Un début loin de la vie. Carnets 1978-1986. Notes d’un dilettante. (André Blanchard)

Dilmanche 6 août 1978

   « Je recopie quelques généralités que m’avaient inspirées il y a trois mois les dix ans de Mai 68. Tout se récupère, il suffit d’attendre que le grand frisson ne soit plus qu’un mauvais souvenir pour les uns et que nostalgie pour les autres. Les marchands peuvent faire leur monnaie, concocter de juteux coups éditoriaux, et ça aide que ces marchands soient ceux qui tenaient les barricades. Ils doivent aussi se dire qu’il faut renseigner un nouveau public: les lycéens d’aujourd’hui tétaient encore leur pouce en 68. Je fais le bilan comme je le vois. La Gauche prolétarienne s’est rangée: c’est aussi bien, vu le ramassis de fils à papa qu’il y avait aux commandes. Les situs se sont sabordés: normal, ils s’affirmaient eux-mêmes sûrs et ravis d’êtres dépassés. Les autonomes ont pris le relais mais refusent toute filiation historique, ne revendiquant que leur propre  » spontanéité hors de toute dialectique »: sauf celle du baratin! Certains anciens combattants commencent à se placer dans la hiérarchie sociale…normal là aussi: quand les bourgeois fabriquent de la révolution, ça a toujours été à leur profit en utilisant le peuple. il reste les vrais marginaux à qui va mon respect, ce sont les cocus de l’Histoire, par exemple ceux décrits  dans le film Comme les anges déchus de la planète Saint-Michel. »

Aujourd’hui 22 mars, je relis les lignes qu’ André Blanchard a écrites, il y a environ 40 ans. Je ne peux pas vraiment contredire ces réflexions pessimistes. Curieusement, je pense à Flaubert et à son Education sentimentale.

Gustave Flaubert. Place des Carmes. Rouen.

André Blanchard

André Blanchard est né le 2 février 1951 à Besançon. Il est mort le 29 septembre 2014 à Vesoul.

Il a  publié essentiellement des carnets, des réflexions sur la littérature et sur l’actualité. La littérature était pour lui une nécessité absolue. Il gagnait sa vie comme gardien des salles d’expositions municipales de la ville de Vesoul.

J’ai lu tous ses livres publiés au Dilettante. Les autres, je ne les ai jamais trouvés. J’ai été très heureux d’apprendre qu’un autre ouvrage de cet auteur allait être publié ces jours-ci: Un début loin de la vie.

Entre chien et loup (carnets 1987), Le Dilettante, 1989 (2 éd., 2007).
De littérature et d’eau fraîche (carnets 1988-1989), Erti, 1992.
Messe basse (carnets 1990-1992), Erti, 1995.
Impasse de la Défense (carnets 1993-1995), Erti, 1998.
Impressions, siècle couchant (chronique), Erti, 1998.
Impressions, siècle couchant II (chronique), Erti, 2001.
Petites nuits (carnets 2000-2002), Maé-Erti, 2004.
Contrebande (carnets 2003-2005), Le Dilettante, 2007.
Pèlerinages, (chronique) Le Dilettante, 2009.
Autres directions, (carnets 2006-2008) Le Dilettante, 2011.
À la demande générale , (carnets 2009-2011), Le Dilettante,2013.
Le reste sans changement, (carnets 2012-2014), Le Dilettante, 2015.

Jorge Luis Borges : “Elogio de la sombra

« Que otros se jacten de los libros que les ha sido dado escribir, yo me jacto de aquéllos que me fue dado leer… No sé si soy un buen escritor; creo ser un excelente lector o, en todo caso, un sensible y agradecido lector ».