César Vallejo

César Vallejo (Pablo Picasso) 9 juin 1938. Dessin inspiré d’une photo prise à Versailles par Juan Domingo Córdoba. Été 1929.

L’immense poète péruvien César Vallejo est né le 16 mars 1892 à Santiago de Chuco. Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris.

Espergesia

Yo nací un día
que Dios estuvo enfermo.

Todos saben que vivo,
que soy malo; y no saben
del Diciembre de ese Enero.
Pues yo nací un día
que Dios estuvo enfermo.

Hay un vacío
en mi aire metafísico
que nadie ha de palpar:
el claustro de un silencio
que habló a flor de fuego.

Yo nací un día
que Dios estuvo enfermo.

Hermano, escucha, escucha……
Bueno. Y que no me vaya
sin llevar diciembres,
sin dejar eneros.
Pues yo nací un día
que Dios estuvo enfermo.

Todos saben que vivo,
que mastico. Y no saben
porqué en mi verso chirrían,
oscuro sinsabor de féretro,
luyidos vientos
desenroscados de la Esfinge
preguntona del Desierto.

Todos saben… Y no saben
que la Luz es tísica,
y la Sombra gorda……
Y no saben que el Misterio sintetiza……
que él es la joroba
musical y triste que a distancia denuncia
el paso meridiano de las lindes a las Lindes.

Yo nací un día
que Dios estuvo enfermo,
grave.

Los heraldos negros, 1918.

Espergesia: Término de retórica. Explicación de lo que se ha adelantado en un discurso.

Vespergenèse

Je suis né un jour
où Dieu était malade.
Tous savent que je vis,
que je suis mauvais: mais ils ne savent rien
du décembre de ce janvier.
Car je suis né
un jour où Dieu était malade.

Il est un vide
dans mon air métaphysique
que personne ne palpera:
le cloître d’un silence
qui parla à fleur de feu.

Je suis né un jour
où Dieu était malade.
Mon frère, écoute, écoute….
Bon. Et que je ne parte pas
sans emporter de décembres,
sans laisser de janviers.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je mastique… Mais ils ne savent pas
pourquoi dans mon vers grincent,
obscur déboire de cercueil,
des vents lyissés
décrochés du Sphinx
indiscret du désert.

Tous savent… Et ne savent pas
que la Lumière est phtisique,
et l’Ombre grosse…
Mais ils ne savent pas que le Mystère synthétise…
qu’il est la bosse
musicale et triste qui à distance annonce
le passage méridien des lisières aux Lisières.

Je suis né un jour
où Dieu était malade,
gravement.

Les hérauts noirs –Poésie complète 1919-1937. Flammarion, 2009 – Traduit par Nicole Réda-Euvremer.

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