Wols 1913 – 1951

Autoportrait (Wols grimaçant). 1940-41.

J’ai vu hier l’exposition Wols Histoire naturelles au Centre Pompidou avec P. On peut la visiter du 4 mars au 25 mai 2020 au 4 ème étage (Galerie d’art graphique).

Je connaissais peu ce peintre. Je savais qu’il avait été proche des surréalistes, qu’il s’agissait d’ «un peintre maudit», mort jeune.

Alfred Otto Wolfgang Schulze est né le 27 mai 1913 à Berlin dans une famille aisée. Il reçoit pendant son enfance à Dresde une éducation où la culture (musique, art, sciences humaines) occupe une grande place. Dilettante, autodidacte, touche-à-tout, il s’initie à la photographie auprès de Genja Jonas (1895-1938) et cotoie les avant-gardes à Berlin, puis à Paris à partir de 1932. Il approche des personnalités proches des surréalistes comme Jean Arp, Alberto Giacometti, Tristan Tzara et Alexander Calder, grâce à sa compagne, couturière de mode d’origine roumaine Gréty Dabija, épouse alors du poète surréaliste Jacques Baron (1905-1986). De 1933 à 1935, ils vivent en Espagne (Barcelone, Majorque, Ibiza).

Il est expulsé d’Espagne. Il revient en France en 1936 et commence à gagner sa vie comme photographe. En 1937, il reçoit une commande pour le Pavillon de l’Elégance et de la Parure à l’exposition universelle de Paris. Il choisit comme nom d’artiste Wols, formé à partir de ses initiales Wolfgang Schulze.

Pendant la «Drôle de guerre», en tant que «ressortissant ennemi» il est enfermé au Stade de Colombes, au camp de Verzon, à Montargis, à Neuvy-sur-Barangeon, aux Milles près d’Aix-en-Provence et à Saint-Nicolas près de Nîmes. Il est libéré après 14 mois d’internement. Il épouse Gréty en octobre 1940. Tous deux se réfugient à Cassis, puis à Dieulefit (Drôme), commune qui hébergea pendant la guerre de nombreux juifs, intellectuels, écrivains et réfractaires au STO. Wols s’y lie d’amitié avec l’écrivain Henri-Pierre Roché, qui deviendra un des premiers collectionneurs de ses aquarelles.

En 1945, il revient à Paris et croise Jean Paulhan, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir. Le 23 mai 1947, une exposition de ses oeuvres est organisée à la galerie René Drouin. Il exposera de 1948 à 1950 à Paris, Milan, New York, puis à la galerie de Pierre Loeb.

Alcoolique, sa santé s’altère. Il décède des suites d’un empoisonnement alimentaire, le 1er septembre 1951, à l’hôtel de Montalembert.

L’exposition du Centre Pompidou est divisée en cinq parties (piéger, transmuer, concentrer, décomposer, éclabousser) qui relient le dessin à ses autres pratiques: l’ecriture, la photographie et la peinture.

Wols est considéré aujourd’hui comme un pionnier de l’abstraction lyrique européenne.

Trois souches dans le vent, 1944. Collection particulière.

«En regardant, il ne faut pas s’obstiner à ce que l’on pourrait faire de ce que l’on voit. Il faut voir ce qui est.»

«[…] Ne pas expliquer les rêves, l’insaisissable pénètre tout, il faut savoir que tout rime…»

«Ne pas faire mais être et croire.»

Il faut «serrer encore l’espace, les mouvements des doigts de la main suffisent pour exprimer le tout.»

«L’image peut avoir une relation avec la nature comme la fugue de Bach au Christ. Alors, ce n’est pas une imitation, mais une création analogue.»

La Grenade bleue, 1948-49. Paris, Centre Pompidou.

Ida Vitale

La Generación del 45 en ocasión de la visita de Juan Ramón Jiménez en 1948. De izquierda a derecha, parados: María Zulema Silva Vila, Manuel Arturo Claps, Carlos Maggi, María Inés Silva Vila, Juan Ramón Jiménez, Idea Vilariño, Emir Rodríguez Monegal, Ángel Rama. Sentados: José Pedro Díaz, Amanda Berenguer, Zenobia Camprubí, Ida Vitale, Elda Lago, Manuel Flores Mora.

Ida Vitale a reçu le 23 avril 2019 à l’Université d’Alcalá de Henares le Prix Cervantes. Elle est née le 2 novembre 1923 à Montevideo. Elle a 95 ans.

Fortuna

Por años, disfrutar del error
y de su enmienda,
haber podido hablar, caminar libre,
no existir mutilada,
no entrar o sí en iglesias,
leer, oír la música querida,
ser en la noche un ser como en el día.

No ser casada en un negocio,
medida en cabras,
sufrir gobierno de parientes
o legal lapidación.
No desfilar ya nunca
y no admitir palabras
que pongan en la sangre
limaduras de hierro.
Descubrir por ti misma
otro ser no previsto
en el puente de la mirada.

Ser humano y mujer, ni más ni menos.

Trema, Pre-Textos, 2005.

Fortune

Se délecter longtemps de l’erreur
et de son amendement,
avoir pu parler, marcher en liberté,
ne pas avoir été mutilée,
ne pas entrer ou entrer dans les églises,
lire, écouter la musique aimée,
être dans la nuit un être comme dans le jour.

Ne pas être mariée dans un commerce,
ni payée avec des chèvres,
souffrir la gouverne de parents
ou une légale lapidation.
Ne plus jamais défiler
et ne pas accepter des mots
qui répandent des limailles
de fer dans le sang.
Découvrir par toi-même
un autre être non prévu
dans le pont du regard.

Être humain et femme, ni plus ni moins.

Ni plus ni moins (Traduction: Silvia Baron Supervielle, François Maspéro) Le Seuil 2016)

À la suite d’une proposition de Clara Zetkin en août 1910, l’Internationale socialiste des femmes célèbre le 19 mars 1911 la première « Journée internationale des droits des femmes » et revendique le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. Depuis, des rassemblements et manifestations ont lieu tous les ans.

Gabriel García Márquez

Mario Vargas Llosa et Gabriel García Márquez. Barcelone. Fin des années 60.

Gabriel García Márquez est né le 6 mars 1927 à Aracataca (Colombie). Il est mort le 17 avril 2014 (à 87 ans) à Mexico. Il a vécu à Paris, en 1956-1957, 9 rue de Montalembert dans le VII ème arrondissement. Depuis 2017, la pointe de l’intersection de la rue de Montalembert avec la rue du Bac porte le nom de l’écrivain colombien.

9 rue de Montalembert. 75007-Paris.

Xavi Ayén, Aquellos años del boom. García Márquez, Vargas Llosa y el grupo de amigos que lo cambiaron todo. Barcelona: RBA editores, 2014. p.76.
« Las cosas eran de ese modo. A veces la gente confundía a unos escritores con otros en las calles. En el aeropuerto de El Prat, por ejemplo, un sonriente desconocido le espetó un día a García Márquez:

– No sé si es usted Cortázar o Vargas Llosa…
El colombiano que estaba intentando conciliar un sueñecito en la sala de espera, se desperezó, abrió un ojo y respondió con semblante serio:

– Los dos.
Nadie imaginaba que, con los años, dos novelistas de aquel grupo, recogerían el Premio Nobel de Literatura: el primero en 1982, y el segundo en 2010.”

Arthur Rimbaud

Portrait de Rimbaud (Fernand Léger) 1948.

Matinée d’ivresse

« Ô mon Bien ! Ô mon Beau! Fanfare atroce où je ne trébuche point! chevalet féerique! Hourra pour l’œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendus à l’ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés: cette promesse, cette démence! L’élégance, la science, la violence! On nous a promis d’enterrer dans l’ombre l’arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, – ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, – cela finit par une débandade de parfums.

Rires des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d’ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.

Petite veille d’ivresse, sainte! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t’affirmons, méthode! Nous n’oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.

Voici le temps des Assassins

Les Illuminations, poèmes en prose ou en vers libres composés entre 1872 et 1875. La première édition des Illuminations était partielle et parut dans cinq livraisons de la revue La Vogue, à Paris, entre mai et juin 1886 (numérotées 5 à 9), avant d’être republiée en volume, tiré à 200 exemplaires la même année, à l’automne, accompagnée d’une notice en préface signée Paul Verlaine, et avec comme nom d’éditeur Publications de La Vogue, suivant un ordre établi par Félix Fénéon. Le recueil a été republié dans son intégralité, à titre posthume, en 1895.

Baruch Spinoza

George Steiner.

Dans son article La esquina Steiner (El País, 02/03/2020), Enrique Vila-Matas évoque George Steiner (1929-2020), spécialiste de littérature comparée, récemment décédé. Le père de celui-ci lui répétait constamment quand il était enfant : “Todo lo excelso es tan difícil como raro” (Baruch Spinoza, Ethique, 1677.

https://elpais.com/cultura/2020/03/02/actualidad/1583153001_386456.html

Je recherche sur Google la phrase exacte. Je remarque que les traductions en français sont très diverses comme souvent. Faut-il suivre Pierre Macherey qui affirme : “Si l’on veut comprendre ce que Spinoza a réellement dit, et en premier lieu en prendre connaissance, il est indispensable de revenir au texte original, et de s’en faire pour soi-même sa propre traduction”. (Introduction à l’Ethique de Spinoza. 5 volumes. PUF, 1994-1998)?

“Sed omnia præclara tam difficilia quam rara funt.»

“Mais toutes les belles choses sont aussi difficiles que rares” (Henri de Boulainvillers, vers 1730)
“Mais tout ce qui est beau est aussi difficile que rare” (Emile Saisset, Charpentier, 1842)
“Mais tout ce qui est beau est difficile autant que rare” (Charles Appuhn, Garnier Frères, 1907)
“Mais toutes les choses remarquables sont aussi difficiles qu’elles sont rares” (Raoul Lantzenberg, Flammarion, 1908)
“Mais tout ce qui est excellent est aussi difficile que rare” (André Guérinot, Pelletan-Helleu-Sergent, 1930)
“Mais tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare” (Rolland Caillois, Gallimard, 1954)
“Mais tout ce qui est remarquable est difficile autant que rare” (Bernard Pautrat, Edition bilingue, Points Seuil, 1988)
“Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare” (Robert Misrahi, PUF, 1990)
“Mais tout ce qui est supérieur est difficile autant que rare” (Pascal Severac, Ellipses, 1997)

Baruch Spinoza. Portrait de 1665 tiré de la Herzog August Bibliothek. Wolfenbüttel, Basse-Saxe, en Allemagne.

Unica Zürn 1916 – 1970

Visite hier de l’exposition Unica Zürn avec J. On peut la voir jusqu’au 31 mai 2020 au Musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne, 1 rue Cabanis, 75014-Paris. Du mercredi au dimanche de 14h à 19 h.

Cette exposition permet de mieux connaître cette artiste dont l’oeuvre est dispersée à travers le monde. Elle met en valeur surtout sa période de création lorsqu’elle se trouvait à l’hôpital Sainte-Anne. On peut voir 107 dessins, gouaches et aquarelles, plus une trentaine de documents, catalogues, lettres. On remarque la finesse de l’exécution du dessin et le caractère fantastique de l’ imagination d’Unica Zürn.

Unica Zürn

Cette artiste est née le 6 juillet à Berlin-Grunewald dans une famille bourgeoise. Son père et son beau-père furent membres du parti nazi. Elle travaille d’abord comme sténotypiste, puis comme scénariste et auteur de films publicitaires entre 1933 et 1942 pour l’Universum Film AG (UFA), instrument cinématographique du III ème Reich sous le contrôle de Goebbels à Berlin. Elle se marie en 1942 et a deux enfants (Katrin, née le 23 mai 1943, et Christian, né le 11 février 1945). Son frère Horst meurt en août 1944, près de Vitebsk. Elle divorce en 1949 et confie ses enfants à la garde du père. Elle vit d’abord avec le peintre et danseur Alexander Camaro, puis rencontre le peintre Hans Bellmer (1902-1975) en 1953. Elle vit dix ans avec lui dans un petit studio au premier étage du 88 rue Mouffetard àParis. Elle participe au mouvement surréaliste et est proche de Max Ernst, Man Ray, Jean Arp, Roberto Matta, Victor Brauner et Henri Michaux.

Unica Zurn a été internée à sept reprises entre 1960 et 1970 (soit 35 mois en dix ans): d’abord en 1960 à Berlin, puis à Sainte-Anne dans le service du Docteur Jean Delay du 26 septembre 1961 au 23 mars 1963. Elle fait d’autres séjours psychiatriques à La Rochelle, puis à Maison Blanche (Neuilly-sur-Marne) et enfin à la clinique psychiatrique du château de la Chesnaie de Chailles. Elle est aussi soignée par le Docteur Gaston Ferdière comme Antonin Artaud. Le 19 octobre 1970, lors d’une permission de sortie pour quelques jours, elle saute du sixième étage du domicile de Hans Bellmer, 4 rue de la Plaine à Paris.

Il ne faut pas oublier qu’elle a publié aussi deux œuvres de fiction:

  • L’Homme-Jasmin. Traduction Ruth Henry et Robert Valençay, avec une préface d’André Pieyre de Mandiargues, Paris, Gallimard, 1971; réédition Paris, Gallimard, collection «L’Imaginaire», 1999.
  • Sombre printemps. Traduction Ruth Henry et Robert Valençay, Paris, Belfond, 1971. Réédition Paris et Montréal, éditions Écriture, 1997. Collection de poche Motifs, 2003.

«Mon enfance est le bonheur de ma vie.

Ma jeunesse est le malheur de ma vie.»