Nicanor Parra II

Solo de piano

Ya que la vida del hombre no es sino una acción a distancia,
Un poco de espuma que brilla en el interior de un vaso;
Ya que los árboles no son sino muebles que se agitan:
No son sino sillas y mesas en movimiento perpetuo;
Ya que nosotros mismos no somos más que seres
(Como el Dios mismo no es otra cosa que Dios)
Ya que no hablamos para ser escuchados
Sino para que los demás hablen
Y el eco es anterior a las voces que lo producen;
Ya que ni siquiera tenemos el consuelo de un caos
En el jardín que bosteza y que llena de aire,
Un rompecabezas que es preciso resolver antes de morir
Para poder resucitar después tranquilamente
Cuando se ha usado en exceso de la mujer;
Ya que también existe un cielo en el infierno,
Dejad que yo también haga algunas cosas:

Yo quiero hacer un ruido con los pies
Y quiero que mi alma encuentre su cuerpo.

Poemas y antipoemas, 1954.

Solo de piano

Puisque la vie d’un homme n’est qu’une action à distance,
Un peu d’écume qui brille à l’intérieur d’un verre;
Puisque les arbres ne sont rien que des meubles qui bougent:
Rien que des tables, des chaises en mouvement perpétuel;
Puisque nous-mêmes nous ne sommes plus que des êtres
(Comme le dieu lui-même n’est pas autre chose que dieu);
Puisque nous ne parlons plus pour être écoutés
Mais pour que les autres parlent
Et que l’écho est antérieur aux voix qui le produisent;
Puisque nous n’avons même pas la consolation d’un chaos
Dans le jardin qui bâille et qui se remplit d’air,
Un casse-tête qu’il faut résoudre avant de mourir
Pour pouvoir ensuite tranquillement ressusciter
Quand on a usé de la femme à l’excès;
Puisqu’il y a aussi un ciel en enfer,
Permettez que je fasse moi aussi deux trois choses :

Je veux faire du bruit avec les pieds
Et je veux que mon âme trouve son corps.

(Traduction Bernard Pautrat)

Piano Solo

Since man’s life is nothing but a bit of action at a distance,
A bit of foam shining inside a glass;
Since trees are nothing but moving trees;
Nothing but chairs and tables in perpetual motion;
Since we ourselves are nothing but beings
(As the godhead itself is nothing but God);
Now that we do not speak solely to be heard
But so that others may speak
And the echo precede the voice that produces it;
Since we do not even have the consolation of a chaos
In the garden that yawns and fills with air,
A puzzle that we must solve before our death
So that we may nonchalantly resuscitate later on
When we have led woman to excess;
Since there is also a heaven in hell,
Permit me to propose a few things

I wish to make a noise with my feet
I want my soul to find its proper body.

(Traduction William Carlos Williams.)

William Carlos Williams 1883-1963.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *