Sélinonte

Temple E.

Lors de notre voyage en Sicile et dans les Ïles Eoliennes, nous avons visité le mardi 6 juin 2017 le site de Sélinonte qui couvre 270 ha.

Cette prospère cité grecque occupait un magnifique endroit situé sur un promontoire entre grandes deux rivières aujourd’hui ensablées. Longée par la mer dans sa partie sud, elle abrite huit temples et une acropole qui se trouve au coeur de la nature (fleurs des champs, herbes aromatiques, espèce de céleri sauvage (selinon en grec) qui a donné son nom à la colonie grecque).

La ville aurait été fondée en 628 av.J.C. par des Grecs venant de Megara Hyblaea, colonie situé au nord de Syracuse. Ils étaient attirés par la fertilité de la région qui produisait en abondance le blé et l’ huile. La colonie prospéra pendant 200 ans. Lorsqu’elle s’allia avec Syracuse contre Carthage, Ségeste, sa rivale, demanda l’aide des Carthaginois et en 409 av.J.C., Hannibal de Giscon ( v 471 av. J.-C. – 406 av. J.-C.) lança son armée de plus de 100 000 hommes sur Sélinonte qui tomba en neuf jours. Environ 16 000 habitants furent massacrés et 5 000 vendus comme esclaves. 2 600 personnes se réfugièrent à Agrigente. La cité avait compté jusqu’à 30 000 habitants à son apogée.

La cité ne retrouva plus jamais sa grandeur. Elle se maintint encore vaille que vaille un siècle et demi, puis le site fut abandonné. Plus tard, les Byzantins puis les Arabes s’installèrent dans ses ruines. Les nombreux tremblements de terre achevèrent sa quasi-destruction. Elle fut redécouverte par un moine dominicain au XVI siècle. Des archéologues anglais, Samuel Angell et William Harris, firent des recherches en 1823 et mirent à jour les premières métopes. Les fouilles sont systématiques depuis 1950. Elles se poursuivent aujourd’hui.

Le site se compose de trois zones: la première, sur la colline orientale, regroupe trois temples (E,F,G); la deuxième, l’ancienne acropole en regroupe cinq (Temples A,B,C,D et O); la troisième était une enceinte sacrée où s’élevait le Santuario della Malophoros (575 av.J.C.).

Les temples E et F sont les mieux conservés. Le temple E (480-460 av.J.C.), consacré à Héra et relevé en 1958, est un temple périptère, comportant six colonnes sur sa largeur et quinze sur sa longueur. Il est allongé par la présence d’un opisthodome. Le temple F (560-540 av.J.C.) était probablement dédié à Athéna. C’est le plus petit et le plus ancien des trois temples de la colline orientale. Il est entièrement en ruine. Ses colonnes cannelées gisent au sol. Le temple G, un des plus vastes du monde grec (113 m sur 30 m de haut), était inachevé au moment de l’attaque carthaginoise comme le montrent ses colonnes non cannelées. Ses fûts atteignent un diamètre de 3,40 m. Chaque tambour pèse au moins 100 tonnes. Il n’a plus aujourd’hui qu’une colonne encore debout. Aujourd’hui, c’est un impressionnant amas de fragments et de colonnes colossales renversées. Il était peut-être dédié à Apollon ou plus vraisemblablement à Zeus Olympien.

Un sentier mène à l’acropole où s’élevaient les bâtiments publics et religieux et quelques résidences appartenant aux classes aisées. De grands remparts, de 4,50 m d’épaisseur, furent construits après l’affrontement avec les Carthaginois en 306 av.J.C. sur une centaine d’hectares. Ils devaient protéger la ville. Le temple C, avec ses douze hautes colonnes, est le plus ancien (début du VI siècle av.J.C.) et le mieux conservé. De là, proviennent les superbes métopes qui ornaient ses frises et se trouvent maintenant au Musée archéologique de Palerme.

Temple F.

Jean-Paul Michel

Sélinonte. Temple E consacré à Héra.

«Un signe nous sommes, et privé de sens…»

De Sélinonte en son Chaos se pourraient relever les pierres, mais le sens, à coup sûr, est perdu.
Les plus hautes figures d’art non plus n’échappent donc pas à la perte.
Cet avertissement est de ceux qui se peuvent mal entendre d’un vivant qui écrit.
L’oublier grèverait pourtant d’une lourde hypothèque le sérieux d’écrire, la qualité de savoir, le courage nécessaires à qui veut, du moins, enregistrer un peu de l’irrécusable réel.

Que «les poètes fondent ce qui demeure» est du petit nombre de ces vérités dont ne peut douter l’historien de cette surprise: qu’il y ait de l’être. Mais de ce que signifie ici, «demeurer», comment ne pas former une acception restreinte, dès lors qu’à ce point saisit l’énormité du Chaos?
Si Ségeste – son Théâtre -, pouvait témoigner d’une certaine résistance à l’effacement, Sélinonte, qu’elle travailla à détruire, témoigne, avec une éloquence presque excessive, de ce que la ruine n’épargne rien.
Chaos les piliers des temples!
Chaos les fortifications militaires cyclopéennes!
Chaos, l’agora perdue!
Chaos! Chaos! Chaos!
Qu’à ce point le sens se perde, des figures de la Prière, de l’Adjuration, de l’Appel, jette une ombre mortelle sur les architectures les plus hautes.

«Un signe nous sommes, et privé de sens». Sélinonte matérialise visiblement ce diagnostic. Rien de réel, sinon au prix de ce dernier savoir.

La vie profane en son entier se fait alors connaître pour ce qu’elle est: efforts émouvants pour éloigner la douleur, nier le mal, oublier le non-sens et la mort.
«Dansent et chantent les Génies de la légèreté, de la gaie volonté d’ignorer!» Du plaisir des formes! De la jouissance de la lumière! Des fruits savoureux du jour! «Oh sans doute est-il bon qu’ils dansent, chantent, oublient!» Cette gaieté, le temps qu’elle dure, dispense de pleurs, d’alarmes, allège, sauve.

L’art n’efface pas la perte. Il lui répond.

Route de Sélinonte. août 1994.

“Défends-toi, Beauté violente!” Poésie/Gallimard, 2019.

Jean-Paul Michel.
                                                                                                               

Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu

“Cholet” à El Alto (Freddy Mamani).

Fondation Cartier pour l’art contemporain
Exposition Géométrie Sud du Mexique à la Terre de Feu
14 octobre 2018 – 24 février 2019

La Fondation Cartier a exploré souvent la diversité et la richesse de la création en Amérique Latine. Cette exposition s’intéresse à la présence de la géométrie dans l’art de ce continent, tant chez les artistes issus du monde amérindien que chez ceux qui puisent leur inspiration dans le modernisme européen ou dans l’art précolombien.

Elle rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie. Elle révèle des répertoires formels présents depuis des temps immémoriaux (par exemple, chez les peuples valdivia qui vivaient sur la côte Pacifique de l’actuel Equateur au néolithique) et qui fascinent toujours les jeunes artistes des nouvelles générations.

Trois oeuvres sont exposées au rez-de-chaussée:
– l’architecte bolivien Freddy Mamani, inspiré par la culture aymara de Tiwanaku, a conçu pour la Fondation un salón de eventos comme ceux qu’il a construits à El Alto. Cette ville de Bolivie, banlieue située à l’ouest de La Paz, est peuplée d’environ un million d’habitants. Elle se trouve à 4 149 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le film qui présente Freddy Mamani est très intéressant et sans complaisance aucune.
– Les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral développent une recherche sur les formes géométriques associée aux matériaux et au savoir-faire propre aux cultures populaires locales. Leur œuvre monumentale est un ensemble fait de modules triangulaires qui joue avec les ombres et les lumières.
– On trouve enfin un ensemble de 22 sculptures de l’artiste vénézuélienne Gego (1912–1994), de son vrai nom Gertrud Louise Goldschmidt. Elle est née à Hambourg dans une famille juive aisée. Elle a fui l’Allemagne nazie en 1939 avec sa famille et s’est installée au Vénézuela. Son œuvre s’inscrit dans la continuité du modernisme européen.

A l’étage inférieur, 220 œuvres proposent un va-et-vient entre art ancien, art populaire et art contemporain. Il s’agit de prendre son temps et d’être attentifs car sinon nous pouvons courir le risque d’être un peu perdus par la richesse des œuvres présentées. En effet, l’accrochage préfère les juxtapositions à la chronologie ou à la géographie.

Cette exposition nous fait voyager du Mexique à la Terre de Feu. Nous avons beaucoup aimé découvrir ces oeuvres colorées, graphiques et spirituelles. Nous avons retrouvé un peu du plaisir que nous avons pris ces dernières années à voyager en Terre de Feu, en Argentine, au Chili, en Equateur, au Pérou, en Bolivie.

Web-série sur les coulisses de l’exposition « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu »

https://goo.gl/rTvyZN

Stèles Valdivia. Zones côtières, Equateur. 3500-1500 av. J-C.

Michel de Montaigne

Portrait présumé de Michel de Montaigne par un auteur anonyme (anciennement attribué à Dumonstier) repris par Thomas de Leu pour orner l’édition des Essais de 1608.

Essais, Livre III, chapitre IX : « Sur la vanité », « L’art de voyager» (extrait), translation en français moderne par A. Lanly, Honoré Champion (2002).

«Moi, qui le plus souvent voyage pour mon plaisir, je ne me guide pas si mal. S’il ne fait pas beau à droite, je prends à gauche ; si je me trouve peu apte à monter à cheval, je m’arrête. En faisant ainsi, je ne vois en vérité rien qui ne soit aussi agréable et aussi confortable que ma maison. Il est vrai que je trouve la superfluité toujours superflue et que je remarque de la gêne même dans le raffinement et dans l’abondance. Ai-je laissé quelque chose à voir derrière moi? J’y retourne ; c’est toujours mon chemin. Je ne trace [à l’avance] aucune ligne déterminée, ni droite ni courbe. Ne trouvé-je pas à l’endroit où je vais ce que l’on m’avait dit ? Comme il arrive souvent que les jugements des autres ne s’accordent pas avec les miens et que je les ai trouvés le plus souvent faux, je ne regrette pas ma peine : j’ai appris que ce qu’on disait n’y est pas.
J’ai une constitution physique qui se plie à tout et un goût qui accepte tout, autant qu’homme au monde. La diversité des usages d’un peuple à l’autre ne m’affecte que par le plaisir de la variété. Chaque usage a sa raison [d’être]. Que ce soient des assiettes d’étain, de bois ou de terre cuite, [que ce soit] du bouilli ou du roti, du beurre ou de l’huile de noix ou d’olive, [que ce soit] du chaud ou du froid, tout est un pour moi et si un que, vieillissant, je blame cette aptitude [qui me vient] d’une riche nature et que j’aurais besoin que la délicatesse [du goût] et le choix arrêtassent le manque de mesure de mon appétit et parfois soulageassent mon estomac. Quand je me suis trouvé ailleurs qu’en France et que, pour me faire une politesse, on m’a demandé si je voulais être servi à la française, je m’en suis moqué et je me suis toujours précipité vers les tables les plus garnies d’étrangers.
J’ai honte de voir nos compatriotes enivrés de cette sotte manie [qui les porte à] s’effaroucher des manières contraires aux leurs: il leur semble qu’ils sont hors de leur élément s’ils sont hors de leur village. Où qu’ils aillent, ils restent attachés à leurs façons [de vivre] et abominent celles des étrangers. Retrouvent-ils un Français en Hongrie? ils fêtent cette aventure: les voilà à se rallier et à se recoudre ensemble, à condamner tant de mœurs barbares qu’ils voient. Pourquoi ne seraient-elles pas barbares puisqu’elles ne sont pas françaises ? Et encore ce sont les plus intelligents qui les ont remarquées, pour en médire. La plupart d’entre eux ne partent en voyage que pour faire le retour. Ils voyagent cachés et renfermés en eux-mêmes, avec une prudence taciturne et peu communicative, en se défendant contre la contagion d’un air inconnu.
Ce que je dis de ceux-là me rappelle, dans un domaine semblable, ce que j’ai parfois observé chez quelques-uns de nos jeunes courtisans. Ils ne s’attachent qu’aux hommes de leur sorte, et nous regardent comme des gens de l’autre monde, avec dédain ou pitié. Ôtez-leur les entretiens sur les mystères de la cour, ils sont hors de leur [seul] domaine, aussi niais pour nous, et malhabiles, que nous [le sommes pour eux. On dit bien vrai [quand on affirme] qu’un « honnête homme », c’est un« homme mêlé ».
Au rebours [de nos compatriotes], je voyage fatigué de nos façons de vivre, non pour chercher des Gascons en Sicile (j’en ai laissé assez au pays); je cherche plutot des Grecs, et des Persans: c’est ceux-là que j’aborde, que j’observe; c’est à cela que je me prête et que je m’emploie. Et qui plus est : il me semble que je n’ai guère rencontré de manières qui ne vaillent pas les nôtres.»

Christian Boltanski

Desierto de Atacama (Chile). Valle de la Luna. Las Tres Marías.

Animitas” est une installation en plein air de l’artiste plasticien français Christian Boltanski dans le désert d’Atacama au Chili (2014).
Elle se compose de huit cents clochettes japonaises fixées sur de longues tiges plantées dans le sol qui sonnent au gré du vent pour faire entendre la musique des âmes et dessinent la carte du ciel la nuit de la naissance de l’artiste, le 6 septembre 1944.
L’installation se situe dans le désert d’Atacama, un lieu de pèlerinage à la mémoire des disparus de la dictature de Pinochet. C’est également un lieu exceptionnel pour observer les étoiles grâce à la pureté du ciel : c’est là qu’ est installé le plus grand observatoire du monde. L’œuvre, produite à l’occasion d’une exposition rétrospective du travail de Boltanski au musée des Beaux Arts de Santiago fin 2014, était filmée par une webcam et retransmise en direct dans l’une des salles du musée.
À Paris, lors de la FIAC hors les murs 2014, on pouvait aussi découvrir Alma, la maquette de l’installation chilienne dans le jardin des Tuileries.

Christian Boltanski, filmé dans son atelier de Malakoff où il ne cesse d’illustrer l’absence, dit : “Alma, c’était le nom de la rétrospective de Santiago. Cela veut dire “âme”. C’est aussi le nom du plus grand observatoire astronomique du monde. J’ai préféré appeler l’installation Animitas du nom des autels que les indiens laissent au bord des routes pour honorer les morts. Je pense qu’il y a des fantômes autour de nous et qu’ils sont matérialisés par ces clochettes. Il s’agit effectivement de la musique du ciel. Ce qui m’intéressait dans cet endroit, c’était de faire quelque chose de rudimentaire. J’avais d’abord pensé à travailler avec les observatoires. Ils étaient splendides mais ils m’impressionnaient et me faisaient peur. J’ai voulu retrouver la simplicité, la douceur d’une petite sonnerie de clochette”.

http://www.sculpturenature.com/animitas-musique-ames-installation-sonore-poetique-de-christian-boltanski-desert-plus-aride-monde/

Voyage Chili-Ile de Pâques

Du 16 janvier au 1 février: Voyage au Chili entre cordillère et Pacifique.

  • Santiago de Chile.
  • Isla Negra (El Quisco): Maison de Pablo Neruda.

. Valparaíso.

. Viña del Mar.

  • Puerto Montt. Angelmó.
  • Puerto Varas. Lac Llanquihue. Volcans Osorio, Calbuco.
  • Parc national Pérez Rosales. Chutes de Petrohué. Lac de Todos los Santos.
  • Ile de Chiloé: Chacao. Dalcahue. Castro. Ancud.
  • Calama. San Pedro de Atacama. Quitor. Tulor. Vallée de la Lune.
  • Le Salar. Lac Chaxa.  Les lagunes altiplaniques (Miscanti, Miñiques). Socaire. Toconao.
  • Les geysers du Tatio. Col de las Vizcachas.  Machuca. Vallée de Guatín.
  • Pukará de Lasana. Vallée de l’Arco Iris. Chiu Chiu.
  • Ile de Pâques (Rapa Nui). Hanga Roa.