Le film Le Sud (1983) de Victor Erice a été restauré et est ressorti en salle en France quarante-trois ans après sa sortie. Nous l’avons revu à La Ferme du Buisson (Noisiel)
Víctor Erice (Philippe Lebruman) 2023.
Víctor Erice, le réalisateur est né le 30 juin 1940 dans la région de Saint-Sébastien (Valle de Carranza, Vizcaya). Très jeune, il est parti vivre à Saint-Sébastien, puis à Madrid après avoir obtenu le baccalauréat. Il a étudié dans la capitale les sciences politiques et le droit, et ensuite le cinéma.
Il a été marié à la romancière Adelaida García Morales (1945-2014) de 1970 à 1992. Ils ont eu un fils Pablo Erice García. Le récit El Sur a été publié par Anagrama en 1985.
Adelaida García Morales (Víctor Erice), 1990.
Dans son film, Víctor Erice en revient aux années 1950, celles de son adolescence.
Dans une maison, appelée La Mouette (La Gaviota), située dans une ville du Nord qui n’est pas nommé, vivent Agustín, médecin andalou et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le père a dû quitter le Sud. Républicain, il a été emprisonné un temps. Il s’opposait violemment aux idées de son père, franquiste. Il a trouvé un travail dans une clinique de cette ville du nord.
Le film décrit la fascination qu’éprouve la petite fille pour ce père qu’elle ne comprend pas vraiment. Il est le plus souvent absent, même quand il est à la maison. Elle découvre qu’il a aimé une autre femme qui vit dans le Sud. Estrella fouille et découvre qu’il ne peut oublier Irene Rios, dont elle reconnaît un jour le nom sur une affiche, placardée sur les murs du cinéma de la ville. Elle voit son père se glisser dans cette salle pour voir le film.
Le film ne montre pas le sud mais le nord de l’Espagne. Il a été tourné à Ezcaray (La Rioja), Logroño, Vitoria, Zamora, Madrid. Il a été présenté avec succès au festival de Cannes de 1983, mais la partie qui devait être tournée à Séville ne l’a jamais été à cause des désaccords entre le metteur en scène et Elías Querejeta, le producteur.
Longs-métrages de Víctor Erice 1969: Los desafíos (épisode 3. Film coréalisé avec José Luis Egea et Claudio Guerín). 1973: El espíritu de la colmena (L’esprit de la ruche) (Fernando Fernán Gómez Ana Torrent). 1983: El sur (Le Sud) (Icíar Bollaín, Omero Antonutti, Rafaela Aparicio). 1992: El sol del membrillo (Le Songe de la lumière). Documentaire sur le peintre Antonio López. 2023: Cerrar los ojos (Fermer les yeux) (Manolo Solo, José Coronado, Ana Torrent).
Autres métrages de Víctor Erice
2005-2007: Correspondencias ( Correspondances – 10 lettres à Abbas Kiarostami), vídeo 97′. 2006: La Morte Rouge, video, 34′.
Oeuvres d’Adelaida García Morales
1981 Archipiélago. 1985 El sur – Bene. Anagrama. (El Sur – Histoire de Béné. Stock, 1988. Traduction de Claude Bleton) 1985 El silencio de las sirenas. Anagrama. (Le silence des sirènes. Stock, 1987. Traduction de Claude Bleton) 1990 La lógica del vampiro. Anagrama. (La logique du vampire. Denoël, 1991. Traduction de Claude Bleton) 1994 Las mujeres de Héctor. Anagrama. 1995 La tía Águeda. Anagrama. 1996 Nasmiya. Plaza y Janés. 1997 El accidente. Anaya. 1997 La señorita Medina. Plaza y Janés. 1999 El secreto de Elisa. Debate. 2001 Una historia perversa. Planeta. 2001 El testamento de Regina. Debate.
Incipit. «Mañana en cuanto amanezca, iré a visitar tu tumba, papá. Me han dicho que la hierba crece salvaje entre sus grietas y que jamás lucen flores frescas sobre ella. Nadie te visita. Mamá se marchó a su tierra y tú no tenías amigos. Decían que eras tan raro…»
« Demain, dès l’aube, j’irai visiter ta tombe, papa. On m’a dit que l’herbe sauvage pousse entre les fissures et qu’elle n’est jamais ornée de fleurs fraîches. Personne ne te rend visite. Maman est repartie dans sa région natale et tu n’avais pas d’amis. On disait que tu étais si bizarre… » (Traduction CFA)
Emilio Prados. Mirador de Sansueña. Torremolinos. (CFA)
Emilio Prados est né le 4 mars 1899 à Málaga.
Le père d’Emilio Prados possède une fabrique de meubles (Fábrica de Muebles Prados Hermanos S.A.), installé dans le palais de Buenavista où se trouve aujourd’hui le magnifique Musée Picasso.
Le poète est un amoureux de la nature. Il parcourt Los Montes de Málaga avec son ami, le berger Antonio Ríos. Il nage, il plonge dans la Méditerranée. Il fréquente régulièrement le quartier pauvre de El Palo, à l’est de Málaga, et la crique El Peñón del Cuervo. Il apprend à lire et à écrire aux enfants des pêcheurs qui sont analphabètes, fait de l’animation culturelle, organise un syndicat.
Il séjourne à la Residencia de Estudiantes de Madrid en 1918 avec son frère aîné Miguel qui étudie la psychiatrie. Il devient l’ami de Federico García Lorca. De 1921 à 1922, il séjourne au Waldsanatorium de Davos pour soigner la maladie pulmonaire dont il souffre depuis l’enfance. Il étudie ensuite la philosophie à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) où enseignent les philosophes Edmund Husserl et Martin Heidegger. Il fait aussi deux courts séjours à Paris où il fait la connaissance de Jean Cocteau et Pablo Picasso dont il visite l’atelier.
En 1924, il abandonne ses études universitaires et revient à Málaga. Il crée en 1926 l’imprimerie et maison d’édition Sur et la revue Litoral (Calle de San Lorenzo) avec un autre poète, Manuel Altolaguirre. Ce lieu devient essentiel pour tous les poètes de sa génération.
A partir de 1930, il publie de la poésie révolutionnaire. Il est membre de l’Alliance des intellectuels antifascistes et se rend à Madrid, en août 1936, au début de la guerre civile. Il lit à la radio ses romances de guerre. Replié à Valence, il collabore à la revue Hora de España et sélectionne les poèmes qui feront l’objet du Romancero de la guerra de España, publié en 1937.
A la fin de la guerre, il s’exile, d’abord en France en février 1939, puis au Mexique en mai 1939. Il y trouve du travail dans l’édition et dans l’enseignement. En 1942, il adopte un orphelin espagnol, Francisco Sala. Il vit très pauvrement à Mexico dans une petite chambre (Calle Lerma) entouré d’ étoiles de mer, du portrait de Federico García Lorca, de livres et d’une petite boîte contenant du sable provenant des plages de Málaga. Son frère Miguel, psychiatre au Canada, l’aide financièrement. Il meurt le 24 avril 1962 dans cette ville après 23 années d’exil.
Je ne comprends pourquoi il est méconnu.
Cantar de noche (Emilio Prados)
Ando y ando perseguido,
sin saber qué me persigue.
Nada pregunto, ni espero
que nada pueda decirme
qué camino es el que quiero.
Rendido estoy, pero andando,
aunque no sepa en qué tierra.
No sé lo que me acompaña;
ni hasta dónde he de seguir,
ni si escondido en mi alma
estoy, para no sentir
la muerte que me amenaza.
Pero sigo caminando…
Si he de llegar, no me importa.
Uno…
Dos…
Mi pie, pasando,
deja su huella a la sombra
que viene detrás llorando.
Jardín cerrado, 1940-46. 1946.
Cantar triste
Yo no quería, no quería haber nacido.
Me senté junto a la fuente mirando la tarde nueva…
El agua brotaba, lenta. No quería haber nacido.
Me fui bajo la alameda a ocultarme en su tristeza.
El viento lloraba en ella. No quería haber nacido.
Me recliné en una piedra, por ver la primera estrella…
¡Bella lágrima de estío! No quería haber nacido.
Me dormí bajo la luna. ¡Qué fina luz de cuchillo!
Jardín cerrado, 1940-46. 1946.
Cantar del atardecer
Chapultepec, 6 de junio
¡Altas alamedas! (¿Y las hojas secas?)
¡Altas alamedas! (La tarde está abierta.)
¡Altas alamedas! (Y la luna llega.)
¡Altas alamedas! (La noche se acerca.)
¡Altas alamedas! (Y el otoño dice: ¡Altas alamedas!)
Lors de mon récent séjour à Madrid, j’ai pu parcourir trois fois au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía l’exposition Maruja Mallo Máscara y compás (8 octubre 2025 – 16 marzo 2026)
Maruja Mallo (Justo Gómez Mallo). Cercedilla, été 1929.
Maruja Mallo (Ana María Gómez González) est née le 5 janvier 1902 à Vivero (Lugo – Galice).
Son père, Justo Gómez Mallo, était fonctionnaire des douanes. Sa mère s’appelait María del Pilar González Lorenzo. Ils ont eu 14 enfants. Le sculpteur Cristino Mallo (1905-1989) est un de ses frères. Ses jeunes années furent donc marquées par son appartenance à une famille nombreuse et par les continuels changements de résidence de la famille, circonstances qui ont contribué à forger son caractère indépendant, sociable et universel.
Elle suivit d’abord une formation artistique à Avilés (Escuela de Artes y Oficios), dans les Asturies. En 1922, elle entra à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando de Madrid la même année que Salvador Dalí qui sera son ami. Elle en sortit diplômée en 1926. Lui en fut exclu pour avoir causé plusieurs scandales.
Elle fréquenta les artistes de la Génération de 1927 : Concha Méndez, Gregorio Prieto, Federico García Lorca, Luis Buñuel, María Zambrano. Le 28 mai 1925, Federico García Lorca lut ses poèmes au Palacio de Cristal du Parc du Retiro à Madrid dans le cadre de la I Exposición de Artistas Ibéricos. À cette occasion, elle fit la connaissance du poète Rafael Alberti avec lequel elle aura une longue et complexe relation de 1925 à 1930.
«Estábamos en el Retiro Dalí, Federico y yo. Unos muchachos pasaron cerca y saludaron así con el brazo. Pregunté : «¿Quiénes son?» Lorca me contestó: «Uno es un poeta muy bueno y otro es un poeta muy malo». Eran Alberti e Hinojosa.»
À partir de 1927, elle fit partie du groupe de la première École de Vallecas (Alberto Sánchez, Benjamín Palencia, Pancho Lasso, Juan Manuel Caneja, Luis Castellanos).
Sa première exposition dans les salons de la Revista de Occidente en 1928 à Madrid fut un succès. Elle obtint l’aval de José Ortega y Gasset et la protection de Ramón Gómez de la Serna. Elle devint une figure majeure de l’avant-garde espagnole de l’époque.
La verbena. 1927. Madrid, Reina Sofía.
Dans les années 30, elle collabora avec Rafael Alberti. Elle prépara les décors de Santa Casilda (1930) et de La pájara Pinta (publiée en 1932) et participa à l’édition de Yo era un tonto y lo que he visto me ha hecho dos tontos (1929) et de Sermones y moradas (1930).
Cette artiste de talent, excentrique et républicaine, était l’incarnation de la nouvelle femme espagnole, libre et émancipée. “Un buen día, a Federico, a Dalí, a Margarita Manso —otra estudiante— y a mí se nos ocurrió quitarnos el sombrero. Y al atravesar la Puerta del Sol nos apedrearon, insultándonos como si hubiésemos hecho un descubrimiento como Copérnico o Galileo.” Plus tard, on appellera les femmes libérées de cette génération, Las Sinsombrero.
En 1932, elle obtint une bourse de la Junta para Ampliación de Estudios e Investigaciones Científicas et se rendit à Paris, où elle rencontra des artistes surréalistes comme René Magritte, Max Ernst, Joan Miró, Giorgio de Chirico, André Breton, Paul Éluard. Le surréalisme influença sa peinture, comme en témoigne une de ses œuvres essentielles, Espantapájaros [1929], qu’acheta André Breton en 1932 à la galerie Pierre Loeb où elle exposa seize oeuvres de sa série Cloacas y campanarios.
Espantapájaros. 1930. Serie Cloacas y Campanarios. Colección Jake & Hélène Marie Shafran.
Sa présence à une exposition collective d’art espagnol à Paris en 1935 lui valut aussi d’entrer dans les collections du Jeu de Paume.
Elle eut aussi une relation passionnée avec le poète Miguel Hernández. Elle lui inspira certains des poèmes de El rayo que no cesa (1936).
Elle participa aux Misiones pedagógicas et enseigna l’art et le dessin.
Canto de las espigas. 1939. Serie La Religión del trabajo. Madrid, Reina Sofía.
La Guerre civile la surprit dans sa région natale où elle vivait avec le militant syndicaliste et militant du POUM Alberto Fernández “Mezquita” (1898-1968). Elle réussit à passer au Portugal grâce à l’aide de Gabriela Mistral, alors ambassadrice du Chili au Portugal, et à s’exiler en Argentine. Elle y arriva le 9 février 1937. En Amérique, elle eut des relations amicales avec Alfonso Reyes, Pablo Neruda, Jorge Luis Borges.
Elle ne revint en Espagne qu’en 1962 après 25 ans d’exil. Elle ne s’installa définitivement à Madrid qu’en 1965. Elle mourut le 6 février 1995 à 93 ans dans la clinique gériatrique Menéndez Pidal où elle était hospitalisée depuis 10 ans.
Naturaleza viva XIII. 1943. Óleo sobre tabla. Vigo, Colección particular. Galería Montenegro.
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En 1985, Rafael Alberti finit par rompre un silence de 55 ans. Il publia dans El País De las hojas que faltan où il reconnaissait enfin ce qu’il devait à cette artiste. C’était sûrement un peu tard.
El País, 29/09/1985
La arboleda perdida : De Ias hojas que faltan (Rafael Alberti)
De Cádiz, volví el otro día a mi alta torre madrileña -que no es la Torre de Madrid, sino otra-, casi mi alto faro, torre de vigía u observatorio astronómico, que cimbra con el viento, pero desde el que apenas si se ven las estrellas, siempre veladas por la polución, siempre casi imposible de ser avizoradas por la pupila de mi telescopio. Gran tristeza al llegar. Creí que mi pequeño árbol de pascua, mi estrella federal, regalo inesperado de Pilar Miró, me esperaba, como al regreso de otros viajes, erguido, verde y con sus puntas carmesíes, y no doblado, mustio, abarquilladas muchas de sus hojas, y tantas otras desprendidas, muertas ya por el suelo. Horror. Esta vez no me había funcionado el gotero, el cono de riego automático, que dejé hincado en la tierra de la maceta. Quedó obstruido, por lo visto, y el alimento silencioso no había en mi ausencia descendido, humedeciendo las raíces. Desesperación. El único recuerdo de mi amor por los jardines, que ahora no puedo ya tener, se me iba a morir por mi falta de esmero en su cuidado. Le quité las hojas que colgaban ya secas de sus delgadas ramas. Levanté luego éstas, rodeándolas de un delgado hilo, regándolas, poco a poco, durante dos o tres largas noches. Ahora ya mi árbol de pascua comienza a estar erguido, estiradas las hojas que aún le quedan, anunciándome su continuidad, único amigo que me recibe siempre, después de mis frecuentísimos y enloquecidos viajes. Y al fin -mínima y verde tranquilidad- puedo ponerme a escribir.
Sucede que si con una nube de olvido se tapa la memoria, ella no es la culpable de lo que no recuerda, mas si el olvido es deliberado, si se expulsa de ella lo que no se quiere por cobardía o conveniencia… ¡Oh! Porque aquella muchacha pintora era extraordinaria, bella en su estatura, aguda y con cara de pájaro, tajante y llena de irónico humor… Se sumergía en las verbenas y fiestas populares, se remontaba al aire en los columpios, retratando a su hermana, casi desnuda, en bicicleta por la playa… Yo la admiraba mucho y la quería. Época rimbaudiana de los bares, de los cafés de barrio, de los bocks, los helados y las limonadas. Primavera siempre con media peseta en los bolsillos. Y los penumbras de los cines, con la polka y el vals en el piano acompañante de aquellos mudos, geniales asombros de Charles Chaplin, Buster Keaton, Stan Laurel y Oliver Hardy, Harold Lloyd… Se amaba igual la oscuridad de las salas cinematográficas que la de los bancos bajo la sombra nocturna de los árboles. -Pero, por favor, señor guardián, que no es nigún delito lo que estamos haciendo. ¿Llevarnos a la comisaría? ¡Piense usted qué disgusto para la familia de esta muchacha! No lo haga, se lo suplico… Vaya usted a mi casa por la mañana y le haré un buen regalo. Sea bueno y comprensivo… Ni que decir tiene que se presentó en Lagasca, 101, casi antes de las nueve. Venía vestido con su traje de guardabosque y bastante sonriente. Confieso que me sentí incómodo. Pero todo pasó cuando le di dos duros y una botella de Jerez. Se fue contento, yo creo que deseando sorprendernos de nuevo debajo de algún árbol de la Moncloa. Yo había conocido a aquella pintora poco después de haber recibido el Premio Nacional de Literatura por mi Marinero en tierra. Época de los largos convites a helados, en la planta baja del Hotel Nacional, a todos los conocidos o desconocidos que quisieran. La pintora se llamaba Maruja Mallo, era gallega, y creo que recién salida de la Academia de Bellas Artes de Madrid. Parecía aún más juvenil de lo que era. Audaz entonces para el color y con los dedos llenos de líneas que ya las escapaba con dinamismo y valentía. El cine nos influía mucho. Había yo escrito ya en Cal y canto: “Yo nací -¡respetadme!- con el cine”. Una aparente confusión mecanicista nos turbaba. Maruja, en sus verbenas y estampas urbanas lo refleja. Y en aquel momento apareció en Madrid Podrecca con sus títeres, sus marionetas maravillosas, en el Teatro de la Comedia. Yo me lancé entusiasmado a escribir La Pájara Pinta (guirigay lírico-bufo-bailable), bajo la promesa del marionetista italiano de estrenarlo algún día. Óscar Esplá, gran compositor alicantino, sería nuestro aliado para la música y Maruja Mallo haría los figurines y decorados. Los personajes del guirigay eran todos sacados de las canciones y trabalenguas populares: el primero, la Pájara Pinta, y luego, todos los visitantes de su jardín, en donde la Pájara celebraba la fiesta de su cumpleaños: Don Diego Contreras, Doña Escotofina, Antón Perulero, Juan de la Viñas, Bigotes, la Viuda del Conde de los Laureles, el Conde de Cabra, el Arzobispo de Constantinopla que se quiere desarzobispoconstantinopolitinizar y el gran Don Pipirigallo, presentador de la compañía ambulante. Las estampas que dibujó, a todo color, Maruja, eran algo más que figurines. No sé si aún existen, pero formarían un álbum sorprendente lleno de saltos, de gracia y picardía, ejemplo de creaciones de luminosas imágenes escénicas. Pero, al fin, de La pájara pinta sólo se estrenó el prólogo, en la Salle Gaveau de París, que yo recité, a toda orquesta, rematando el final con un temerario salto mortal en el aire, que yo podía dar entonces, pues estaba muy delgado y ágil. Muchos años después encontré a Podrecca en Buenos Aires, muy pobre y sin marionetas, pues el Duce lo había expulsado de Italia por antifascista. Con Maruja Mallo veía frecuentemente a Benjamín Palencia, en su mejor época de creación pictórica, del que nos reíamos a veces por lo pueblerino que era. A Juan Ramón Jiménez, que apreciaba mucho a Benjamín, lo trataba de don, cosa que en toda España nadie hacía. Una vez que íbamos juntos por la calle con el poeta de Huelva, le oímos decir, al paso de una extraña y bella mujer que se nos cruzó: “Mire, don Juan Ramón, qué mujer más exóctica; parece talmente del Egito“. Juan Ramón se apretó la barba para no reír. Había ciertas letras del alfabeto que Benjamín no sabía pronunciar. También nos encontrábamos con el tremendo y fantasmagórico escultor toledano Alberto Sánchez, muchísimo antes de hablarse de lo que se llamó luego la escuela de Vallecas. A aquel barrio, a aquellos llanos que lo limitaban, íbamos Maruja Mallo y yo casi todos los días en el Metro, el trayecto más largo que recorría entonces. Eran secas, pálidas y solitarias aquellas llanuras, en las que se veía al fondo el horrible monumento al Sagrado Corazón de Jesús. Pero los atardeceres caían bellos y melancólicos, llenos de silencio, ajenos a los rumores del barrio. Todavía no se barruntaba el cine sonoro, la intromisión de la palabra en la oscuridad de las salas. Pero algunos veranos Maruja los pasaba en Avilés y otros en Cercedilla, en donde encontrábamos a Herrera Petere, de vacaciones en casa de sus padres. A mí me habían quedado ya muy lejos mis canciones de Marinero en tierra, La amante, El alba del alhelí. También la poesía de Cal y canto se me iba desapareciendo. Ya los ángeles comenzaban a darme fuertes aletazos en el alma. Pero mis ángeles no eran los del cielo. Se me iban a manifestar en la superficie o en los más hondos subsuelos de la tierra. Coincidiendo con el arrastrarme los ojos por los barrizales, los terrenos levantados, los paisajes de otoño de sumergidas hojas en los charcos, las humaredas de las neblinas, mi salud se resquebrajaba, y los insomnios y pesadillas me llevaban a amanecer a veces derribado en el suelo de la alcoba. De la mano de Maruja recorrí tantas veces aquellas galerías subterráneas, aquellas realidades antes no vistas, que ella, de manera genial, comenzó a revelar en sus lienzos. “Los ángeles muertos”, ese poema de mi libro, podría ser una transcripción de algún cuadro suyo:
Buscad, buscadIos:
en el insomnio de las cañerías olvidadas,
en los cauces interrumpidos por el silencio de las basuras,
no lejos de los charcos incapaces de guardar una nube,
unos ojos perdidos,
una sortija rota
o una estrella pisoteada.
Porque yo los he visto,
en esos escombros momentáneos que aparecen en las neblinas.
Porque yo los he tocado:
en el destierro de un ladrillo difunto,
venido a la nada desde una torre o un carro.
Nunca más allá de las chimeneas que se derrumban
ni de esas hojas tenaces que se estampan en los zapatos.
En todo eso.
Mas en esas astillas vagabundas que se consumen sin fuego,
en esas ausencias hundidas que sufren los muebles desvencijados,
no a mucha distancia de los nombres y signos que se enfrían en las paredes.
Buscad, buscadlos,
debajo de la gota de cera que sepulta la palabra de un libro
o la firma de uno de esos rincones de cartas
que trae rodando el polvo?
Cerca del casco perdido de una botella,
de una suela extraviada en la nieve,
de una navaja de afeitar abandonada al borde de un precipicio.
Pero yo, de pronto, me fui a Tudanca, a la casona santanderina de José María de Cossío, y allí, entre aquellos vientos, brumas y montañas, continué Sobre los ángeles. Las soledades y el silencio sonoro eran grandes allí, y algún ángel, como espíritu de la inconstancia y del mal, me llevó a volar hacia otro ser, del que me prendé, y a pesar de su nombre -se llamaba Victoria- me llevó, desde lo que yo creí ascensión de los astros, a la caída más vertiginosa en los infiernos. Y un día, al abrir un diario llegado de Madrid, leí, verdaderamente aterrado: “La pintora Maruja Mallo sufre un accidente de coche, y Mauricio Roësset, creyendo haberla matado, se suicida”. (Se repetía la fábula de Píramo y Tisbe.) Yo bajé en seguida a Madrid. Y la entrada de nuevo en el subsuelo, en las cavidades más oscuras y hondas, fue inmediata. Maruja había pintado en ese tiempo cuadros sorprendentes. A pesar de que casi siempre se llevaba una vida algo distanciada de pintores y literatos, se comenzaba a hablar de ella. Antonio Espina la saludó en La Gaceta Literaria, que dirigía Ernesto Giménez Caballero. Y Ramón Gómez de la Serna, después de hablar del descubrimiento que José Ortega y Gasset hace de la pintora, invitándola a realizar una exposición de sus obras en la Revista de Occidente, la llama bruja, artista de catorce almas, de estilo original, espontáneo e impetuoso… Y Federico García Lorca, antes de marcharse, perdido y desgarrado a Nueva York, dice de Maruja: “Entre verbenas y espantajos, toda la belleza del mundo cabe dentro del ojo. Sus cuadros son los que he visto pintados con más imaginación y sensualidad”. Entre las muchas hojas que faltan, que cayeron de mi Arboleda, se hallan también éstas, que quiero ahora reproducir aquí completamente y que aparecieron en La Gaceta Literaria, en el mes de julio de 1929: “La primera ascensión de Maruja Mallo al subsuelo”.
Tú,
tú que bajas a las cloacas donde las flores más flores son ya unos tristes salivazos sin sueños
y mueres por las alcantarillas que desembocan a las verbenas desiertas
para resucitar al filo de una piedra mordida por un hongo estancado,
dime por qué las lluvias pudren las hojas y las maderas.
Aclárame estas dudas que tengo sobre los paisajes.
Despiértame.
Hace ya 100. 000 siglos que pienso en que tú eres más tú cuando te acuerdas del barro
y una teja aturdida se deshace contra tus pies para predecir una muerte.
El espanto que suben esos ojos deformados por las aguas que envenenan al ciervo fugitivo
es la única razón que expone mi esqueleto para pulverizarse junto al tuyo.
Una luz corrompida te ayudará a sentir los más bellos excrementos del mundo.
Periódicos estampados de manos que perdieron su nitidez en el aceite desgarran hoy el viento
y los charcos de grasa solicitan tus ojos desde los asfaltos reblandecidos.
Aceras espolvoreadas de azufre claman por el alivio de una huella para que se agrieten de envidia esos vidrios helados que se abandonan a los terrenos intransitables.
Emplearé todo el resto de mi vida en contemplar el suelo seriamente
ahora que ya me importan cada vez menos las hadas,
ahora que ya las luces más complacientes estrangulan de un golpe las primeras sonrisas de los niños
y exaltan a puntapiés el arrullo de las palomas
y abofetean al árbol que se cree imprescindible para el embellecimiento de un idilio o una finca.
Mira siempre hacia abajo.
Nada se te ha perdido en el cielo.
El último ruiseñor es el muelle mohoso de un sofá muerto.
Desde los pantanos,
¿quién no te ve ascender sobre un fijo oleaje de escorias
hacia un sueño fecal de golondrinas?
… Se acercó entonces ella sola definitivamente con una hoja de otoño estampada en la punta del sombrero de colores, mientras llegaban desde lejos los disparos del fusilamiento de los héroes republicanos Fermín Galán y García Hernández y yo pegaba -revolucionario puro enfurecido por los muros de las calles madrileñas mi Elegía cívica.
Con los zapatos puestos tengo que morir.
(Texte repris dans La arboleda perdida, 2. Tercero y Cuarto libros (1931-1987). Biblioteca Alberti. Alianza Editorial.)
On peut relire La primera ascensión de Maruja Mallo al subsuelo ainsi que les poèmes du recueil Sobre los ángeles (1929) où l’influence de Maruja Mallo est palpable.
La première ascension de Maruja Mallo au sous-sol
Toi, toi qui descends au fond du cloaque où les fleurs on ne peut plus fleurs sont devenues de tristes crachats désenchantés et qui meurs le long des égouts qui débouchent sur les fêtes de nuit désertes pour renaître sur le tranchant d’une pierre mordue par un champignon stagnant dis-moi pourquoi la pluie pourrit les heures et les bois. Dissipe mon doute sur les paysages. Réveille-moi.
Autres lectures :
José Luis Ferris. Maruja Mallo : la gran transgresora del 27. Temas de hoy. Biografías. 2004.Cartas de Maruja Mallo. Edición de Guillermo de Osma. Editorial Renacimiento. Biblioteca de la Memoria, Serie Menor. 2025.
Septembre est un mois de trafic et une goélette arrive.
Elle m’attire vers les îles, ou la chambre se déplace
Lentement. Qui part
Auprès des marins ? Qui frôle mes meubles ?
Oh ! Mon port. Accueille-moi cet après-midi.
Entoure mes épaules d’un fichu de laine
ou emmène-moi vers le large dans une chambre de chêne.
(Traduction CFA)
Málaga. Paseo marítimo.
María Victoria Atencia (Málaga, 28 novembre 1931) a été mariée avec l’éditeur et poète Rafael León (1931-2011). Elle a animé avec lui la revue Caracola. De grands poètes de la génération de 1927 comme Vicente Aleixandre, Jorge Guillermo ou Dámaso Alonso ont été ses amis. Cette femme moderne possède son brevet de pilote d’avion. Ces dernières années, elle a été reconnue sur le plan national. Depuis 2014, le centre culturel de la province de Málaga (Calle Ollerías, 34) porte son nom.
1998 Prix national de la critique.
2010 Prix international de poésie Federico García Lorca.
2014 Prix Reina Sofia de poésie ibéroaméricaine.
2025 Prix national des lettres espagnoles.
Sur le mur du café du Museo de Málaga. Plaza de la Aduana.
J’ai trouvé à Málaga un recueil de textes divers de la poétesse María Victoria Atencia (Málaga, 1931) : El oro de los tigres (Poesía y literatura). e.d.a.libros. Benalmadena (Málaga), 2009. L’un d’entre eux s’intitule L’or des tigres. Elle rapproche le poème de l’écrivain argentin qui porte ce même titre d’un autre de Rainer Maria Rilke, La Panthère.
“Borges nos habla de los tigres o, más exactamente, de su oro en un poema que lleva precisamente ese título: “El oro de los tigres”.
Borges contempla al tigre de Bengala -quizás el más hermoso animal de la Creación- y nos lo muestra mirado hasta el momento del “ocaso amarillo”, dice él, y se delata. Porque es ese amarillo de los tigres lo que a él le importa. El tigre de fuego, de Blake.”
” Borges nous parle des tigres ou, plus exactement, de l’or dans un poème qui porte justement ce titre : ” L’or des tigres “.
Borges contemple le tigre du Bengale – peut-être le plus bel animal de la Création – et nous le montre alors qu’il est regardé depuis l’instant du ” crépuscule jaune “, dit-il, et il se trahit. Car c’est ce jaune des tigres qui lui importe. Celui du tigres de feu de Blake. “
Je viens de lire le quatrième roman de Pedro Mairal (Buenos Aires, 1970) La Uruguaya ( Emécé 2016. Libros de Asteroide, 2017). Buchet-Chastel a aussi publié ce livre en français en 2018 dans une traduction de Delphine Valentin. Un autre de ses romans, Une nuit avec Sabrina Love, est paru chez Rivages en 2004. L’auteur dans ses déclarations met en valeur l’importance des femmes dans la littérature argentine actuelle : Mariana Enriquez, Samantha Schweblin, Leila Guerreiro, Selva Almada. Néanmoins, dans le cours du roman, il cite davantage les géants du passé : Jorge Luis Borges, Julio Cortazar, Juan Carlos Onetti.
Le roman raconte l’histoire de Lucas Pereyra, un écrivain d’une quarantaine d’années, marié, un enfant. Il voyage de Buenos Aires à Montevideo pour récupérer les à-valoir envoyés par deux maisons d’édition étrangères, une espagnole, l’autre colombienne. Il souhaite éviter les conditions drastiques du change en Argentine, mais aussi retrouver une jeune femme qu’il a rencontrée lors d’un festival littéraire.
C’est écrit avec humour et un style ” moderne ” qui énerve souvent. On pense aux coups reçus par Don Quichotte et à ses échecs. L’auteur oppose un Montevideo idéalisé au Montevideo réel. Nous sommes bien sur le Río de la ” Plata “
Ce roman m’a permis de relire un texte ancien de Borges que l’on peut trouver dans son deuxième recueil de poèmes Luna deenfrente qui date de 1925. L’auteur l’a réédité et modifié en 1969.
Montevideo
Resbalo por tu tarde como el cansancio por la piedad de un declive.
La noche nueva es como un ala sobre tus azoteas.
Eres el Buenos Aires que tuvimos, el que en los años se alejó quietamente.
Eres nuestra y fiestera, como la estrella que duplican las aguas.
Puerta falsa en el tiempo, tus calles miran al pasado más leve.
Claror de donde la mañana nos llega, sobre las dulces aguas turbias.
Antes de iluminar mi celosía tu bajo sol bienaventura tus quintas.
Gato Blanco. Río Capitán N°80. Tigre (Provincia de Buenos Aires. Argentina) (CFA)
Elogio de la sombra
La vejez (tal es el nombre que los otros le dan) puede ser el tiempo de nuestra dicha. El animal ha muerto o casi ha muerto. Quedan el hombre y su alma. Vivo entre formas luminosas y vagas que no son aún la tiniebla. Buenos Aires, que antes se desgarraba en arrabales hacia la llanura incesante, ha vuelto a ser la Recoleta, el Retiro, las borrosas calles del Once y las precarias casas viejas que aún llamamos el Sur. Siempre en mi vida fueron demasiadas las cosas; Demócrito de Abdera se arrancó los ojos para pensar; el tiempo ha sido mi Demócrito. Esta penumbra es lenta y no duele; fluye por un manso declive y se parece a la eternidad. Mis amigos no tienen cara, las mujeres son lo que fueron hace ya tantos años, las esquinas pueden ser otras, no hay letras en las páginas de los libros. Todo esto debería atemorizarme, pero es una dulzura, un regreso. De las generaciones de los textos que hay en la tierra sólo habré leído unos pocos, los que sigo leyendo en la memoria, leyendo y transformando. Del Sur, del Este, del Oeste, del Norte, convergen los caminos que me han traído a mi secreto centro. Esos caminos fueron ecos y pasos, mujeres, hombres, agonías, resurrecciones, días y noches, entresueños y sueños, cada ínfimo instante del ayer y de los ayeres del mundo, la firme espada del danés y la luna del persa, los actos de los muertos, el compartido amor, las palabras, Emerson y la nieve y tantas cosas. Ahora puedo olvidarlas. Llego a mi centro, a mi álgebra y mi clave, a mi espejo. Pronto sabré quién soy.
Elogio de la sombra, 1969.
Éloge de l’ombre
La vieillesse (c’est le nom que les autres lui donnent) peut être le temps de notre bonheur. La bête est morte ou presque morte. Reste l’homme et son âme. Je vis parmi des formes lumineuses et vagues qui ne sont pas encore la ténèbre. Buenos Aires, qui jadis se déchirait en banlieues vers la plaine incessante, est redevenue la Recoleta, le Retiro, les rues incertaines de l’Once et les vieilles maisons précaires que nous appelons toujours le Sud. Tout au long de ma vie les choses furent nombreuses ; Démocrite d’Abdère s’arracha les yeux pour penser ; le temps a été mon Démocrite. Cette pénombre est lente et ne fait pas mal ; elle coule sur une pente douce et ressemble à l’éternité. Mes amis n’ont pas de visage, les femmes sont ce qu’elles furent il y a déjà tant d’années, je ne sais pas si ce coin de rue a changé, il n’y a pas de lettres sur les pages des livres. Tout ceci devrait m’effrayer, mais c’est une douceur, un retour. Il y a des générations de textes sur la terre ; je n’en aurai lu que quelques uns, ceux que je continue à lire dans la mémoire, à lire et à transformer. Du sud, de l’est, de l’ouest, du nord, convergent les chemins qui m’ont conduit à mon centre secret. Ces chemins ont été des échos et des pas, des femmes, des hommes, des agonies, des résurrections, des jours et des nuits, des demi-rêves et des rêves, chaque infime instant de la veille et des veilles du monde, la ferme épée du Danois et la lune du Persan, les actes des morts, Emerson et la neige et tant de choses. Maintenant je peux les oublier. J’arrive à mon centre, à mon algèbre et à ma clef, à mon miroir. Bientôt je saurai qui je suis.
Éloge de l’ombre (1967-1969). Traduction-adaptation par Néstor Ibarra.
Album Borges. NRF/Gallimard. Bibliothèque de La Pléiade, 1999.
Max Aub Mohrenwitz est né le 2 juin 1903 à Paris. Son père était allemand, sa mère française. Sa famille s’installe à Valence, en Espagne, à l’été 1914. Cet auteur dramatique, romancier, essayiste et critique littéraire a eu quatre nationalités au cours de sa vie : Français, Allemand, Espagnol, Mexicain. La vraie patrie d’un écrivain, c’est sa langue. « Se es de donde se hace el bachillerato » (On est d’où on passe son bac). Cette phrase est restée célèbre en Espagne. Républicain espagnol, grand ami d’André Malraux et de Luis Buñuel, Max Aub est un écrivain qu’il faut lire et relire. Il est mort le 22 juillet 1972 à Mexico.
Plaque commémorative au 3 cité de Trévise à Paris, où est né Max Aub en 1903.
En 1956 paraît Crimes exemplaires, un recueil de 130 aveux de meurtres fictifs. C’est un chef-d’œuvre entre surréalisme et humour très noir.
Crimes exemplaires (Crímenes ejemplares) de Max Aub. 1956. Traduction : Danièle Guibbert. Phébus, Libretto. (Première édition : Phébus, 1997.)
“Hacía un frío de mil demonios. Me había citado a las siete y cuarto en la esquina de Venustiano Carranza y San Juan de Letrán. No soy de esos hombres absurdos que adoran el reloj reverenciándolo como una deidad inalterable. Comprendo que el tiempo es elástico y que cuando le dicen a uno a las siete y media, lo mismo da que sean las ocho. Tengo un criterio amplio para todas las cosas. Siempre he sido un hombre muy tolerante: un liberal de la buena escuela. Pero hay cosas que no se pueden aguantar por muy liberal que uno sea. Que yo sea puntual a las citas no obliga a los demás sino hasta cierto punto; pero ustedes reconocerán conmigo que ese punto existe. Ya dije que hacía un frío espantoso. Y aquella condenada esquina está abierta a todos los vientos. Las siete y media, las ocho menos veinte, las ocho menos diez. Las ocho. Es natural que ustedes se pregunten que por qué no lo dejé plantado. La cosa es muy sencilla: yo soy un hombre respetuoso de mi palabra, un poco chapado a la antigua, si ustedes quieren, pero cuando digo una cosa, la cumplo. Héctor me había citado a las siete y cuarto y no me cabe en la cabeza el faltar a una cita. Las ocho y cuarto, las ocho y veinte, las ocho y veinticinco, las ocho y media, y Héctor sin venir. Yo estaba positivamente helado: me dolían los pies, me dolían las manos, me dolía el pecho, me dolía el pelo. La verdad es que si hubiese llevado mi abrigo café, lo más probable es que no hubiera sucedido nada. Pero esas son cosas del destino y les aseguro que a las tres de la tarde, hora en que salí de casa, nadie podía suponer que se levantara aquel viento. Las nueve menos veinticinco, las nueve menos veinte, las nueve menos cuarto. Transido, amoratado. Llegó a las nueve menos diez: tranquilo, sonriente y satisfecho. Con su grueso abrigo gris y sus guantes forrados:
-¡Hola, mano!
Así, sin más. No lo pude remediar: lo empujé bajo el tren que pasaba. Triste casualidad.”
Crímenes ejemplares. México, Impresora Juan Pablos, 1957.
«Le pedí el Excelsior y me trajo El Popular. Le pedí Delicados y me trajo Chesterfield. Le pedí una cerveza clara y me la trajo negra. La sangre y la cerveza, revueltas, por el suelo, no son una buena combinación.»
” Je lui ai demandé l’Excelsior et il m’a apporté Le Populaire. Je lui ai demandé des Delicados et il m’a apporté des Chesterfield. Je lui ai demandé une bière blonde, il m’a apporté une bière brune. La bière et le sang, brassés par le mépris, ne font pas un bon mélange. “
« Era más inteligente que yo, más rico que yo, más desprendido que yo; era más alto que yo, más guapo, más listo; vestía mejor, hablaba mejor; si ustedes creeen que no son eximentes, son tontos. Siempre pensé en la manera de deshacerme de él. Hice mal en envenenarlo: sufrió demasiado. Eso, lo siento. Yo quería que muriera de repente.
” Il était plus intelligent que moi, plus riche que moi, plus généreux que moi, plus grand que moi, plus beau que moi, plus malin que moi ; il s’habillait mieux, parlait mieux. ! Si vous ne trouvez pas que ce sont là des excuses, c’est que vous êtes fou. J’ai longtemps pensé à la manière de me débarrasser de lui, mais j’ai mal fait en l’empoisonnant : il a trop souffert. Cela je le regrette, j’aurais aimé qu’il meure d’un seul coup. “
«Íbamos como sardinas y aquel hombre era un cochino. Olía mal. Todo le olía mal, pero sobre todo los pies. Le aseguro a usted que no había manera de aguantarlo. Además el cuello de la camisa, negro, y el cogote mugriento. Y me miraba. Algo asqueroso. Me quise cambiar de sitio. Y, aunque usted no se lo crea, ¡aquel individuo me siguió! Era un olor a demonios, me pareció ver correr bichos por su boca. Quizá lo empujé demasiado fuerte. Tampoco me van a echar la culpa de que las ruedas del camión le pasaran por encima.»
« Nous étions serrés comme des sardines et cet homme était un cochon. Il sentait mauvais. Tout en lui sentait mauvais, mais surtout ses pieds. Je vous assure que c’était insupportable. En plus le col de sa chemise était noir et sa nuque crasseuse. Et il me regardait. C’était quelque chose d’absolument répugnant. J’ai dû changer de place. Eh bien, que vous le croyiez ou non, cet individu m’a suivie ! C’était l’odeur d’un démon et il me semblait voir sortir des horreurs de sa bouche. Peut-être l’ais-je poussé un peu fort. Mais ne me dites pas que c’est de ma faute si les roues du camion lui sont passé dessus. »
“Lo maté porque era de Vinaroz”.
« Je l’ai tué parce qu’il était de Vinaroz. »
«Tenía el cuello tan largo.»
Il a réussi à faire plus court qu’Augusto Monterroso (1921-2003) avec son célèbre microrécit El Dinosaurio (Le Dinosaure) “Cuando despertó, el dinosaurio todavía estaba allí” (« Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là. »), publié dans Obras completas (y otros cuentos) en 1959
Temple de Ségeste ou Temple de Héra (Sicile). – 425 av. J.-C. (CFA)
El País, 21/12/2025
Hacia la nueva luz (Manuel Vicent)
Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y viajaremos de nuevo a Siracusa como aquella vez. Sentados en una terraza, junto a la fuente de Aretusa, un manantial de agua dulce que cita Virgilio en las Geórgicas, esperaremos a que se levante el viento del Sur que nos traerá como un regalo el violento olor del espliego que brota en las descarnadas galerías de las minas de mármol, abiertas al sol, con las que se fabricaron las estatuas de todos los dioses. Tomaremos ciertos licores después de pasear entre ruinosos templos y antiguos anfiteatros donde resuenen todavía las tragedias de Esquilo, y al oírnos recitar sus versos, por las grietas de los sillares asomarán su cabeza las lagartijas. Este lugar era entonces la isla Ortigia, donde la ninfa Calipso retuvo a Ulises en sus brazos. Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y navegaremos por el Egeo hasta Creta y llegaremos a las ruinas de Cnosos que se levantan en un valle de olivos, viñedos y cipreses cerca del mar y como aquella mañana, allí podremos contemplar unos frescos con delfines, cenefas adornadas con vírgenes y serpientes, imágenes de sacerdotisas que llevan en las manos vasos de incienso y de príncipes coronados con lirios, toda esa belleza sostenida por las columnas color sangre y el canto de los mirlos. Ya verás, un día volveremos a ser jóvenes y viajaremos por las ciudades del mundo donde habrá siempre un antiguo Hotel Inglés con una reserva a nuestro nombre. Llevaremos un sombrero de ala blanda y un maletín de fuelle en el que quedará el rastro de su paso por Nairobi, Serengueti, Kilimanjaro, Nueva Orleans, Montparnasse, Rodas, Deauville, Praga, Bangkok. Volver a ser joven no es tan difícil, si es eso lo que te inquieta. Hoy, 21 de diciembre, es el solsticio de invierno. La luz del sol comenzará a crecer cada día. Es el dios que renace todos los años, despierta la savia de los árboles dormidos y llena de nueva vida las viejas ramas. Bastará con que dejes que ese dios haga contigo este mismo milagro.
Delphes (Grèce). La tholos et les édifices du sanctuaire d’Athéna Pronaia. À droite de la tholos, le « temple de calcaire » ; à gauche derrière la tholos, les deux trésors et le temple d’Athéna. Vers -580 av. JC. (CFA)
Je relis Victor Hugo et des écrivains qui ont publié sur son oeuvre :
Jusqu’à ce que mort s’ensuive(Sur une page des Misérables) d’Olivier Rolin. Gallimard, Collection blanche. 2024. Folio n°7580. 2025
La tentación de lo imposible de Mario Vargas Llosa. Alfaguara, 2004.
Le Monde selon Victor Hugo de Michel Winock. Éditions Tallandier, 2018. Collection Texto, 2020.
Mario Vargas Llosa. La tentación de lo imposible. 2004.
« Aunque Madame Bovary se publicó seis años antes que Los Miserables, en 1856, se puede decir que ésta es la última gran novela clásica y aquélla la primera gran novela moderna. »
« Las novelas, y sobre todo las grandes novelas, no son testimonios ni documentos sobre la vida. Son otra vida, dotada de sus propios atributos, que nace para desacreditar la vida verdadera, oponiéndole un espejismo que, aparentado reflejarla, la deforma, retoca y rehace. »
« No es precisamente un « entusiasmo » sino un malestar lo que dejan las buenas ficciones en el espíritu de los lectores que contrastan aquellas imágenes con el mundo real : la sensación de que el mundo está mal hecho, de que lo vivido está muy por debajo de lo soñado e inventado. »
Le legs (Robert Desnos)
Et voici, Père Hugo, ton nom sur les murailles ! Tu peux te retourner au fond du Panthéon Pour savoir qui a fait cela. Qui l’a fait ? On ! On c’est Hitler, on c’est Goebbels… C’est la racaille,
Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon, Ceux qui savent trahir et ceux qui font ripaille, Ceux qui sont destinés aux justes représailles Et cela ne fait pas un grand nombre de noms.
Ces gens de peu d’esprit et de faible culture Ont besoin d’alibis dans leur sale aventure. Ils ont dit : « Le bonhomme est mort. Il est dompté. »
Oui, le bonhomme est mort. Mais par-devant notaire Il a bien précisé quel legs il voulait faire : Le notaire a nom : France, et le legs : Liberté.
Signé Lucien Gallois. Paru dans L’Honneur des poètes, 14 juillet 1943. Repris dans Robert Desnos, Destinée arbitraire. Paris, NRF Poésie / Gallimard n°112, 1975.
Le Paris de Victor Hugo (Aragon)
Personne n’a jamais parlé de Paris comme Victor Hugo. Et même si un jour, à nouveau, Paris doit se faire verbe et chair dans l’oeuvre d’un poète : Victor Hugo aura été le premier, celui qui a fait naître Paris à la vie lyrique, sacré Paris source et thème de l’inspiration lyrique, décor et matière, âme et personnage de la poésie nationale.
Victor Hugo est le vrai poète de la nation française et le plus grand poète de Paris. Cette vie, cet homme, cet art s’étendent de 1802 à 1885. Hugo naît à la veille de l’Empire et meurt deux ans après Karl Marx. Son œuvre oscille aux vents de ce long orage appelé le dix-neuvième siècle. Elle naît sur les ruines de la Bastille, elle meurt quand les associations ouvrières vont proclamer, avec le Premier Mai, que le printemps leur appartient.
On pourrait justement dire de Hugo qu’il est le miroir de la Révolution Française. Oui, lui, que son général de père traîna dans les fourgons de Napoléon, lui qui fut royaliste sous Louis XVIII, pair de Louis-Philippe, républicain en 48, exilé par le Princе-président, symbole de la liberté sous l’Empire, de la résistance à l’envahisseur dans la guerre de 70, épouvanté par la Commune, mais demandant la grâce des Communards… le génie qui boucha, longtemps après sa mort, l’horizon poétique et qu’aujourd’hui encore haïssent comme personne tous ceux qui s’étiolent à son ombre immense. Hugo, phénomène irréductible, poète le plus insulté de notre histoire, après qui la langue française n’est plus ce qu’elle était, et dont il faudra tenir compte comme de Shakespeare et d’Homère.
Et bien, c’est Hugo qui a fait de Paris ce qu’il est aux yeux du monde. Il ne pouvait pas en être autrement. Avant lui, c’était une bourgade. Dans cette bourgade, il y avait Notre-Dame et Le Louvre. Mais après lui il y a Notre-Dame de Paris et Gavroche, le gamin de Paris. Quant au Louvre, c’est dans ses vers qu’il a cessé d’être un palais pour devenir un monde. C’est qu’avec Hugo, Paris cesse d’être le siège de la cour pour devenir la cité d’un peuple. Le Paris de Victor Hugo n’est pas une collection de monuments, une série de cartes postales, mais l’être en mouvement, le monde en gésine, les quartiers bourgeonnants du siècle qui fut celui des révolutions, des émeutes, des chemins de fer, du préfet Haussmann, de la Commune de Paris. Il y a une anthologie formidable à faire de tout ce que Hugo a écrit de Paris, sur Paris, pour Paris. Juste pour donner le goût de ce langage insensé, de cet amour sans mesure pour la ville démesurée. Il était trop facile d’étourdir les gens avec le bruit majeur des vers, toute L’Année terrible, et des Contemplations aux Feuilles d’automne, tout ce qui résonne dans ce langage divin de ma ville… Et même dans la prose je n’ai pas repris ces passages des Choses vues, où Balzac agonise dans sa maison du quartier Beaujon, où tout Paris regarde passer les cendres de l’Empereur… Son commentaire monumental et immortel fait de Victor Hugo la statue toujours présente de Paris, l’explication de Paris, son prestige, sa résonance, sa gloire.
Avez-vous lu Victor Hugo ? Anthologie poétique commentée par Aragon. Paris, Éditeurs Français Réunis, 1952.