to dream high enough not to lose the dream in the seeking of it» (Flags in the Dust, 1929)

William Faulkner.