
Nous avons vu au Grand Palais au mois d’août une exposition de Leandro Erlich, artiste argentin né à Buenos Aires en 1973, qui cultive depuis une trentaine d’années des artifices d’optique et des effets spéciaux. On trouve, bien sûr, chez Erlich les miroirs de Borges et ses labyrinthes à l’infini. Assez superficiel, donc.

Laberinto
No habrá nunca una puerta. Estás adentro
y el alcázar abarca el universo
y no tiene ni anverso ni reverso
ni externo muro ni secreto centro.
No esperes que el rigor de tu camino
que tercamente se bifurca en otro,
tendrá fin. Es de hierro tu destino
como tu juez. No aguardes la embestida
del toro que es un hombre y cuya extraña
forma plural da horror a la maraña
de interminable piedra entretejida.
No existe. Nada esperes. Ni siquiera
en el negro crepúsculo la fiera.
Elogio de la sombra, 1969.

Labyrinthe
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.
Éloge de l’ombre [1967-1969], in La Proximité de la mer, Une anthologie de 99 poèmes. Éditions Gallimard, Collection Du monde entier, 2010. Édité, préfacé et traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet.
Labyrinthe
De porte, nulle part, jamais. Tu es dedans
Et l’alcazar embrasse l’univers
Et il n’a point d’avers ni de revers.
Point de mur extérieur ni de centre secret.
N’espère pas que la rigueur de ton chemin
Qui obstinément bifurque sur un autre
Puisse jamais finir. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends point la charge
De cet homme taureau dont l’étrange
forme plurielle épouvante ces rets
Tissés d’interminable pierre.
Il n’existe pas. N’attends rien. Pas même
Au coeur du crépuscule noir, la bête.
Jorge Luis Borges, Éloge de l’ombre, dans Oeuvres complètes II. Traduction Jean Pierre Bernès et Nestor Ibarra. Pléiade, Gallimard, 1999, p. 161.

Je n’ai jamais aimé les traductions de Nestor Ibarra, validées par Jorge Luis Borges lui-même.


























