Lisbonne. Miradouro Sophia de Mello Breyner (anciennement Miradouro da Graça). Buste en hommage à Sophia de Mello Breyner. Réplique d’un buste du sculpteur António Duarte de 1950, inaugurée le 2 juillet 2009.
Marie Paule et Raymond Farina ont publié avant-hier sur Facebook un poème de Sophia de Mello Breyner (1919-2004) : Au fond de la mer (Fundo do mar).
Cette grande poétesse portugaise est enterrée depuis 2016 dans le Panthéon national à Lisbonne. Je relis ensuite d’autres textes d’elle dans Malgré les ruines et la mort (Éditions de la Différence, 2000. Traduction Joaquim Vidal) et La Poésie du Portugal des origines au XX ème siècle (Éditions Chandeigne, 2021. Traductions de Max de Carvalho et Michel Chandeigne).
J’ai choisi aujourd’hui trois poèmes de Sophia de Mello Breyner dans Malgré les ruines et la mort.
Nâo procures…(Sophia de Mello Breyner)
Nâo procures verdade no que sabes Nem destino procures nos teus gestos Tudo quanto acontece é solitário Fora de saber fora das leis Dentro de um ritmo cego inumerável Onde nunca foi dito nenhum nome.
Ne cherche pas…
Ne cherche pas la vérité dans ce que tu sais Ne cherche pas dans tes gestes le destin Tous ce qui advient est solitaire En dehors du savoir en dehors des lois A l’intérieur d’un rythme aveugle et sans limite Où aucun nom ne fut jamais prononcé.
Este é o tempo…(Sophia de Mello Breyner)
Este é o tempo Da selva mais obscura
Até o ar azul se tornou grades E a luz do sol se tornou impura
Esta é noite Densa de chacais Pesada de amargura
Este é o tempo em que os homens renunciam.
Voici le temps…
Voici le temps De la jungle la plus obscure
Même l’air bleu devint barreaux Et impure la lumière du soleil
Voici la nuit Dense de chacals Lourde d’amertume
Voici le temps où les hommes renoncent.
Oásis (Sophia de Mello Breyner)
Penetraremos no palmar A água será clara o leite doce O calor será leve o linho branco e fresco O silêncio estará nu – o canto Da flauta será nítido no liso Da penumbra
Lavaremos nossas mãos de desencontro e poeira
Oasis
Nous pénétrerons dans la palmeraie L’eau sera claire le lait très doux La chaleur légère le lin blanc et frais Le silence sera nu –net le chant De la flûte dans la sérénité De la pénombre
Nous laverons nos mains De la poussière et des vaines rencontres
Malgré les ruines et la mort. Éditions de la Différence, 2000. Traduction Joaquim Vital.
Lisbonne. Miradouro Sophia de Mello Breyner (anciennement Miradouro da Graça).
À la fin de 1949, Nora Mitrani (1921-1961), écrivaine surréaliste et sociologue, visite pendant trois mois le Portugal, où vivait son oncle maternel. À l’invitation du Groupe Surréaliste de Lisbonne, elle fait une conférence au Jardin universitaire des Beaux-Arts le 12 janvier 1950. Celle-ci a été traduite par le poète portugais Alexandre O’Neill (1924-1986) et publiée sous forme de brochure : A Razão Ardente (do Romanticismo ao Surrealismo), Cuadernos Surrealistas, Lisboa, 1950. Ce texte n’a pas été inclus dans l’anthologie de ses écrits, Rose au coeur violet (Paris, Éditions Terrain Vague, collection Le Désordre, Losfeld, 1988), réunis par Dominique Rabourdin avec une préface de Julien Gracq. Il n’a été publié pour la première fois en français qu’en 2025 par les éditions le Retrait (La raison ardente Du romantisme au surréalisme).
Nora Mitrani et Alexandre O’Neill eurent une courte relation amoureuse. Mais, le poète portugais, privé de passeport par la Pide, la police politique du régime salazariste, ne pouvait pas sortir du pays. Il ne la revit plus. Il ne put jamais oublier cette brève mais intense rencontre et il lui dédia le poème Un adieu portugais (Um Adeus Português) en 1951. Il publia aussi Six poèmes confiés à la mémoire de Nora Mitrani, inclus dans son recueil Poemas con Endereço (Poèmes avec adresse, 1962). Nora Mitrani deviendra la compagne de Julien Gracq en 1953 et mourra d’un cancer à 39 ans le 22 mars 1961.
Um Adeus Português (Alexandre O’Neill)
Nos teus olhos altamente perigosos vigora ainda o mais rigoroso amor a luz de ombros puros e a sombra de uma angústia já purificada
Não tu não podias ficar presa comigo à roda em que apodreço apodrecemos a esta pata ensanguentada que vacila quase medita e avança mugindo pelo túnel de uma velha dor
Não podias ficar nesta cadeira onde passo o dia burocrático o dia-a-dia da miséria que sobe aos olhos vem às mãos aos sorrisos ao amor mal soletrado à estupidez ao desespero sem boca ao medo perfilado à alegria sonâmbula à vírgula maníaca do modo funcionário de viver
Não podias ficar nesta cama comigo em trânsito mortal até ao dia sórdido canino policial até ao dia que não vem da promessa puríssima da madrugada mas da miséria de uma noite gerada por um dia igual
Não podias ficar presa comigo à pequena dor que cada um de nós traz docemente pela mão a esta pequena dor à portuguesa tão mansa quase vegetal
Não tu não mereces esta cidade não mereces esta roda de náusea em que giramos até à idiotia esta pequena morte e o seu minucioso e porco ritual esta nossa razão absurda de ser
Não tu és da cidade aventureira da cidade onde o amor encontra as suas ruas e o cemitério ardente da sua morte tu és da cidade onde vives por um fio de puro acaso onde morres ou vives não de asfixia mas às mãos de uma aventura de um comércio puro sem a moeda falsa do bem e do mal
*
Nesta curva tão terna e lancinante que vai ser que já é o teu desaparecimento digo-te adeus e como um adolescente tropeço de ternura por ti
Publié dans la revue Unicórnio (Juin 1951), puis dans le livre Tempo de Fantasmas (Tempsde fantômes) (novembre 1951).
Un adieu portugais
Dans tes yeux hautement dangereux l’amour le plus rigoureux revigore toujours la lumière par ombres pures et l’ombre par une angoisse déjà bien purifiée
Non toi tu ne pouvais rester prise avec moi à cette roue où je pourris nous pourrissons à cette patte ensanglantée toute frissons presque méditation qui avance en mugissant dans le tunnel d’une vieille douleur
Tu ne pouvais rester fixée à cette chaise où je passe mes jours bureaucratiques cet au-jour-le-jour du malheur qui monte aux yeux arrive aux mains aux sourires à l’amour à peine épelé à la stupidité au désespoir sans bouche à la peur profilée à la joie somnambule à la virgule maniaque du mode fonctionnaire de vie
Tu ne pouvais rester dans ce lit avec moi dans un transit mortel jusqu’au sordide jour jour canin policier jusqu’au jour qui ne vient pas de la promesse si pure et plus que pure de l’aurore mais du malheur d’une nuit engendrée par un jour identique
Tu ne pouvais tester prise avec moi à l’infime douleur que chacun d’entre nous porte doucement dans sa main à cette infime douleur-à-la-portugaise si moelleuse presque végétale
Non toi tu ne mérites pas cette cité tu ne mérites pas cette roue de nausée où nous tournons jusqu’à la bêtise cette petite mort avec son minutieux rituel de gros porcs cette absurde raison que nous avons à être Non toi tu es de la cité aventureuse de la cité en qui l’amour trouve ses rues et le cimetière ardent de sa mort tu es de la cité où tu vis sur un fil de pur hasard où tu meurs et vis non pas d’asphyxie mais dans les mains d’une aventure d’un commerce pur sans la fausse monnaie du bien et du mal * Dans ce tournant si tendre et lancinant que va être, qu’est déjà ta disparition je te dis adieu comme un adolescent je balbutie de tendresse pour toi
Traduction de Patrick Quillier.
La Poésie du Portugal des origines au XX e siècle. Chandeigne, 2021.
Statue d’Alexandre O’Neill. .Oeiras. Parque dos Poetas. (Vitor Oliveira).
William Shakespeare (Martin Droeshout 1601-avant 1650). 1622. C’est l’un des seuls portraits de l’auteur identifiés de manière certaine.
Peut-on traduire de la poésie ?
Dante, Convivio. Cité par Georges Mounin, 1955, in Les Belles infidèles, Paris, Cahiers du Sud, p. 28.
« Aucune chose de celles qui ont été mises en harmonie par lien de poésie ne peut se transporter de sa langue en une autre sans qu’on rompe sa douceur et son harmonie, et c’est la raison pourquoi Homère ne doit pas être mis du grec en latin. »
En 1957, lors d’une conférence de presse, un journaliste suédois avait demandé à Albert Camus s’il avait de l’admiration pour un écrivain français. Il avait cité René Char. Il invita son auditoire à découvrir Char, mais ajoutait : ” Malheureusement, la poésie ne se traduit pas. “
Maurice Blanchot insistait sur cette impossibilité en disant ceci :
“Le sens du poème est inséparable de tous les mots, de tous les mouvements, de tous les accents du poème. Il n’existe que dans cet ensemble et il disparaît dès qu’on cherche à le séparer de cette forme qu’il a reçue. Ce que le poème signifie coïncide exactement avec ce qu’il est.”
Pourtant, la liste des poètes qui s’y sont essayés est impressionnante : Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé, Valery Larbaud, Pierre Jean Jouve, Eugène Guillevic, Henri Thomas, Philippe Jaccottet, André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Paul Celan, Jacques Darras, Claude Esteban, Jacques Ancet …
Un exemple, le Sonnet XXIII de William Shakespeare. 5 traductions en français.
As an unperfect actor on the stage Who with his fear is put besides his part, Or some fierce thing replete with too much rage, Whose strength’s abundance weakens his own heart, So I, for fear of trust, forget to say The perfect ceremony of love’s rite, And in mine own loves’s strength seem to decay, O’ercharged with burden of mine one love’s might. O ! let my books be then the eloquence And dumb presagers of my speaking breast, Who plead for love and look for recompense More than that tongue that more hath more express’d. O ! learn to read what silent love hath writ: To hear with eyes belongs to love’s fine writ.
Sonnet XXIII
Comme un mauvais acteur sur scène, qui par sa peur est mis hors de son rôle, ou comme une créature sauvage emplie de trop de rage, qu’une surabondance de force affaiblit dans son propre coeur ;
Ainsi moi, n’ayant eu confiance, ai failli à dire le parfait cérémonial des rites d’amour, et la force dans mon propre amour semble faillir, écrasée du fardeau de mon propre pouvoir.
Oh que mes livres alors soient l’éloquence, et les muets annonceurs de mon sein parlant, qui plaide pour l’amour et attend récompense – bien plus que cette langue qui plus a plus parlé.
Apprends à lire ce qu’écrit l’amour silencieux : au fin esprit d’amour, d’entendre par les yeux.
Sonnets. Traduction Pierre Jean Jouve. Mercure de France, 1969. Poésie / Gallimard n°110 1975.
Sonnet XXIII
Comme le comédien mal préparé Dont la frayeur va déranger le jeu, Comme la passion qu’emporte tant de rage Que l’excès de sa force la paralyse,
Ainsi, moi, faute de confiance, j’oublie les mots Qui sont la liturgie du rite d’amour Et sous le poids trop grand de mon amour C’est mon ardeur qui semble se défaire.
Ah, que mes yeux soient alors l’éloquence, Les messagers muets de ma voix profonde, Eux qui te crient qu’ils t’aiment, et veulent récompense Plus que ces vers qui s’exclament tant plus !
Apprends à déchiffrer ce qu’écrit le silence, Écouter par les yeux, c’est l’intelligence du cœur.
Les Sonnets précédé de Vénus et Adonis, Le Viol de Lucrèce et de Phénix et Colombe. Poésie / Gallimard n°437 2007. Traduction Yves Bonnefoy.
Sonnet XXIII
Comme en scène un mauvais acteur, que sa frayeur Met tout hors de son rôle, ou quelque être farouche De trop de rage plein et dont l’excès de force Affaiblit le corps même ; ainsi moi tout tremblant
D’inconfiance, je ne sais plus les paroles Du cérémonial parfait des coeurs aimants, Et semble dépérir au fort de mon amour Par tout le poids de mon propre amour accablé.
Ah, que mes livres alors soient les orateurs, Et les mimes sans voix de mon coeur éloquent, Plaidant pour mon amour, et cherchant récompense, Mieux que tel autre dont la langue exprima plus.
Ce qu’écrivit l’amour taciturne, ah, lis-le, Écouter par les yeux, c’est finesse d’amour.
Sonnets. 10-18, 1965. Le temps qu’il fait, 1995. Traduction Henri Thomas.
Sonnet XXIII
Tel un acteur novice entrant en scène Et qui oublie son rôle dans sa peur Ou un fauve rageant de trop de haine Et dont l’excès de force éteint le cœur, Perdant tous mes moyens, j’oublie de dire Les mots qu’attend la courtise d’amour Et, au plus haut, je parais défaillir Sous le fardeau de cet amour trop lourd. Oh, que mes écrits soient mon éloquence, Les messagers sans voix du cœur en moi, Parlant d’amour et cherchant récompense Mieux que jamais ne le fit cette voix. Lis ce qu’amour en silence a écrit. Entendre par les yeux : là est l’esprit.
Les sonnets. Mesures, 2023. Traduction Françoise Morvan.
Sonnet XXIII
Comme l’acteur imparfait sur la scène d’un théâtre Que le trac, de son rôle, soudain fait dérailler ; Ou comme la bête féroce qu’emplit l’excès de rage Voit son coeur affaibli par son surcroît de force ; Moi, mon manque d’assurance m’amène à oublier De dire à perfection le rituel de l’amour, Car ma force d’amour semble me faire trébucher, Tant je suis écrasé du poids de son pouvoir : Ô puissent mes livres avec toute leur éloquence Se faire hérauts muets des paroles de mon coeur, Qui font assaut d’amour et cherchent récompense, Plus que la langue bavarde qui s’est plus exprimée : Ah ! Savoir lire les mots silencieux de l’amour ! Ouïr avec les yeux : sa grande subtilité.
Sonnets. Grasset, 2013. Traduction Jacques Darras.
Virgile écrivant l’Énéide entre Clio et Melpomène. Mosaïque du musée national du Bardo, Tunis. Entre le Ier siècle et le IIIe siècle.
Heraldo de Aragón, 11/09/2025
Ecos gemelos (Irene Vallejo)
Piedra oscura luz pálida. Los cimientos de las dos torres truncadas albergan el Memorial del 11 de septiembre. Se conservan fragmentos del edificio retorcido, extrañas figuras de metal esculpidas por la catástrofe, ecos de destrucción. En un gran frontispicio, una frase del poeta romano Virgilio recuerda al visitante sobrecogido: «Ningún día os borrará de la memoria del tiempo.» Tras esa pared, dice un cartel, hay restos humanos. Los responsables del Memorial escogieron a Virgilio para dar voz al duelo mundial. Algunos se han preguntado por qué elegir a un autor lejano, nacido a orillas de un mar antiguo y en una civilización extranjera, que escribió en latín y murió hace dos milenios. Quizá porque Virgilio fue el primer escritor en dar protagonismo a esas vidas anónimas amputadas por los conflictos históricos. Desde siempre los poemas épicos tratan sobre la guerra, las hazañas, victorias y derrotas de sus héroes; pero les versos de Virgilio atraviesan el campo de batalla deteniéndose junto a los heridos y escuchando a quienes deliran o sufren. La Eneida se compadece de los seres anónimos del mundo roto que dejan las huestes a su paso. Tal vez por eso hemos acudido de nuevo al viejo clásico en busca de un mensaje de esperanza y memoria: porque la voz del pasado puede hablar en futuro y evocar el soplo de vida que aún susurran los muertos.
Irene Vallejo est une philologue et écrivaine espagnole. Elle est connue surtout pour son essai El infinito en un junco: la invención de los libros en el mundo antiguo (2019). Premio Nacional de Ensayo de España 2020 (Traduction française L’infini dans un roseau : L’invention des livres dans l’Antiquité. Paris, Les Belles Lettres. (2021).
“Nulla dies umquam memori uos eximet aeuo”
” Aucun jour jamais ne vous enlèvera à la mémoire des âges ” (Énéide, Livre IX)
(Gracias a nuestra amiga de Soria, Carmen Heras Uriel)
Le journaliste Daniel Gascón, dans El País du 5 juillet 2025 , nous rappelle l’existence des oeuvres d’un grand écrivain catalan un peu oublié aujourd’hui dans son pays et toujours très peu connu en France, Jesús Moncada. Il faut le relire. La maison d’édition Anagrama vient de republier en castillan vingt ans après sa mort ses deux principaux romans.
Jesús Moncada est né à Mequinenza en Aragon le 1 décembre 1941. Il est mort à Barcelone le 13 juin 2005 à 63 ans.
Peintre, photographe, écrivain et traducteur en langue catalane (Guillaume Apollinaire, Alexandre Dumas, Jules Verne, Boris Vian), il a publié trois romans, publiés en castillan chez Anagrama et trois recueils de nouvelles chez Xordica.
1988 Camino de Sirga (Camí de sirga). 1992 La galería de las estatuas (La galeria de les estàtues).
1997 Memoria estremecida (Estremecida memória).
1981 Historias de la mano izquierda (Históries de la mà esquerra). 1985 El Café de la Rana (El Cafè de la Granota). 1999 Calaveras atónitas (Calaveres atònites).
La plus grande partie de son oeuvre se passe en Aragon dans la vieille ville de Mequinenza. Elle est située à l’est de la province de Saragosse, à la confluence de l’Èbre et du Sègre. L’économie de cette petite ville était fondée sur les mines de lignite et le transport sur l’Èbre de ce type charbon grâce à une flottille de 16 llaüts ou laúdes, bateaux qui pouvaient transporter entre 18 et 30 tonnes.
La construction du barrage de Mequinenza, entre 1957 et 1964, a entraîné la destruction de la vieille ville. Le lac de retenue est connu sous le nom de « Mer d’Aragon ». Il s’étend sur les provinces de Saragosse et Huesca. 110 kilomètres de longueur, 75 km2 de surface, plus de 500 kilomètres de côtes.
Mequinenza est une ville bilingue. Bien que la langue officielle soit le castillan, la langue maternelle d’une grande partie de la population est le «mequinenzano», un dialecte du catalan occidental.
Jesús Moncada a fait ses études à Saragosse. Il a travaillé ensuite pour la maison d’édition Montaner y Simón avec l’écrivain catalan Pere Calders (1912-1994) qui l’a encouragé dans sa vocation d’écrivain.
Il s’est toujours senti profondément enraciné dans sa petite ville natale en partie disparue. Il a créé à partir de là un espace mythique et humoristique. Il se place sous l’influence de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (Le guépard, 1958) Lorrenç Villalonga ( Béarn ou le cabinet des poupées de cire, 1956) et même de William Faulkner (L’Intrus dans la poussière, 1948).
Camino de sirga raconte l’histoire de ce lieu à travers la mémoire de ses habitants. Cette avalanche de souvenirs, qui remontent parfois jusqu’au XIXe siècle, est provoquée par la construction du barrage et l’inondation imminente de la petite ville.
“¿Cómo habían acumulado sus bienes la mayoría de las familias poderosas de la villa? Años de malas cosechas, de enfermedades, de miserias que agravaban las deudas con la complicidad legal de papeles astutos firmados con una cruz por gente analfabeta, eran la base de las fortunas de los Torres, de los Salleres, de los Albera, de los Vallcorna…”
Oeuvres traduites en français : 1992 Les bateliers de l’Èbre, Le Seuil. Traduction Bernard Lesfargues. Nouvelle publication en 2010 sous le titre Le testament de l’Èbre par les éditions Autrement. 2001 Frémissante mémoire, Gallimard. Traduction Mathilde Bensoussan. 2010 Anthologie de contes. Éditions Trabucaire. Traduction Émilienne Rotureau Gilabert.
Les cendres de l’écrivain ont été dispersées sur l’emplacement de l’ancienne Mequinenza inondée.
Le musée de la ville a créé une route littéraire qui traverse les lieux que Jésus Moncada a immortalisé dans ses œuvres. Le point de départ est le musée d’Histoire de Mequinenza. L’itinéraire est le suivant : la vieille ville, le mur et la rivière, la maison de l’auteur, le cinéma Goya, la rue San Francisco, l’église, la place de la Mairie, le terrain de football, le château ou les bars que fréquentaient les mineurs et les marins.
Un grand poète. Prix Nobel de littérature 2020. Souvenir : je l’ai lue essentiellement pendant le confinement. L’original en anglais, une traduction en français et deux versions en espagnol publiées par Pre-Textos et Visor.
Confession(Louise Glück)
To say I’m without fear— It wouldn’t be true. I’m afraid of sickness, humiliation. Like anyone, I have my dreams. But I’ve learned to hide them, To protect myself From fulfillment: all happiness Attracts the Fates’ anger. They are sisters, savages— In the end they have No emotion but envy.
Ararat.Ecco Press, 1990.
Confession
Dire que je suis sans peur – Ce ne serait pas vrai. J’ai peur de la maladie, de l’humiliation. Comme tout le monde, j’ai mes rêves. Mais j’ai appris à les cacher, A me protéger De l’accomplissement : toute félicité Attire la colère de la destinée. Ce sont des sœurs, des sauvages – En fin de compte, elles n’ont D’autre émotion que la jalousie.
Ararat. Traduction : Stéphane Chabrières.
Confesión
Decir que nada temo sería faltar a la verdad. La enfermedad, la humillación, me atemorizan. Tengo sueños, como cualquiera. Pero aprendí a ocultarlos para protegerme de la plenitud: la felicidad atrae a las Furias. Son hermanas, salvajes, que no tienen sentimientos, sólo envidia.
Ararat. Pre-Textos, 2008. Traduction : Abraham Gragera López.
Confesión
Decir que no tengo miedo… sería faltar a la verdad. Temo a la enfermedad, a la humillación. Tengo sueños, como todos. Pero he aprendido a ocultarlos para protegerme de que se cumplan: la felicidad atrae la ira de las Parcas. Son hermanas, salvajes: en el fondo, no tienen más sentimientos que la envidia.
Ararat. Colección Visor de Poesía. 2021. Traduction Andrés Catalán.
Portrait de W. B. Yeats (John Singer Sargent). 1908. Collection privée.
Nous regardons un peu par hasard une mini-série policière anglaise de Sean Cook, Redemption (2022). C’est aussi un drame familial. Colette Cunningham, enquêtrice au sein de la brigade criminelle de Liverpool, est une femme forte. Elle reçoit un appel inattendu de Dublin. Un corps a été retrouvé. Colette est indiquée comme son parent le plus proche. Elle s’envole pour Dublin afin d’identifier sa fille, Kate, disparue depuis vingt ans. Plein de chagrin et de culpabilité, Colette décide de rester en Irlande pour s’occuper des deux enfants de Kate et de travailler pour la Garda, la police irlandaise. Elle essaie de reconstituer la vérité sur la mort de sa fille. Elle veut résoudre le mystère qui entoure sa mort.
Lors de l’enterrement, Colette lit un poème de W.B. Yeats que sa fille aimait particulièrement :
Au bas des jardins de saules
Au bas des jardins de saules je t’ai rencontrée, mon amour. Tu passais les jardins de saules d’un pied qui est comme neige. Tu me dis de prendre l’amour simplement, ainsi que poussent les feuilles, Mais moi j’étais jeune et fou et je n’ai pas voulu te comprendre.
Dans un champ près de la rivière nous nous sommes tenus, mon amour, Et sur mon épaule penchée tu posas ta main qui est comme neige. Tu me dis de prendre la vie simplement, comme l’herbe pousse sur la levée, Mais moi j’étais jeune et fou et depuis lors je te pleure.
Quarante-cinq poèmes suivis de La Résurrection présentés et traduits par Yves Bonnefoy. Hermann, 1989. NRF Poésie/Gallimard n°273, 2004.
Down by the salley gardens
Down by the salley gardens my love and I did meet ; She passed the salley gardens with little snow-white feet. She bid me take love easy, as the leaves grow on the tree ; But I, being young and foolish, with her would not agree.
In a field by the river my love and I did stand, And on my leaning shoulder she laid her snow-white hand. She bid me take life easy, as the grass grows on the weirs ; But I was young and foolish, and now am full of tears.
Le cinéaste anglais a toujours fait des films personnels et intéressants malgré les difficultés de production qu’il a rencontrées.
En 1988, j’avais beaucoup aimé Distant voices, Still Lives, qui recrée la vie d’une famille de la classe ouvrière à Liverpool dans les années 1940 et 1950.
Son dernier film, sorti en en 2021, retrace la vie du poète anglais Siegfried Sassoon (1886 – 1967) : Les Carnets de Siegfried.
Il est mort à 77 ans le 7 octobre 2023 à Mistley (Essex – Angleterre).
J’ai repris à la Médiathèque de Noisiel la belle édition livre-DVD Collector (96 pages) Emily Dickinson, A Quiet Passion (2016).
Les films de Terence Davies sont toujours beaux et âpres. La dureté des hommes (surtout celle des pères) ne donne aux femmes qu’une alternative : le sacrifice ou la rédemption. C’est le cas du personnage de la mère dans Distant voices, Still Lives, mais aussi dans celui de Chris Guthrie dans Sunset Song (2015).
Dans Emily Dickinson, A Quiet Passion, la femme reste prisionnière. La poétesse est enfermée dans une cage dont elle ne sortira pas. Il y a moins d’échappées musicales que dans les autres films du cinéaste (seulement une sortie à l’opéra et quelques moments dans la maison familiale d’Amherst – Massachusetts).
La récitation des poèmes ponctue tout le film qui commence par une séquence qui montre la violente opposition d’Emily à l’autorité, incarnée par la directrice de Mount Holyoke Seminary, (établissement d’études supérieures pour jeunes filles) où elle ne restera que dix mois. Plus tard, en présence de son père et de sa famille. elle refusera de s’agenouiller pour rendre grâce à la demande d’un nouveau pasteur.
La première partie de l’oeuvre est légère, presque frivole. On remarque des personnages réels (Susan Gilbert, sa belle sœur, jouée Jodhi May), et d’autres inventés (Vryling Buffam, incarnée par Catherine Bailey). Les bons mots, les paradoxes, l’humour pince-sans-rire font sourire le spectateur.
Ensuite, Emily Dickinson reste jusqu’à la fin de sa vie dans la maison de cette famille, austère et aimante. Elle se retire progressivement du monde extérieur, s’habille en blanc et refuse de descendre de sa chambre. Sa vie se termine dans les souffrances de la maladie de Bright, caractérisée par un dysfonctionnement rénal incurable.
Terence Davies dresse le portait d’une femme d’une grande intransigeance morale qui n’hésite pas à exprimer sa rage. Elle remet en cause de l’intérieur l’autorité des Puritains comme le font à la même époque Ralph Waldo Emerson (1803-1882) et les transcendantalistes.
On retrouve dans ce film certains thèmes caractéristiques de l’oeuvre de Terence Davies : la fuite du temps, la hantise de la mort, l’amour de la nature.
Trois poèmes lus dans le film :
1037
The dying need but little, dear,— A glass of water’s all, A flower’s unobtrusive face To punctuate the wall,
A fan, perhaps, a friend’s regret, And certainly that one No color in the rainbow Perceives when you are gone.
1865.
………………………………………………………………………………………
Les Mourants ont besoin de peu, Doux Ami, Un Verre d’eau, c’est tout, Le Visage discret d’une fleur Pour ponctuer le Mur,
Un Éventail, peut-être, le regret d’un Ami Et la Certitude qu’on ne percevra plus Les couleurs de l’arc-en-ciel Quand tu auras disparu –
Traduction Françoise Dolphy.
453
Our journey had advanced – Our feet were almost come To that odd Fork in Being’s Road – Eternity – by Term –
Our pace took sudden awe – Our feet – reluctant – led – Before – were Cities – but Between – The Forest of the Dead—
Retreat – was out of Hope – Behind – a Sealed Route – Eternity’s White Flag – Before – And God – at every Gate –
1862.
……………………………………………………………………………………………..
Notre voyage était bien engagé – Nos pieds étaient presque arrivés Á cette étrange bifurcation sur la Route de l’Être – Qu’on Nomme – l’Éternité –
Notre allure fut soudain entachée d’effroi – Nos pieds – avançaient – de mauvaise grâce – La Forêt des Morts –
Pas le moindre Espoir – de rebrousse chemin – Derrière – une Route sans issue – Le drapeau Blanc de l’éternité – devant – Et Dieu – à chaque Portail –
Traduction Françoise Delphy.
519
This is my letter to the World That never wrote to Me – The simple News that Nature told – With tender Majesty
Her Message is committed To Hands I cannot see – For love of Her – Sweet – countrymen – Judge tenderly – of Me
1863.
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Ceci est ma lettre au Monde Qui jamais ne M’a écrit – Simples Nouvelles racontées par la Nature – Avec une tendre Majesté
Elle confie son Message À des Mains que je ne vois pas Par amour pour Elle – Doux – compatriotes – Jugez-Moi – avec tendresse
I started Early – Took my Dog – And visited the Sea – The Mermaids in the Basement Came out to look at me –
And Frigates – in the Upper Floor Extended Hempen Hands – Presuming Me to be a Mouse – Aground – opon the Sands –
But no Man moved Me – till the Tide Went past my simple Shoe – And past my Apron – and my Belt And past my Boddice – too –
And made as He would eat me up – As wholly as a Dew Opon a Dandelion’s Sleeve – And then – I started – too –
And He – He followed – close behind – I felt His Silver Heel Opon my Ancle – Then My Shoes Would overflow with Pearl –
Until We met the Solid Town – No One He seemed to know – And bowing – with a Mighty look – At me – The Sea withdrew –
656
Je partis Tôt – Pris mon Chien – Rendis visite à la Mer – Les Sirènes du Sous-sol Montèrent pour me voir –
Et les Frégates – à l’Étage Tendirent des Mains de Chanvre – Me prenant pour une Souris – Échouée – sur les Sables –
Mais nul Homme ne Me héla – et le Flot Dépassa ma Chaussure – Puis mon Tablier – et ma Ceinture Puis mon Corsage – aussi –
Il menaçait de m’avaler toute – Comme la Rosée Sur le Gilet d’un Pissenlit – Alors – je courus moi aussi –
Et Lui – Il me serrait – de près – Je sentis sur ma Cheville Son Talon d’Argent – Mes Souliers allaient Déborder de Perles –
Enfin ce fut la Cité Ferme – Nul, semblait-il, qu’Il connût là – Et m’adressant un Impérieux – salut – L’Océan se retira –
Car l’adieu, c’est la nuit. Poésie / Gallimard n°435. 2007. Traduction Claire Malroux.
Claire Malroux, Chambre avec vue sur l’éternité Emily Dickinson. (Pages 66-67)
” Aucun poème ne donne une image aussi vivante d’Emily dans sa jeunesse, ni une idée aussi juste de son caractère à la fois intrépide et angoissé que celui qui débute par ces mots : ” Je partis Tôt – Avec mon Chien – “
Emily Dickinson avait un grand chien, appelé Carlo, offert par son père.
Elle écrivait à Thomas W. Higginson (1823-1911) à qui on doit la publication de l’oeuvre de la poétesse américaine, à titre posthume : ” Vous me demandez quels sont mes Compagnons : les Collines – Monsieur – et le Couchant – et un Chien – aussi grand que moi – que mon père m’a acheté. – Ils valent mieux que des Êtres – parce qu’ils savent – mais sont muets. ” (25 avril 1862)
Christian Garcin vient de publier chez Actes Sud un récit biographique La Vie singulière de Thomas Higginson.
” Pasteur, militant abolitionniste, soutien de Lincoln, colonel dans l’armée de l’union, féministe avant l’heure, écrivain proche de Threau, d’Emerson et de Jack London, Thomas W. Higginson (1823-1911) a fréquenté les personnages les plus importants de la construction houleuse et tragique de l’Amérique. Pourtant, personne ne se souvient de lui aujourd’hui. Sauf, peut-être, les plus ardents admirateurs d’Emily Dickinson. ” (Quatrième de couverture)
Claire Malroux, poète, essayiste et traductrice, est morte à Sèvres le 4 février 2025 à 99 ans.
Josette Andrée Malroux est née le 3 septembre 1925 à Albi. Elle change de prénom lorsqu’elle commence à écrire. En 1936, sa famille quitte le sud de la France pour rejoindre Paris. En effet, son père Augustin Malroux (1900-1945), instituteur, est élu député du Front populaire. Le 10 juillet 1940, le socialiste fait partie des 86 parlementaires qui refusent de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
Il écrit le jour même à sa femme et à ses enfants : ” Ceci est mon testament politique. Je veux que plus tard vous sachiez qu’en des heures tragiques votre Papa n’a pas eu peur de ses responsabilités et n’a pas voulu — quelles que soient ses craintes — être parjure à tout ce qu’il a appris puis enseigné dans la vie. J’ai été élevé dans l’amour de la République. Aujourd’hui on prétend la crucifier. Je ne m’associe pas à ce geste assassin. Je reste un protestataire. J’espère le rester toute ma vie pour être digne de ceux qui m’ont précédé ” (le Cri des travailleurs, 13 octobre 1945). Entré dans la Résistance, il est arrêté le 2 mars 1942 et déporté le 15 septembre 1943. Il meurt au camp de concentration de Bergen-Belsen le 10 avril 1945.
Après des études à l’Ecole normale supérieure de jeunes filles, dont elle sort en 1946, Claire Malroux se rend au Royaume-Uni, où elle découvre la poésie écrite en langue anglaise. Sa rencontre avec l’œuvre d’Emily Dickinson est un événement décisif dans son parcours.
Claire Malroux a traduit de nombreux ouvrages de la poète – notamment Une âme en incandescence (José Corti, 1998) et Quatrains et autres poèmes brefs (Gallimard, 2000). Elle lui consacre aussi un essai (Chambre avec vue sur l’éternité : Emily Dickinson, Gallimard, 2005).
Prologue (page 11) : « Au moment de m’engager dans une aussi intimidante aventure – parler d’Emily Dickinson – j’en mesure tous les dangers, moi qui ai seulement parlé jusqu’ici pour elle, en traduisant sa poésie et sa correspondance. Nos langues se sont mêlées, nos écritures. J’ai cherché du mieux que j’ai pu à restituer son langage, sans rester à la surface des mots, en essayant de remonter à la source de ce qui chaque fois déclenchait en elle le désir et le besoin d’écrire le poème ou la lettre. Cette tâche était ardue, mais somme toute sûre. Mettre ses pas dans les pas de celle qui parle. Être le témoin muet, tout en parlant à sa place. J’aurais pu en rester là. »
Elle a aussi traduit les œuvres de Wallace Stevens (1879-1955), C.K. Williams (1936-2015), Emily Brontë (1818-1848), Ian McEwan (1948-), ainsi que les textes de Derek Walcott (1930-2017), Prix Nobel de littérature en 1992. Ce travail de traduction lui a valu plusieurs distinctions : le prix Maurice-Edgar Coindreau en 1990 pour Poèmes d’Emily Dickinson, le Grand Prix national de la traduction en 1995 pour l’ensemble de son œuvre, le Prix Laure-Bataillon (2002), pour Une autre vie de Derek Walcott.
Traduire et écrire de la poésie, pour Claire Malroux, sont deux activités indissociables l’une de l’autre. Elle affirme en 2022 : « Je peux apparaître tantôt comme un poète traducteur, tantôt comme un traducteur poète. Mais y a-t-il réellement une différence ? ».
Elle a aussi été membre du comité de rédaction de la revue Po&sie, fondée en 1977 par Michel Deguy (1930-2022).
(d’après l’article d’Amaury da Cunha, La mort de la poète et traductrice Claire Malroux. Le Monde 28 mars 2025)
Chambre avec vue sur l’éternité : Emily Dickinson, Gallimard, 2005. Pages 278-279.
” Sa vision prend un surcroît de sens si on la confronte à celle de Rimbaud. Il arrive, plus souvent qu’on ne le pense, que des poètes d’égale stature aient en même temps ou à quelques années d’intervalle un même sujet de préoccupation et emploient des métaphores voisines pour le cerner. Leur dialogue, fût-il chronologiquement inversé, jette une vive lumière sur leurs ressemblances mais aussi leur spécificité.
Arthur Rimbaud (mai 1872) ” Elle est retrouvée. / Quoi ? – L’Eternité. / C’est la mer allée / Avec le soleil. “
Emily (seconde moitié de 1863) As if the Sea should part / And show a further Sea – ” Comme si la Mer s’écartait / Pour révéler une Mer nouvelle – […] et qu’Elles / Ne fussent que prémisses – De cycles de Mers – / De Rivages ignorées – / Elles-mêmes Orées de Mers futures – / Telle est – l’Eternité – “
Ce duo par métaphore interposée, ces voix entrecroisées, expriment quelque chose de plus que chacune d’elles prise à part, quelque chose d’assez semblable malgré l’apparente différence. “
Volume n° 348 de la collection Poésie / Gallimard. 2002.Volume n° 435 de la collection Poésie / Gallimard. 2007.