
Le grand écrivain portugais, décédé le jeudi 5 mars 2026, était francophile. Son père, neuropathologiste de grande renommée, était d’origine brésilienne et allemande. Il faisait lire à ses six fils les livres de grands écrivains français avec dictionnaire et stylo à la main, pour noter les mots inconnus. Le père avait une passion pour Flaubert et exigeait le dimanche un résumé du chapitre de Madame Bovary lu pendant la semaine. La mère tenait Le Voyage au bout de la nuit, de Céline, pour le plus grand roman jamais écrit. Lobo Antunes parlait très bien le français.
Il aimait la littérature française, et particulièrement la poésie. ” J’aime tellement Apollinaire ! On dit que la France n’a pas de poésie – ce n’est pas vrai. Victor Hugo est un immense poète. Et j’aime beaucoup Apollinaire. ” (La Règle du Jeu. Entretien-fleuve inédit avec António Lobo Antunes. 2020)

Deux poèmes qu’il cite :
Il pleut (Guillaume Apollinaire)
Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans le souvenir
C’est vous aussi qu’il pleut merveilleuses rencontres de ma vie ô gouttelettes
Et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout un univers de villes auriculaires
Écoute s’il pleut tandis que le regret et le dédain pleurent une ancienne musique
Écoute tomber les liens qui te retiennent en haut et en bas.
Calligrammes, 1918.

Si je meurs (Jacques Audiberti)
Si je meurs, qu’aille ma veuve
à Javel près de Citron.
Dans un bistrot elle y trouve,
à l’enseigne du Beau Brun,
Trois musicos de fortune
qui lui joueront – mi, ré, mi —
l’air de la petite Tane
qui m’aurait peut-être aimé
puisqu’elle n’offrait qu’une ombre
sur le rail des violons.
Mon épouse, ô ma novembre,
sous terre les jours sont lents.
Race des hommes. Gallimard, 1937.

