Antonio Machado

Deux poèmes peu connus du grand Antonio Machado.

Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que una fontana fluía
dentro de mi corazón.
Di, ¿ por qué acequia escondida,
agua, vienes hasta mí,
manantial de nueva vida
de donde nunca bebí ?
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que una colmena tenía
dentro de mi corazón ;
y las doradas abejas
iban fabricando en él,
con las amarguras viejas,
blanca cera y dulce miel.
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que un ardiente sol lucía
dentro de mi corazón.
Era ardiente porque daba
calores de rojo hogar,
y era sol porque alumbraba
y porque hacía llorar.
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que era Dios lo que tenía
dentro de mi corazón.

Humorismos, Fantasías, Apuntes… (1899-1907)

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé – illusion bénie ! –
qu’au-dedans de mon coeur
coulait une fontaine.
Dis-moi, pourquoi, filet caché,
eau, viens-tu jusqu’à moi,
source de vie nouvelle
où je n’ai jamais bu ?

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé – illusion bénie ! –
que j’avais une ruche
au-dedans de mon coeur ;
et que les abeilles dorées
y faisaient
avec mes vieilles amertumes
de la cire blanche, du miel doux.

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé, – illusion bénie! –
qu’au-dedans de mon coeur
luisait un soleil brûlant.
Il était brûlant, parce qu’il donnait
une chaleur de brasier flamboyant,
et c’était un soleil parce qu’il éclairait
et faisait pleurer.

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé, illusion bénie ! –
que c’était Dieu
que j’avais dans mon coeur.

Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi des Poésies de la guerre. 2004. Traduction de Sylvie Léger et Bernard Sesé. NRF Poésie/ Gallimard n°144.

Acaso

Como atento no más a mi quimera
no reparaba en torno mío, un día
me sorprendió la fértil primavera
que en todo el ancho campo sonreía.

Brotaban verdes hojas
de las hinchadas yemas del ramaje,
y flores amarillas, blancas, rojas,
alegraban la mancha del paisaje.

Y era una lluvia de saetas de oro,
el sol sobre las frondas juveniles ;
del amplio río en el caudal sonoro
se miraban los álamos gentiles.

Tras de tanto camino es la primera
vez que miro brotar la primavera,
dije, y después, declamatoriamente :

– ¡ Cuán tarde ya para la dicha mía !-
Y luego, al caminar, como quien siente
alas de otra ilusión : -Y todavía
¡ yo alcanzaré mi juventud un día !

Humorismos, Fantasías, Apuntes… (1899-1907)

Peut-être…

Comme je n’avais d’yeux que pour ma chimère,
ne voyant rien autour de moi, un jour
me surprit le printemps fertile
qui souriait sur toute la vaste campagne.

Des vertes feuilles surgissaient
des bourgeons gonflés des ramures,
et des fleurs jaunes, blanches, rouges,
égayaient l’ombre du paysage.

Et le soleil sur les frondaisons jeunes
était une pluie de flèches dorées ;
dans le lit de l’ample rivière
se miraient les gracieux peupliers.

Après tant de chemins, c’est la première fois
que je vois jaillir le printemps,
dis-je, et puis, en déclamant :

– Comme il est tard déjà pour mon bonheur ! –
Puis, cheminant, comme qui sentirait
les ailes d’une autre illusion : – Oh ! Pourtant je trouverai
ma jeunesse un jour !

Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi des Poésies de la guerre. 2004. Traduction de Sylvie Léger et Bernard Sesé. NRF Poésie/ Gallimard n°144.

Madrid, Real Academia Española. Exposición Los Machado. Retrato de familia 30 de abril de 2025 – 29 de junio de 2025 (CFA).

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