Juan Rulfo 1917 – 1986

Autoportait de Juan Rulfo. Tepoztlán (Morelos). Mai 1955

Je viens de terminer la lecture de Juan Rulfo. Biografía no autorizada (Ediciones Fórcola, 2017) de Reina Roffé. C’est une biographie bien documentée. On comprend mieux la personnalité de cet auteur mexicain et pourquoi il a cessé quasiment de publier après la publication de Pedro Páramo en 1954. Néanmoins, on peut s’étonner du fait que l’auteure ne fasse preuve d’aucune empathie envers l’écrivain.

Juan Rulfo est né le 16 mai 1917 à Apulco, dans l’état de Jalisco.
Son père Juan Nepomuceno Pérez Rulfo est assassiné en juin 1923. Sa mère meurt fin 1927. Il se retrouve orphelin à 10 ans. Sa grand-mère maternelle s’occupe de lui, de ses frères Severiano et Francisco et de sa sœur Eva. Il épouse Clara Aparicio Reyes le 24 avril 1948. Ils auront une fille et trois fils. Il publiera essentiellement un livre de nouvelles El Llano en llamas en 1953 et Pedro Páramo en 1954. il meurt le 7 janvier 1986 à México.

Il s’agit d’un auteur essentiel pour comprendre l’évolution de la littérature hispano-américaine au XX ème siècle. Álvaro Mutis recommanda la lecture de Pedro Páramo à son ami Gabriel García Márquez qui se trouvait dans une période créatrice difficile: «En eso estaba cuando Álvaro Mutis subió a grandes zancadas los siete pisos de mi casa con un paquete de libros, separó del montón el más pequeño y corto, y me dijo muerto de risa: «¡Lea esa vaina, carajo, para que aprenda!» Era Pedro Páramo.» (Breves nostalgias sobre Juan Rulfo en Juan Rulfo. Toda la obra. Archivos, CSIC, Madrid, 1992.

Pedro Páramo.

“ Vine a Comala porque me dijeron que acá vivía mi padre, un tal Pedro Páramo. Mi madre me lo dijo. Y yo le prometí que vendría a verlo en cuanto ella muriera. Le apreté sus manos en señal de que lo haría; pues ella estaba por morirse y yo en plan de prometerlo todo. «No dejes de ir a visitarlo -me recomendó-. Se llama de otro modo y de este otro. Estoy segura de que le dará gusto conocerte.» Entonces no pude hacer otra cosa sino decirle que así lo haría, y de tanto decírselo se lo seguí diciendo aun después que a mis manos les costó trabajo zafarse de sus manos muertas.
Todavía antes me había dicho: – No vayas a pedirle nada. Exígele lo nuestro. Lo que estuvo obligado a darme y nunca me dio… El olvido en que nos tuvo, mi hijo, cóbraselo caro. – Así lo haré, madre.
Pero no pensé cumplir mi promesa. Hasta que ahora pronto comencé a llenarme de sueños, a darle vuelo a las ilusiones. Y de este modo se me fue formando un mundo alrededor de la esperanza que era aquel señor llamado Pedro Páramo, el marido de mi madre. Por eso vine a Comala.»

«Je suis venu à Comala parce que j’ai appris que mon père, un certain Pedro Paramo, y vivait. C’est ma mère qui me l’a dit. Et je lui ai promis d’aller le voir quand elle serait morte. J’ai pressé ses mains pour lui assurer que je le ferais; elle se mourait et j’étais prêt à lui promettre n’importe quoi. «Ne manque pas d’aller le trouver, m’a-t-elle recommandé. Il porte tel prénom et tel nom. Je suis sûre qu’il sera content de te connaître.» Dans ces conditions, il a bien fallu lui dire que je n’y manquerais pas, et, à force de le lui répéter, j’y étais encore après avoir, non sans peine, détaché mes mains de ses mains mortes.
Auparavant, elle m’avait encore dit: «Surtout, ne lui réclame rien. N’exige que notre dû. Ce qu’il me devait et ne m’a jamais donné… L’oubli dans lequel il nous a laissés, fais-le-lui payer cher, mon enfant. – Je le ferai, maman.»
Mais je ne comptais pas tenir ma promesse. Du moins jusqu’à ces derniers temps, quand j’ai commencé à me remplir de rêves, à laisser les illusions grandir. C’est ainsi que je me suis bâti tout un monde autour de l’espoir qu’était pour moi ce monsieur appelé Pedro Paramo, le mari de ma mère. Voilà pourquoi je suis venu à Comala.»

Gallimard, Première parution en 1959 Traduction de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli. Nouvelle traduction en 2005.


Présentation de ce roman sur le site des éditions Gallimard:
«On l’a lu d’abord comme un roman «rural» et «paysan», voire comme un exemple de la meilleure littérature «indigéniste». Dans les années soixante et soixante-dix, il est devenu un grand roman «mexicain», puis «latino-américain». Aujourd’hui, on dit que Pedro Páramo est, tout simplement, l’une des plus grandes œuvres du XXe siècle, un classique contemporain que la critique compare souvent au Château de Kafka et au Bruit et la fureur de Faulkner.

Et pour cause : personne ne sort indemne de la lecture de Pedro Páramo. Tout comme Kafka et Faulkner, Rulfo a su mettre en scène une histoire fascinante, sans âge et d’une beauté rare : la quête du père qui mène Juan Preciado à Comala et à la rencontre de son destin, un voyage vertigineux raconté par un chœur de personnages insolites qui nous donnent à entendre la voix profonde du Mexique, au-delà des frontières entre la mémoire et l’oubli, le passé et le présent, les morts et les vivants.»

Dernier détail: Rulfo admirait beaucoup les écrivains nordiques et particulièrement l’islandais Halldór Laxness, Prix Nobel de littérature 1955. Un lien curieux entre mes deux derniers grands voyages: le Mexique et l’Islande.

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