Septembre est un mois de trafic et une goélette arrive.
Elle m’attire vers les îles, ou la chambre se déplace
Lentement. Qui part
Auprès des marins ? Qui frôle mes meubles ?
Oh ! Mon port. Accueille-moi cet après-midi.
Entoure mes épaules d’un fichu de laine
ou emmène-moi vers le large dans une chambre de chêne.
(Traduction CFA)
Málaga. Paseo marítimo.
María Victoria Atencia (Málaga, 28 novembre 1931) a été mariée avec l’éditeur et poète Rafael León (1931-2011). Elle a animé avec lui la revue Caracola. De grands poètes de la génération de 1927 comme Vicente Aleixandre, Jorge Guillermo ou Dámaso Alonso ont été ses amis. Cette femme moderne possède son brevet de pilote d’avion. Ces dernières années, elle a été reconnue sur le plan national. Depuis 2014, le centre culturel de la province de Málaga (Calle Ollerías, 34) porte son nom.
1998 Prix national de la critique.
2010 Prix international de poésie Federico García Lorca.
2014 Prix Reina Sofia de poésie ibéroaméricaine.
2025 Prix national des lettres espagnoles.
Sur le mur du café du Museo de Málaga. Plaza de la Aduana.
Temple de Ségeste ou Temple de Héra (Sicile). – 425 av. J.-C. (CFA)
El País, 21/12/2025
Hacia la nueva luz (Manuel Vicent)
Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y viajaremos de nuevo a Siracusa como aquella vez. Sentados en una terraza, junto a la fuente de Aretusa, un manantial de agua dulce que cita Virgilio en las Geórgicas, esperaremos a que se levante el viento del Sur que nos traerá como un regalo el violento olor del espliego que brota en las descarnadas galerías de las minas de mármol, abiertas al sol, con las que se fabricaron las estatuas de todos los dioses. Tomaremos ciertos licores después de pasear entre ruinosos templos y antiguos anfiteatros donde resuenen todavía las tragedias de Esquilo, y al oírnos recitar sus versos, por las grietas de los sillares asomarán su cabeza las lagartijas. Este lugar era entonces la isla Ortigia, donde la ninfa Calipso retuvo a Ulises en sus brazos. Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y navegaremos por el Egeo hasta Creta y llegaremos a las ruinas de Cnosos que se levantan en un valle de olivos, viñedos y cipreses cerca del mar y como aquella mañana, allí podremos contemplar unos frescos con delfines, cenefas adornadas con vírgenes y serpientes, imágenes de sacerdotisas que llevan en las manos vasos de incienso y de príncipes coronados con lirios, toda esa belleza sostenida por las columnas color sangre y el canto de los mirlos. Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y viajaremos por las ciudades del mundo donde habrá siempre un antiguo Hotel Inglés con una reserva a nuestro nombre. Llevaremos un sombrero de ala blanda y un maletín de fuelle en el que quedará el rastro de su paso por Nairobi, Serengueti, Kilimanjaro, Nueva Orleans, Montparnasse, Rodas, Deauville, Praga, Bangkok. Volver a ser joven no es tan difícil, si es eso lo que te inquieta. Hoy, 21 de diciembre, es el solsticio de invierno. La luz del sol comenzará a crecer cada día. Es el dios que renace todos los años, despierta la savia de los árboles dormidos y llena de nueva vida las viejas ramas. Bastará con que dejes que ese dios haga contigo este mismo milagro.
Delphes (Grèce). La tholos et les édifices du sanctuaire d’Athéna Pronaia. À droite de la tholos, le « temple de calcaire » ; à gauche derrière la tholos, les deux trésors et le temple d’Athéna. Vers -580 av. JC. (CFA)
Cinq jours dans le Perche et à Chartres. Temps froid, épais brouillard, mais un jour ensoleillé, avec une belle lumière, à Chartres justement.
Nous avons visité une fois encore la cathédrale Notre-Dame. Nous avons marché dans les ruelles de la vieille ville. Nous sommes entrés pour la première fois dans la Chapelle Saint-Piat qui renferme le trésor de la cathédrale. Elle a rouvert le 21 septembre 2024 après 24 ans de recherches et de restauration. Au fond de la cathédrale, un escalier vitré conduit à l’ancienne chapelle du premier étage. Le trésor est visible dans celle-ci et le dépôt lapidaire dans l’ancienne salle capitulaire qui se trouve au rez-de-chaussée. Les deux salles communiquent par un escalier dans la tourelle sud.
Nous y sommes allés surtout pour admirer les quatre nouveaux vitraux de l’artiste coréenne Bang Hai Ja qui remplacent les panneaux précédents qui n’étaient pas décorés. Nous avions découvert cette magnifique artiste au Centre Pompidou en septembre.
Dans le projet que Bang Hai Ja a conçu pour la salle capitulaire, on retrouve le vocabulaire abstrait qu’elle a généralement utilisé, les compositions centrées et aussi les structures circulaires présentes dans les années 1970 comme représentations de l’univers. Face aux souffrances et aux violences du monde qui l’entoure, elle a souhaité insister sur le fait que l’univers est fait de lumière, de couleur et d’énergie. Elle délivre ainsi sur ces quatre panneaux un message de paix et affirme :
« La Lumière est Vie
La Vie est Amour
L’Amour est Joie
La Joie est Paix. »
Les quatre baies (388 x 146 m pour la plus petite ; 426 x 162 m pour les trois autres) ont été mises en place en 2022. L’artiste ne les a jamais vu installés. Elle est décédée le 15 septembre 2022.
Carnets Tome 1 : Mai 1935 – février 1942. Gallimard. Folio n° 5617.
Août 37 Dernier chapitre ? Paris Marseille. La descente vers la Méditerranée. Et il entra dans l’eau et il lava sur sa peau les images noires et grimaçantes qu’y avait laissées le monde. Soudain l’odeur de sa peau renaissait pour lui dans le jeu de ses muscles. Jamais peut-être il n’avait autant senti son accord avec le monde, sa course accordée à celle du soleil. À cette heure où la nuit débordait d’étoiles, ses gestes se dessinaient sur le grand visage muet du ciel. S’il bouge ce bras, il dessine l’espace qui sépare cet astre brillant de celui qui semble disparaître par moments, il entraîne dans son élan des gerbes d’étoiles, des traînes de nuées. Ainsi l’eau du ciel battue par son bras et, autour de lui, la ville comme un manteau de coquillages resplendissants…
Septembre À Marseille, bonheur et tristesse – Tout au bout de moi-même. Ville vivante que j’aime. Mais, en même temps, ce goût amer de solitude.
8 septembre Marseille, chambre d’hôtel. Grosses fleurs jaunes de la tapisserie à fond gris. Géographies de la crasse. Coins gras et boueux derrière le radiateur énorme. Lit à lamelles, commutateur brisé…. Cette sorte de liberté qui vous vient du douteux et de l’interlope.
Marseille, Jardin Missak Manouchian. Vieux-Port. Fort Saint-Jean.
Universidad de Oviedo. Jardín del Edificio Histórico. Busto de Isabel II (Francisco Pérez del Valle 1804-1884) 1846-1859.
Lors de la Révolution de 1868 (appelée la Gloriosa, la Revolución de Septiembre ou la Septembrina), le buste de la reine Isabel II fut traîné dans les rues d’Oviedo avec une corde au cou. On le retrouve aujourd’hui dans un patio fleuri de l’Université d’Oviedo, près d’une plaque où figure un poème d’Ángel González (1925-2008) qui m’a fait sourire.
Universidad de Oviedo. Jardín del Edificio Histórico. Empleo de la nostalgia (Ángel González in memoriam). 2008.
Empleo de la nostalgia
Amo el campus universitario, sin cabras, con muchachas que pax pacem en latín, que meriendan pas pasa pan con chocolate en griego, que saben lenguas vivas y se dejan besar en el crepúsculo (también en las rodillas) y usan la cocacola como anticonceptivo.
Ah las flores marchitas de los libros de texto finalizando el curso deshojadas cuando la primavera se instala en el culto jardín del rectorado por manos todavía adolescentes y roza con sus rosas manchadas de bolígrafo y de tiza el rostro ciego del poeta transustanciándose en un olor agrio a naranjas
Homero
o semen
Todo eso será un día materia de recuerdo y de nostalgia. Volverá, terca, la memoria una vez y otra vez a estos parajes, lo mismo que una abeja da vueltas al perfume de una flor ya arrancada:
inútilmente.
Pero esa luz no se extinguirá nunca: llamas que aún no consumen …ningún presentimiento puede quebrar ]as risas que iluminan las rosas y ]os cuerpos y cuando el llanto llegue como un halo los escombros la descomposición que los preserva entre las sombras puros no prevalecerán serán más ruina absortos en sí mismos y sólo erguidos quedarán intactos todavía más brillantes ignorantes de sí esos gestos de amor… sin ver más nada.
Procedimientos narrativos, La isla de los ratones, Santander, 1972.
Ángel González Muñiz est né le 6 septembre 1925 à Oviedo.
Son enfance est marquée par la mort de son père, professeur de sciences et de pédagogie à l’école normale d’Oviedo en 1927 alors qu’il n’a que dix-huit mois. Sa situation familiale s’aggrave encore lorsque, pendant la Guerre civile espagnole, son frère Manuel est fusillé par les franquistes en novembre 1936. Son autre frère, Pedro, républicain aussi, doit s’exiler. Sa soeur Maruja ne peut plus exercer son métier d’institutrice.
La tuberculose l’empêche de terminer ses études de droit. Il devient ensuite fonctionnaire, puis professeur de littérature espagnole contemporaine aux États-Unis.
il fait partie du groupe de poètes appelé « Génération de 50 » ou « Génération du milieu du siècle » qui compte aussi José Ángel Valente, Jaime Gil de Biedma, Carlos Barral, José Agustín Goytisolo, José Manuel Caballero Bonald, Claudio Rodríguez, Francisco Brines…
En 1985, il reçoit le prix Prince des Asturies de littérature. En janvier 1996, il est élu membre de l’Académie royale espagnole. La même année, il obtient le Prix Reina Sofía de Poésie ibéroaméricaine.
Il meurt le 12 janvier 2008 d’une insuffisance respiratoire à l’âge de 82 ans.
Son ami, le poète Luis García Montero, aujourd’hui directeur de l’Institut Cervantes, a publié en 2008 Mañana no será lo que Dios Quiera, une biographie romancée d’Ángel González à partir des conversations qu’il a eues avec lui à la fin de sa vie.
On peut lire en français Automnes et autres lumières (Otoños y otras luces), poèmes, bilingue français – espagnol, traduction et présentation de Bénédicte Mathios. L’Harmattan, 2013.
Leopoldo Alas Clarín (Víctor Hevia Granda) . Oviedo, Museo de Bellas Artes de Asturias (Palacio de Velarde).
Leopoldo Alas est le grand romancier espagnol du XIX e siècle avec Benito Pérez Galdós (1843-1920). Son pseudonyme de journaliste et de critique était Clarín. On a retrouvé 2 300 articles de lui dans les journaux de l’époque.
Il est né le 25 avril 1852 à Zamora (Castilla y León) où son père avait été nommé gouverneur civil («Me nacieron en Zamora», disait-il). Leopoldo Alas obtient une chaire d’Économie Politique et de Statistique à Saragosse en 1882, puis de Droit Romain à Oviedo en 1883. Ce professeur progressiste et sceptique enseignera dans cette ville pendant dix-huit ans. Il est mort le 13 juin 1901.
Son œuvre principale, La Regenta, est un gros roman, publié en deux tomes en 1884 et 1885. L’action se déroule à Vetusta, une ville de province imaginaire qui ressemble beaucoup à Oviedo. Clarín y fait une critique acerbe de la société de la Restauration de la Monarchie d’Alfonso XII (1874), de la corruption politique, de l’inculture sociale et une féroce dénonciation des mœurs cléricales. Lors de sa publication, l’évêque d’Oviedo, Ramón Martínez Vigil, dans son bulletin diocésain d’ avril 1985, accuse l’écrivain de brigandage moral. Il dénonce « un roman saturé d’érotisme, et outrageant pour les pratiques chrétiennes. (« un libro saturado de erotismo, de escarnio a las prácticas cristianas»). L’auteur lui répond : « Mi novela es moral porque es sátira de malas costumbres. » De plus, des habitants de la ville se reconnaissent dans certains personnages du livre et y voient un roman à clef.
La Regenta (Mauro Álvarez Fernández). 1997. Oviedo, Catedral de San Salvador.
Est-ce que la ville, qu’on surnomme parfois “la bien novelada”, lui a pardonné aujourd’hui ces critiques ? Je ne pense pas. On trouve bien depuis 1997 une statue en bronze de La Regenta (Ana Ozores) sur la Place de la Cathédrale. Mais la ville d’Oviedo ne célèbre pas comme il le mérite la mémoire de cet auteur.
Clarín est aussi le père de Leopoldo García-Alas Argüelles (1883-1937), professeur de droit civil et recteur de l’ Université d’ Oviedo. Le 20 février 1937, les putschistes franquistes fusillent cet intellectuel républicain après une parodie de conseil de guerre. « Matan en mí la memoria de mi padre. », aurait-il dit en prison à un ami.
Le 4 mai 1931, le ministre de la Seconde République, Álvaro de Albornoz, inaugure un monument en l’honneur de Clarín dans le grand parc de la ville, El Campo de San Francisco, mais à la fin février 1937 les phalangistes de la ville le détruisent.
En 1953, Le maire franquiste d’Oviedo commande au sculpteur Victor Hevia Granda (1885-1957) un nouveau buste de l’écrivain. Il ne sera installé qu’en 1968. Mais la partie arrière du monument n’a jamais été restaurée. C’était une allégorie du sculpteur Manuel Álvarez Laviada (1892-1958) représentant « La Vérité dépourvue de toute hypocrisie (“La Verdad desprovista de toda Hipocresía”). Elle était représentée par une femme à moitié nue.
Ricardo Labra a publié récemment El caso Alas «Clarín». La memoria y el canon literario.(Colección Luna de abajo Alterna n°7.) qui fait le point sur Clarín et Oviedo.
Les églises préromanes et romanes des Asturies sont magnifiques. Entre le VIIIe et le Xe siècle s’est développé dans ce royaume un art de cour très évolué. Pelayo règne à partir de 718 et meurt à Cangas de Onís en 737. Il a résisté à l’invasion musulmane dans la cordillère Cantabrique. C’est alors que se crée une architecture originale. Elle est encouragée par certains des successeurs de Pelayo comme Alfonso II el Casto (783 et 791-842), Ramiro I (842 – 850) et Alfonso III el Magno (866-910). La cour s’établit d’abord à Cangas de Onís. L’église de la Santa Cruz (737), de transition wisigothique, est construite sur un dolmen. Oviedo devient ensuite la capitale. Les églises San Salvador, San Tirso ( IXesiècle) et San Julián de los Prados ou Santullano (première moitié du IXe siècle) sont de beaux témoignages de cet art. Les sanctuaires de Santa María del Naranco (842) et San Miguel de Lillo (vers 848) qui se trouvent sur le mont Naranco, à 4 kilomètres du centre-ville, présentent la même structure. C’est le cas aussi de San Salvador de Valdediós ( 892), « El Conventín », situé sur la commune de Villaviciosa . Ces églises se caractérisent par les lignes ascendantes de leur construction. Elles adoptent des basiliques latines le plan rectangulaire à trois nefs et narthex, les arcades en plein cintre séparant les nefs, et le vaste transept précédant un chevet tripartite. La décoration intérieure reprend l’usage des fresques et emprunte à l’Orient les motifs des chapiteaux ou jambages de portes (entrelacs, jeux du cirque à San Miguel de Lillo) ou les fenêtres à claustras.
Oviedo, San Julián de los Prados ou Santullano (première moitié du IXe siècle).Christ en majesté. XIIIe siècle. Oviedo, San Julián de los Prados ou Santullano.Oviedo, Iglesia de Santa María de Naranco. 842.Oviedo, Iglesia de San Miguel de Lillo. Vers 848.
J’ai revu par curiosité en DVD le film de Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona sorti en 2008. Ce n’est pas, loin s’en faut, un grand film. Le cinéaste y montre sa fascination pour Barcelone, mais aussi pour Oviedo.
À Barcelone, Vicky et Cristina (Rebecca Hall et Scarlett Johansson), deux Américaines, sont hébergées pour l’été chez de lointains parents de Vicky. Juan Antonio, un peintre (Javier Bardem), leur propose de venir passer un week-end à Oviedo pour visiter la ville et passer du bon temps ensemble. Les deux amies s’envolent avec lui. La situation se complique plus tard quand réapparaît María Elena (Penelope Cruz), l’ex-femme de Juan Antonio, avec laquelle il entretient une relation encore violente après un divorce où elle a manqué de le tuer…
Barcelone joue un rôle central, mais certaines séquences importantes ont été tournées aux Asturies, à Oviedo et à Avilés. Javier Bardem est fasciné par le Christ en majesté (XIIIe siècle) de l’église de San Julián de los Prados. Il les emmène là-bas ainsi qu’à Santa María del Naranco. Dans le film, on voit même la mythique confiserie Camilo de Blas (Calle Jovellanos, 7), fondée en 1914.
Oviedo. Confitería Camilo de Blas. 1914.
La ville d’Oviedo offre au regard du visiteur plus de 100 statues dans ses rues. Woody Allen a aussi la sienne depuis 2003. En 2002, le cinéaste a reçu là le prix Prince des Asturies de la main de celui qui allait devenir roi d’Espagne en 2014, le futur Felipe VI. Il expliquait à l’époque qu’Oviedo était une ville « délicieuse, exotique, belle, propre, agréable, tranquille et piétonne. » («Oviedo es una ciudad deliciosa, exótica, bella, limpia, agradable, tranquila y peatonalizada; es como si no perteneciera a este mundo, como si no existiera… Oviedo es como un cuento de hadas».) Cette phrase figure au pied de la statue. Pourtant, Woody Allen marche les mains dans les poches, sérieux et pensif.
Oviedo. Statue de Woody Allen (Vicente Menéndez-Santarúa). 2003. Calle Milicias Nacionales.
Sources :
Espagne atlantique (Pays basque, Navarre, Cantabrie, Asturies, Galice, La Rioja). Le Guide Vert, 2023. Michelin Éditions.
Vicky Cristina Barcelona. DVD Warner Bros. Entertainment. 97 minutes. Voir la bande-annonce.
Nous avons passé une semaine en Cantabrie et aux Asturies du 10 au 17 juin 2024. Magnifiques paysages de l’Espagne atlantique.
Dernier jour à Santander le 17 juin. Aujourd’hui, je classe mes photos et je pense au poète José Hierro (Quinta del 42). Le monument au poète se trouve sur la promenade de la Baie de Santander, entre le Club Maritime et le monument aux Raqueros.
Monumento a los Raqueros (José Cobo Calderón). 1999.
Les 4 statues en bronze représentent 4 enfants. L’un est debout et regarde l’eau. Deux sont assis. Un plonge dans le port. Elles rendent hommage aux enfants pauvres qui, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, plongeaient dans l’eau froide de l’Atlantique pour récupérer des pièces de monnaie.
Ces vers sont inscrits dans la pierre du monument à José Hierro :
“Si muero, que me pongan desnudo, desnudo junto al mar. Serán las aguas grises mi escudo y no habrá que luchar.”
Junto al mar in Quinta del 42, 1952.
” Si je meurs, mettez-moi à nu, nu à côté de la mer. Les eaux grises seront mon bouclier et je n’aurai pas à lutter “.
Santander. Monument à José Hierro (Gema Soldevilla). 2008. Sept plaques d’acier placées sur un socle de béton et de pierre.
Paseo
Sin ternuras, que entre nosotros sin ternuras nos entendemos. Sin hablarnos, que las palabras nos desaroman el secreto. ¡Tantas cosas nos hemos dicho cuando no era posible vernos! ¡Tantas cosas vulgares, tantas cosas prosaicas, tantos ecos desvanecidos en los años, en la oscura entraña del tiempo! Son esas fábulas lejanas en las que ahora no creemos. Es octubre. Anochece. Un banco solitario. Desde él te veo eternamente joven, mientras nosotros nos vamos muriendo. Mil novecientos treinta y ocho. La Magdalena. Soles. Sueños. Mil novecientos treinta y nueve, ¡comenzar a vivir de nuevo! Y luego ya toda la vida. Y los años que no veremos. Y esta gente que va a sus casas, a sus trabajos, a sus sueños. Y amigos nuestros muy queridos, que no entrarán en el invierno. Y todo ahogándonos, borrándonos. Y todo hiriéndonos, rompiéndonos. Así te he visto: sin ternuras, que sin ellas nos entendemos. Pensando en ti como no eres, como tan solo yo te veo. Intermedio prosaico para soñar una tarde de invierno.
Quinta del 42, 1952.
José Hierro est né le 3 avril 1922 à Madrid, mais a passé son enfance et son adolescence à Santander. Il a toujours eu la passion de la mer et a gardé un lien très fort avec sa région d’origine, la Cantabrie. Il doit abandonner ses études au début de la Guerre Civile. Son père, Joaquín Hierro, fonctionnaire du télégraphe, républicain, est emprisonné par les franquistes de 1937 à 1941. Lui-même se retrouve en prison en 1939 pour avoir donné son appui à une organisation d’aide aux prisonniers politiques. Il est jugé deux fois et condamné à douze ans et un jour de réclusion. Il connaîtra les prisons de Madrid (Comendadoras, Torrijos, Porlier), Palencia, Santander, Segovia et Alcalá de Henares. Son expérience poétique part de l’expérience extrême de l’après-guerre civile et de l’enfermement. Ses maîtres sont Lope de Vega, San Juan de la Cruz, Rubén Darío et Juan Ramón Jiménez. Il donnera le prénom de ce dernier à un de ses fils. Il a aussi beaucoup lu les poètes de la Génération de 1927 ainsi que Baudelaire, Mallarmé et Paul Valéry. Á sa sortie de prison le premier janvier 1944, José Hierro occupe de nombreux emplois alimentaires. Il épouse en 1949 María de los Ángeles Torres (décédée le 17 juin 2020). Ils ont eu quatre enfants. Il a obtenu en 1998 Prix Cervantès, le plus prestigieux de la littérature hispanique. Il devient membre de la Real Academia Española en 1999. Son recueil Cuaderno de Nueva York (Le Cahier de New York), publié en 1998 et qui regroupe trente trois poèmes, devient en Espagne un véritable best-seller. Il meurt le 21 décembre 2002 dans un hôpital madrilène à l’âge de 80 ans d’une insuffisance respiratoire. L’oeuvre de José Hierro est peu traduite en français. 1951 Poèmes. Pierre Seghers. Traduction Roger Noël-Mayer. 2014 Tout ce que je sais de moi. Circé. Traduction Emmanuel Le Vagueresse.
Poesías completas (1947-2002). Colección Visor de Poesía. Serie Maior, n.° 014. 2009.
Antonio Machado (José Machado Ruiz 1879-1958), vers 1940. Madrid, Museo del Prado.
Un poème d’Antonio Machado. Nostalgia de Andalucía. Nostalgia de Castilla.
CXXV
En estos campos de la tierra mía, y extranjero en los campos de mi tierra —yo tuve patria donde corre el Duero por entre grises peñas, y fantasmas de viejos encinares, allá en Castilla, mística y guerrera, Castilla la gentil, humilde y brava, Castilla del desdén y de la fuerza—, en estos campos de mi Andalucía, ¡oh tierra en que nací!, cantar quisiera. Tengo recuerdos de mi infancia, tengo imágenes de luz y de palmeras, y en una gloria de oro, de lueñes campanarios con cigüeñas, de ciudades con calles sin mujeres bajo un cielo de añil, plazas desiertas donde crecen naranjos encendidos con sus frutas redondas y bermejas; y en un huerto sombrío, el limonero de ramas polvorientas y pálidos limones amarillos, que el agua clara de la fuente espeja, un aroma de nardos y claveles y un fuerte olor de albahaca y hierbabuena, imágenes de grises olivares bajo un tórrido sol que aturde y ciega, y azules y dispersas serranías con arreboles de una tarde inmensa; mas falta el hilo que el recuerdo anuda al corazón, el ancla en su ribera, o estas memorias no son alma. Tienen, en sus abigarradas vestimentas, señal de ser despojos del recuerdo, la carga bruta que el recuerdo lleva. Un día tornarán, con luz del fondo ungidos, los cuerpos virginales a la orilla vieja.
Lora del Río. 4 de abril de 1913.
Debolsillo. 9,99 euros. Nueva edición de la poesía completa de Antonio Machado, con numerosos inéditos y variantes Edición a cargo de Víctor Fernández.
CXXV
Dans ces campagnes de mon pays, et étranger dans les campagnes de mon pays – moi j’avais ma patrie là où le Douro coule entre des rochers gris et des fantômes d’anciennes chênaies, là-bas en Castille, mystique et guerrière, noble Castille, humble et sauvage, Castille du mépris et de la force –, dans ces campagnes de mon Andalousie, oh ! terre où je naquis ! je voudrais chanter. J’ai des souvenirs de mon enfance, j’ai des images de lumière et de palmiers, et dans une gloire d’or, de clochers lointains avec des cigognes, de villes avec des rues sans femmes, sous un ciel indigo, de places désertes où poussent des orangers flamboyants avec leurs fruits ronds et vermeils ; et dans un jardin sombre, le citronnier aux branches poussiéreuses et aux pâles citrons jaunes que reflète l’eau claire du bassin, un arôme d’iris et d’œillets et une forte odeur de basilic et de menthe ; des images de grises oliveraies sous un soleil torride qui étourdit et aveugle, et de montagnes bleues et dispersées sous les rougeurs d’un soir immense ; mais il manque le fil qui noue le souvenir au cœur, l’ancre au rivage, ou ces souvenirs ne sont pas de l’âme. Ils ont sous leurs vêtements bigarrés, qui montrent qu’ils sont des dépouilles de la mémoire, la charge brute que le souvenir garde. Un jour imprégnés de la lumière des profondeurs, les corps virginaux s’en reviendront à l’ancien rivage.
Lora del Río. 4 avril 1913.
Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre. NRF Poésie/Gallimard n°144. 2004. Traduction Sylvie Léger et Bernard Sesé.