André Schwarz-Bart 1928-2006

André Schwarz-Bart. vers 1959.

J’avais lu, il y a quelques années déjà, Le Dernier des Justes d’André Schwarz-Bart, Prix Goncourt 1959, premier roman français de fiction sur la Shoah.

« …Enfant juif dont les pères furent esclaves sous Pharaon avant de le redevenir sous Hitler » .

Abraham Szwarcbart (André Schwarz-Bart) est né à Metz (Moselle) le 23 mai 1928. Sa famille juive polonaise s’installe en 1924 dans le quartier du Pontiffroy à Metz. André a six frères et une soeur. Son père, Uszer Szwarcbart, a commencé en Pologne des études pour être rabbin, mais l’exil le contraint d’adopter le métier traditionnel de colporteur, requalifié en France sous le titre de «marchand forain». Il se fournit en bas et chaussettes qu’il revend sur les marchés (les foires), souvent avec l’aide d’André qui fait alors l’école buissonnière.

«Quand j’étais enfant, à Metz, l’école communale était le seul lieu où je parlais français. À la maison, nous nous exprimions en yiddish. Pas de livres, pas de musique, sauf les chants de la synagogue, mais c’était la religion pour moi, non la musique. Les livres, la musique appartenaient à mes yeux à un univers dont je ne faisais pas partie.» (Bulletin de l’Éducation nationale, 17/12/59)

Comme toute la population civile de Metz, situé dans un département frontalier, les Juifs sont évacués en avril 1940 et les Szwarcbart arrivent sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime). Ils sont envoyés ensuite en Dordogne à St-Paul de Lizonne, à 34 km d’Angoulême. André apprend le métier d’ajusteur.

Son père (42 ans) est déporté par le convoi n° 8 du 20 juillet 1942 d’Angers vers Auschwitz. En avril c’est le tour de Jacob-Jacques (dit Jacky), son frère aîné, arrêté officiellement pour avoir enfreint le couvre-feu, mais aussitôt interné à Poitiers puis à Drancy d’où il est déporté par le convoi n°31 du 11 septembre 1942. Sa mère, (Luise Lubinsky, 40 ans), est déportée par le convoi n°47, en date du 11 février 1943 avec son fils (Bernard, moins d’un an) de Drancy vers Auschwitz. Aucun ne reviendra.

De nationalité française, les autres enfants sont abandonnés à eux-mêmes durant plusieurs mois. André a quatorze ans. Il devient chef de famille et travaille dans les fermes pour nourrir ses frères (Léon, 12 ans, Félix, 10, Armand, 8). C’est alors qu’il cesse de croire en Dieu. En octobre 1943, André entre dans l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE), les Jeunesses communistes et en même temps dans la Résistance (FTP-MOI), sous le nom d’André Chabard. Il réussit en novembre 1943 à faire sortir clandestinement ses trois frères du Centre de l’UGIF (Union Générale des israélites de France), l’asile Lamarck de Paris. Ils sont conduits en zone libre, à Lyon, chez leur tante Marie Slenzinski, sœur de Luise. En janvier 1944, c’est sa soeur Marthe, la plus jeune (6 ans), qu’il fait évader d’un autre centre de l’UGIF à Louveciennes . Tous les enfants de ce centre seront arrêtés le 22 juillet 1944 et déportés à Auschwitz.

Le résistant André Schwarz-Bart rejoint le maquis en mai 1944. Il est arrêté et torturé par la Milice à Limoges en mai 1944. Il s’évade en août 1944 et participe à la Libération de Limoges le 21 août. Bien que n’ayant pas encore 17 ans, il continuera à se battre jusqu’à sa blessure lors de l’assaut du fort de la Pointe de Grave le 15 avril 1945. À la fin de la guerre, sa bourse de résistant lui permet d’obtenir le baccalauréat et de commencer des études universitaires de Philosophie à la Sorbonne. Il découvre en 1946 Crime et Châtiment de Dostoïevski et sa vocation d’écrivain.

L’année 1951 marque un tournant pour le jeune communiste. L’Affaire Slansky éclate à Prague, en Tchécoslovaquie. Arrêté en novembre 1951, Rudolph Slansky, secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque fait l’objet d’un procès à grand spectacle. Il est exécuté le 3 décembre 1952 . Onze des quatorze accusés sont d’anciens résistants juifs. Pour André Schwarz-Bart, qui avait cru à l’idéal égalitaire du communisme, la déception est terrible. Il se rapproche alors des Étudiants juifs de France.

Il connaît un grand succès en 1959 avec Le dernier des Justes, transposition littéraire de la Shoah à travers le destin d’une famille juive de la première croisade jusqu’à Auschwitz. En 1961, il épouse Simone Brumant, étudiante guadeloupéenne de dix ans sa cadette. Il s’installe en Guadeloupe et travaille à un cycle romanesque devant couvrir sept volumes qu’il a prévu d’intituler La Mulâtresse Solitude. Il meurt le 30 septembre 2006 à Pointe-à-Pitre. Il est le père de Bernard Schwarz-Bart et de Jacques Schwarz-Bart, saxophoniste de jazz.

J’ai lu ces derniers jours le livre de Nous n’avons pas vu passer les jours de Simone Schwarz-Bart et Yann Plougastel (Grasset, 2019) dont sont tirées la plupart de ces informations. « À sa demande, et contrairement à la tradition juive, son corps a été incinéré, de façon à rejoindre en fumée sa mère, son père, ses deux frères, disparus dans les crématoriums d’Auschwitz.»

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