Claude Sautet

Nous avons revu ces derniers temps plusieurs films de Claude Sautet: Classe tous risques (1959), Max et les ferrailleurs (1970), César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul et les autres (1973), Un mauvais fils (1980), Un coeur en hiver (1991), Nelly et M.Arnaud (1995). Des films bien représentatifs de la France des années 70, 80, 90. Une autre époque.

Le dernier, il y a quelques jours, Un mauvais fils. Sur une chaîne de m…: C8 (du groupe Canal+). Je ne savais même pas qu’elle émettait des films en clair. Copie ancienne. 3 ou 4 coupures publicitaires. Aucun respect de l’oeuvre cinématographique.

J’ai relu par la même occasion le livre intéressant de Michel Boujut: Conversations avec Claude Sautet. Institut Lumière/ Actes Sud . 2014. Il s’agit d’une discussion entre le journaliste et le metteur en scène sur chacun des films de l’auteur.

Classe tous risques (1960): Roman de José Giovanni (Gallimard, 1958). Le roman s’inspire des dernières années de la cavale d’Abel Danos (renommé Abel Davos dans le film). Il est présenté comme un père aimant et attentionné. On apprend seulement qu’il est recherché par la justice française, sans qu’il soit jamais précisé pourquoi (Abel Danos, dit Le Mammouth ou le Bel Abel, était le tortionnaire le plus brutal de la Gestapo française né en 1904 – fusillé pour collaboration le 13 mars 1952). “De Milan à Paris, via la Côte d’Azur, les derniers jours du gangster Abel Davos (Lino Ventura), lâché par ses amis du milieu parisien et secouru par le jeune truand Stark (Jean-Paul Belmondo) (…) Sautet s’en tient à une sobriété qui confine au documentaire…Il a su nous intéresser à ses personnages par la mise en scène plus que par le scénario, ce qui est prometteur.” (Bertrand Tavernier, Cinéma 60, n°46, mai 1960.)

Max et les ferrailleurs (1970). Roman de Claude Néron (Grasset, 1968). Romy Schneider :” Une entente comme la nôtre est très rare. D’un film à l’autre, elle n’a fait que s’amplifier. Je peux difficilement l’expliquer, mais quand nous travaillons ensemble, c’est extraordinaire. Claude est le metteur en scène qui me connaît le mieux.”

César et Rosalie (1972). Scénario de Jean-Loup Dabadie et Claude Sautet. L’idée originale du scénario a surgi lorsque Claude Sautet, alors assistant, cherchait pour les besoins d’un film une voiture chez un ferrailleur : « Le type se trouve être un « rustre assez beau, très bien sapé, le cigare au bec, l’œil rusé, avec une façon de s’exprimer aussi grossière que pittoresque ». Or une jeune femme élégante, très distinguée, accompagne le ferrailleur rouleur de mécaniques. Tout de suite, le contraste entre elle et lui s’était imposé à moi. Et je m’étais dit : Supposons que je tombe amoureux de cette femme, comment me débrouillerais-je en face d’un tel loustic ? » “C’est moins entre deux hommes que balance Rosalie qu’entre deux archétypes de la séduction masculine: le conquérant et le troubadour…Tumultueux match à trois, rythmé par les mouvements du coeur.” (Jacques de Baroncelli, Le Monde, 31 octobre 1972.)

Vincent, François, Paul et les autres (1973). Scénario de Jean-Loup Dabadie et Claude Néron d’après le roman La grande Marrade de Claude Néron (Grasset, 1965), qui avait bien plu à Jean Paulhan. “Nous sommes tous des Vincent, surtout, sur qui s’amoncellent les menaces. Nous craignons pour sa vie, pour ce coeur qui broute et réveille en nous la seule question majeure : la peur de mourir. Toute l’émotion et la leçon du film sont dans cette image crépusculaire de Vincent, frileusement blotti entre le parapluie de la sagesse et le compte-gouttes de la solitude. Quelle mélancolie.” (Gilles Jacob. L’Express, 30 septembre 1974.) Paul (Serge Reggiani) reproche à François (Michel Piccoli) son évolution: “S’adapter, ça signifie vivre avec son temps, savoir bouger avec la société… Avec pour seule devise: Pour changer de vie, changer d’avis.”

Un mauvais fils (1980). Le dernier que nous avons revu et pas de dans de très bonnes conditions. Scénario de Claude Sautet, Daniel Biasini et Jean-Paul Török, d’après une histoire de Daniel Biasini. Un des derniers rôles de Patrick Dewaere qui s’est suicidé le 16 juillet 1982. Le duo Patrick Dewaere-Yves Robert fonctionne très bien. On remarque particulièrement Jacques Dufilho dans un rôle de libraire homosexuel (Dussart), sa maîtrise du langage, son goût de la formulation précise et son désarroi intérieur. il comprend le personnage de Bruno (Patrick Dewaere) et l’aide au mieux. Catherine (Brigitte Fossey), dans son grand appartement vide, prépare un texte sur le peintre Paul Klee que lui a demandé Dussart. Elle lit à Bruno une phrase du poète surréaliste René Crevel qui s’est suicidé le 18 juin 1935: “Á vingt-neuf ans bien sonnés, je commence à ne plus croire au malheur…”La véritable citation est: “À vingt-neuf ans bien sonnés, je commence même à ne plus croire au corbeau, oiseau de malheur, depuis que, ce matin, un de ces nevermore, non au chambranle de ma porte, mais sur mon balcon est venu se poser.” ( René Crevel, Paul Klee, collection « Les peintres nouveaux », Paris, Gallimard, NRF. 1930.)

Un coeur en hiver (1991). Scénario : Claude Sautet, Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre. Le point de départ de l’histoire est la vie du compositeur Maurice Ravel (les sonates par le violoniste Jean-Jacques Kantorow ont inspiré Sautet) et le roman de Mikhaïl Lermontov, Un héros de notre temps. Dans la deuxième partie, La princesse Mary, un jeune officier russe a séduit la fiancée de son meilleur ami pour pouvoir lui dire, une fois conquise: “Je ne vous aime pas!” Les derniers films de Sautet deviennent de plus en plus personnels et originaux.

Nelly et M.Arnaud (1995) : “Au début, un homme seul (Pierre Arnaud: Michel Serrault) ; à la fin, une femme seule (Nelly: Emmanuelle Béart). L’échange a eu lieu. Il ne concerne que deux solitudes et se constitue tout entier par le silence et l’écriture.” (Alain Masson, Positif, octobre 1995). Michel Serrault porte des cheveux postiches, le faisant ainsi beaucoup ressembler à Claude Sautet, dont c’est le dernier film. “Les choses n’arrivent jamais comme on croit. C’est le sujet de tous mes films. ” (Claude Sautet)

Gros fumeur, Claude Sautet meurt le 22 juillet 2000, des suites d’un cancer du foie. Il est enterré au cimetière du Montparnasse, à Paris. Sur sa pierre tombale, on peut lire : “Garder le calme !!! devant la dissonance !!!”

Tombe de Claude Sautet. Cimetière du Montparnasse.