Almudena Grandes – Luis Cernuda

La romancière et journaliste espagnole Almudena Grandes vient de mourir ce samedi 27 novembre à Madrid à l’âge de 61 ans.
Née à Madrid le 7 mai 1960, elle s’était fait connaître avec un roman érotique en 1989, Las edades de Lulú (Les vies de Loulou), porté à l’écran par Bigas Luna en 1990.
Elle avait publié ensuite Te llamaré viernes (1991) et Malena es un nombre de tango (1994) ( Malena c’est un nom de tango).
En 2010, elle s’était lancée dans un projet de six volumes indépendants, Episodios de una guerra interminable racontant les années de l’après-guerre civile en Espagne. Cette série est dans la ligne des Episodios nacionales (46 volumes) du grand romancier réaliste Benito Pérez Galdós (1843-1920).
Depuis 2008, elle publiait régulièrement des articles dans le quotidien El País. Le 10 octobre dernier, elle avait écrit un article sur le cancer dont elle souffrait depuis un an (Tirar una valla)

https://elpais.com/eps/2021-10-10/tirar-una-valla.html

Son mari est le poète Luis García Montero, directeur de l’Institut Cervantès depuis 2018.

Livres traduits en français :

  • Les vies de Loulou. Albin Michel, 1990.
  • Malena c’est un nom de tango. Plon, 1996 et Pocket 2000.
  • Atlas de géographie humaine. Grasset, 2000.
  • Vents Contraires. Grasset, 2003. Livre de poche, 2011.
  • Le cœur glacé. Éditions JC Lattès, 2008. Livre de poche, 2010. (2 tomes)
  • Inès et la joie. Éditions JC Lattès, 2012. Livre de poche, 2013.
  • Le Lecteur de Jules Verne. Éditions JC Lattès, 2013. Livre de poche, 2014.
  • Les Trois Mariages de Manolita. Éditions JC Lattès, 2016. Livre de poche, 2019.
  • Les patients du docteur Garcia. Éditions JC Lattès, 2020. Premio Nacional de la Narrativa (2018)

Son décès m’a remis en mémoire la fin du poème de Luis Cernuda Díptico español (Diptyque espagnol) qui date de 1961.

…Hoy, cuando a tu tierra ya no necesitas,
Aún en estos libros te es querida y necesaria,
Más real y entresoñada que la otra:
No ésa, mas aquélla es hoy tu tierra.
La que Galdós a conocer te diese,
Como él tolerante de lealtad contraria,
Según la tradición generosa de Cervantes,
Heroica viviendo, heroica luchando
Por el futuro que era el suyo,
No el siniestro pasado donde a la otra han vuelto.

La real para ti no es esa España obscena y deprimente
En la que regentea hoy la canalla,
Sino esta España viva y siempre noble
Que Galdós en sus libros ha creado.
De aquélla nos consuela y cura ésta.

Desolación de la quimera. 1956-1962

…Aujourd’hui, quand de ta terre tu n’as plus besoin,
Dans les livres encore elle t’est chère et nécessaire,
Plus réelle que l’autre et à demi rêvée ;
Pas celle-ci, mais celle-là qui est toujours ta terre.
Celle que Galdós t’aurait donnée à connaître,
Comme lui tolérante à la loyauté contraire,
Selon la généreuse tradition de Cervantès,
Héroïque dans la vie, héroïque dans la bataille
Pour l’avenir qui était le sien,
Et non le sinistre passé où ils ont renvoyé l’autre.

La réalité pour toi n’est pas cette Espagne obscène et déprimante
Où gouverne aujourd’hui la canaille,
Mais cette Espagne vivante et toujours noble
que Galdós a créée dans ses livres.
De celle-là il nous console et soigne celle-ci.