Ian Gibson et Quique Palomo, Cuatro poetas en guerra. Barcelona, Planeta Cómic, 2022.
Semana Santa en Andalucía. Jueves Santo. Semaine Sainte en Andalousie. Jeudi saint.
Camarón de la Isla : La Saeta (introduit par Joan Manuel Serrat). Arrangements exécutés par The Lisbon Simphony Orchestra. Direction : Jesús Bola. Á la guitare, Tomatito, seconde guitare le fils de de Camarón, Luis Monge. 1990.
San Fernando (Cadix). Monument à Camarón de la Isla (José Monje Cruz 1950-1991) (Antonio Aparicio Mota).
Poème déjà publié sur ce blog le 30 mars 2018.
CXXX. La saeta
¿Quién me presta una escalera, para subir al madero, para quitarle los clavos a Jesús el Nazareno?
Saeta popular
¡Oh, la saeta, el cantar al Cristo de los gitanos siempre con sangre en las manos siempre por desenclavar!
¡Cantar del pueblo andaluz que todas las primaveras anda pidiendo escaleras para subir a la cruz.!
¡Cantar de la tierra mía que echa flores al Jesús de la agonía y es la fe de mis mayores!
¡Oh, no eres tú mi cantar ¡No puedo cantar, ni quiero a este Jesús del madero sino al que anduvo en el mar!.
Campos de Castilla. 1912.
CXXX. La Saeta
Qui me prête une échelle pour aller sur la croix, enlever les clous de Jésus le Nazaréen ?
Saeta populaire
Oh ! La saeta le couplet au Christ des gitans, avec toujours aux mains du sang, et toujours sur sa croix cloué!
Oh ! chanson du peuple andalou, qui à chaque printemps, demande des échelles pour monter à la croix !
Chant de ma terre, jetant des fleurs au Christ de l’agonie, qui est la foi de mes ancêtres !
Tu n’es pas le chant de mon coeur ! Je ne veux ni ne peux chanter ce Christ en croix mais celui qui marchait sur la mer.
Champs de Castille, Solitudes, Galeries et autres poèmes et Poésies de la guerre. Traduction Sylvie Léger et Bernard Sesé. Paris, NRF Poésie Gallimard n°144, 1981.
Séville. Palacio de la Dueñas. Cloître.Séville. Palacio de la Dueñas. Azulejo.
Nous parcourons l’exposition Jean Hélion La prose du monde au Musée d’Art Moderne de Paris vendredi 22 mars. C’est le premier jour. Il y a encore peu de monde. C’est un plaisir de pouvoir regarder tranquillement les oeuvres d’un peintre méconnu.
Du 22 mars au 18 août 2024, on pourra voir la rétrospective de cet artiste. Elle traverse tout le XXème siècle. Jean Hélion (1904-1987) est un des pionniers de l’abstraction. Il l’introduit en Amérique dans les années 1930, avant d’évoluer vers une figuration personnelle au début de la deuxième guerre mondiale.
Proche de Theo van Doesburg et de Piet Mondrian dans un premier temps (groupe Art Concret et collectif Abstraction-Création), il se détourne de l’abstraction en 1939. Il est l’ami de Calder, Arp, Giacometti, mais aussi de Max Ernst, Marcel Duchamp, Victor Brauner.
Il fréquente aussi les écrivains de son époque (Francis Ponge, Raymond Queneau, René Char, André du Bouchet, Alain Jouffroy) qu’ il associe souvent à son parcours artistique.
Figure tombée. Avril-septembre 1939. Paris, Centre Pompidou.
Je lis une lettre qu’il adresse au poète André du Bouchet au cours de l’été 1952. Pour qui travaille-t-on ?
Il évoque sa collaboration avec René Char pour illustrer, sur la demande d’Yvonne Zervos, 10 poèmes choisis parmi Les Matinaux et réunis, manuscrits, par le poète sous le titre de La Sieste blanche.
” Il n’y a rien que j’aie davantage souhaité, à plusieurs périodes de ma vie que de mêler mes images, étroitement, à des textes que j’admire.”
Il y explique son travail et ses difficultés. Les Éditions Claire Paulhan publient ce mois-ci :
Pour qui travaille-t-on ? Une lettre à André du Bouchet (Été-automne 1952)
Je recherche Divergence, un des poèmes de René Char illustré par l’homme couché qui préoccupait Jean Hélion cet hiver-là. Les références à Arthur Rimbaud et à Une saison en enfer sont nombreuses.
L’Homme couché sur un banc. 1950. Vézelay, Musée Zervos.
Divergence (René Char)
Le cheval à la tête étroite A condamné son ennemi, Le poète aux talons oisifs, A de plus sévères zéphyrs Que ceux qui courent dans sa voix. La terre ruinée se reprend Bien qu’un fer continu la blesse.
Rentrez aux fermes, gens patients ; Sur les amandiers au printemps Ruissellent vieillesse et jeunesse. La mort sourit au bord du temps Qui lui donne quelque noblesse.
C’est sur les hauteurs de l’été Que le poète se révolte, Et du brasier de la récolte Tire sa torche et sa folie.
La sieste blanche in Les Matinaux 1947-1949. Éditions Gallimard, 1950.
Cuando no sabía aún que yo vivía en unas manos, ellas pasaban sobre mi rostro y mi corazón.
Yo sentía que la noche era dulce como una leche silenciosa. Y grande. Mucho más grande que mi vida. Madre: era tus manos y la noche juntas. Por eso aquella oscuridad me amaba.
No lo recuerdo pero está conmigo. Donde yo existo más, en lo olvidado, están las manos y la noche. A veces, cuando mi cabeza cuelga sobre la tierra y ya no puedo más y está vacío el mundo, alguna vez, sube el olvido aún al corazón. Y me arrodillo a respirar sobre tus manos. Bajo y tú escondes mi rostro; y soy pequeño; y tus manos son grandes; y la noche viene otra vez, viene otra vez. Descanso de ser hombre, descanso de ser hombre.
Blues castellano, 1982
Je tombe sur des mains
Quand je ne savais pas encore que j’habitais dans des mains, elles passaient sur mon visage et sur mon cœur.
Je sentais que la nuit était douce comme un lait silencieux. Et grande. Bien plus grande que ma vie. Mère : C’était tes mains et la nuit ensemble. Voila pourquoi cette obscurité m’aimait.
Je ne me souviens pas mais ça reste avec moi. Là où j’existe le plus, dans l’oublié, se trouvent les mains et la nuit. Parfois, quand ma tête est penchée vers la terre et je n’en peux plus et il est vide le monde, quelque fois, l’oubli remonte encore vers le cœur.
Et je m’agenouille pour respirer sur tes mains. Je descends et tu caches mon visage ; et je suis tout petit ; et tes mains sont grandes ; et la nuit vient encore une fois, vient encore une fois. Je me repose d’être un homme, je me repose d’être un homme.
Blues castillan. Traduction de Jacques Ancet, Éditions José Corti, 2004.
Antonio Gamoneda est né dans les Asturies à Oviedo en 1931. Il vit à León depuis 1934. Son père meurt en 1932. Sa mère l’élève dans une banlieue ouvrière, en proie à toutes sortes de difficultés matérielles. Il doit abandonner ses études en 1943 et travailler comme coursier dès 1945. Il a une formation d’autodidacte et a connu l’extrême pauvreté de l’après-guerre et la répression franquiste. Il a obtenu de nombreux prix dont le Prix Cervantès en 2006. Il a publié deux tomes de mémoires: Un armario lleno de sombra (2009) et Lapobreza (2020). Galaxia Gutemberg. Círculo de Lectores.
Principales traductions en français : Poèmes, traduction Roberto San Geroteo, Noire et blanche, numéro spécial, 1995. Livre du froid, traduction et présentation Jean-Yves Bériou et Martine Joulia, 1996, Antoine Soriano Editeur. 2e éd. 2005. Pierres gravées, Jacques Ancet, Lettres Vives, 1996. Substances, limites, in Nymphea, traduction Jacques Ancet, La Grande Os, 1997. Cahier de mars, traduit par Jean-Yves Bériou et Martine Joulia, Myrrdin, 1997. Blues castillan, traduction Roberto San Geroteo, Noire et Blanche, 1998. Froid des limites, traduction et présentation Jacques Ancet, Lettres Vives, 2000. Description du mensonge (extraits), traduction Jean-Yves Bériou et Martine Joulia, Myrrdin, 2002. Pétale blessé, traduction Claude Houy, Trames, 2002. Blues castillan, traduction et présentation Jacques Ancet, José Corti, 2004. Description du mensonge, traduction et présentation Jacques Ancet, José Corti, 2004. Passion du regard, traduction et présentation Jacques Ancet, Lettres Vives, 2004. De l’impossibilité, traduction Amelia Gamoneda, préface Salah Stétié, Fata Morgana, 2004. Clarté sans repos, traduction et présentation Jacques Ancet, Arfuyen, 2006. Cecilia, traduction et présentation Jacques Ancet, Lettres Vives, 2006. Le livre des poisons, traduction Jean-Yves Bériou. Actes Sud, 2009.
Santa Marina (Francisco de Zurbarán). Vers 1640-50. Málaga, Museo Thyssen-Bornemisza
Jeudi 14 mars visite de l’exposition Vera Molnár Parler à l’oeil au Centre Pompidou. Elle est visible du 28 février au 26 août 2024.
Identiques mais différents. 2010. Diptyque. Paris, Centre Pompidou.
Vera Molnár, artiste française d’origine hongroise, est née Veronica Gács à Budapest le 5 janvier 1924. En 1947, elle s’installe à Paris avec son mari François Molnár (1922-1993). Elle est morte il y a peu à Paris, le 7 décembre 2023, dans la chambre de sa maison de retraite du 14e arrondissement.
Elle s’inscrit dans le courant de l’abstraction géométrique. Informaticienne avant l’heure, elle met en place dès 1959 un mode de production qu’elle nomme “Machine imaginaire”, protocole d’élaboration des formes à partir de contraintes mathématiques simples, mais riche d’infinis possibles . En 1961, elle cofonde le Groupe de recherche d’art visuel avec notamment son mari et le plasticien François Morellet (1926-2016). Elle devient en 1968 la première artiste en France à produire des dessins par ordinateur. Elle travaillait à la fin de sa vie à des vitraux pour l’abbaye de Lérins, sur l’île Saint-Honorat, en face de Cannes (Alpes-Maritimes)
Elle a été reconnue tardivement. Elle rappelait avec humour la phrase du peintre français, d’origine russe, Serge Poliakoff (1900-1969) : “La vie d’un peintre, c’est très simple, il n’y a que les soixante premières années qui sont dures.” Malevitch et Mondrian l’ont toujours fascinée. Elle admirait Le Corbusier et Fernand Léger.
Icône. 1964. Paris, Centre Pompidou.
Une de ses oeuvres exposées s’appelle OTTWW 1984-2010 (fil noir, clous. Paris, centre Pompidou). Elle a attiré mon attention. Le carton dit ceci : ” Conçue pour un Festival du vent à Caen, cette installation s’inspire d’un poème fameux du poète romantique anglais Percy Bysshe Shelly, Ode to the West Wind (1820), auquel Vera Molnár est attachée. Résultant d’un algorithme créé par l’artiste, les formes angulaires sont issues d’une figure mathématique reprenant la lettre W. Elles se déploient sur le mur à l’aide d’un fil de coton continu passant de clous en clous, comme les feuilles emportées par le souffle du vent évoquées par le poète. “
OTTWW. 1981-2010. Fil noir, clous. Paris, Centre Pompidou.
J’ai relu ce poème qui se trouve dans l‘Anthologie bilingue de la poésie anglaise (Bibliothèque de la Pléiade, NRF, 2005). La plupart des poèmes de Shelley qui y figurent ont été publiées dans une très belle édition en 2006 : Poèmes. Imprimerie Nationale Éditions, collection La Salamandre. Les traductions sont de Robert Ellrodt.
Percy Bysshe Shelley (Alfred Clint)
Ode au vent d’ouest (Percy Bysshe Shelley)
I
Ô Vent d’ouest sauvage, âme et souffle de l’automne, Toi qui, par ton invisible présence, chasses Les feuilles mortes, fantômes fuyant un enchanteur,
Jaunes et noires et pâles, et rouges de fièvre, Multitudes frappées de pestilence ! Ô toi Qui transportes jusqu’à leur sombre lit d’hiver
Les semences aillées qui, froides, y reposent, Chacune comme un mort en sa tombe, attendant Que ta Sœur azurée de Printemps sonne enfin
Son clairon sur la terre qui rêve, et menant Les troupeaux des bourgeons délicats paître l’air, Remplisse plaine et monts de couleurs et d’odeurs
Vivantes, sauvage Esprit, qui te meus en tous lieux, Qui détruis et préserves, entends ! Ô entends-moi !
II
Toi dont le flux dans les hauteurs du ciel arrache Les nuages, comme les feuilles sèches de la Terre, Aux branches mêlées du Ciel et de l’Océan,
Messagers de la pluie et l’éclair, tu déploies Á la surface bleue de ta houle aérienne, Tels les cheveux brillants soulevés sur la tête
De quelque Ménade farouche, du bord obscur De l’horizon jusqu’à la hauteur du zénith, Les tresses de la tempête proche. Toi, chant funèbre
De l’an qui meurt, et sur lequel la nuit qui tombe Se referme comme le vaste dôme d’un sépulcre, Surplombé par toute la puissance assemblée
De tes vapeurs, dense atmosphère d’où jailliront La pluie noire et le feu et la grêle, entends-moi !
III
Toi qui sus éveiller de ses rêves d’été La Méditerranée lisse et bleue, assoupie Dans les calmes remous de ses flots cristallins,
Près d’une île de ponce dans la baie de Baïes, Et vis dans leur sommeil palais et tours antiques Trembler dans la lumière plus vive de la vague,
Tout tapissés de mousse et de fleurs azurées, Si douces que les sens à les peindre défaillent ! Toi pour qui l’Atlantique aux flots étales s’ouvre,
Découvrant des abîmes, au plus profond desquels Les floraisons des mers et les bois ruisselants, Feuillage sans sève de l’Océan, reconnaissent
Ta voix, et deviennent soudain gris de frayeur, Et frémissent et se dépouillent, oh, entends-moi !
IV
Si j’étais feuille morte que tu puisses porter, Nuage assez rapide pour voler avec toi, Ou vague palpitant sous ta puissance, soumis
Par ta force à la même impulsion et à peine Moins libre que toi, l’Irréductible ; si j’étais Au moins ce que jeune je fus, et pouvais être
Ton compagnon en tes errances dans le Ciel Comme au temps où dépasser ton vol éthéré Semblait à peine un rêve, je n’aurais avec toi,
Ainsi lutté en t’invoquant dans ma détresse. Oh ! ainsi qu’une vague, une feuille, un nuage, Emporte-moi ! Sur les épines de la vie
Je tombe et saigne ! Le lourd fardeau du temps m’enchaîne, Trop pareil à toi-même : indompté, prompt et fier.
V
Fais donc de moi ta lyre comme l’est la forêt. Qu’importe si mes feuilles tombent comme les siennes ! Le tumulte harmonieux de tes puissants accords
Tirera de nous deux un son grave, automnal, Doux même en sa tristesse. Deviens, âme farouche, Mon âme ! Deviens moi-même, ô toi l’impétueux !
Disperse à travers l’univers mes pensées mortes, Ces feuilles flétries, pour que renaisse la vie, Et par la seule incantation de ce poème
Propage comme à partir d’un âtre inextinguible, Cendres et étincelles, mes mots parmi les hommes Par ma bouche, pour la Terre non encore éveillée,
Sois la trompette d’une prophétie. Ô vent ! Si vient l’Hiver, le Printemps peut-il être loin ?
Poèmes. Imprimerie Nationale Éditions. Collection La Salamandre. 2006. Traduction Robert Ellrodt.
Ode to the West Wind
I
O wild West Wind, thou breath of Autumn’s being, Thou, from whose unseen presence the leaves dead Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing,
Yellow, and black, and pale, and hectic red, Pestilence-stricken multitudes: O thou, Who chariotest to their dark wintry bed
The winged seeds, where they lie cold and low, Each like a corpse within its grave, until Thine azure sister of the Spring shall blow
Her clarion o’er the dreaming earth, and fill (Driving sweet buds like flocks to feed in air) With living hues and odours plain and hill:
Wild Spirit, which art moving everywhere; Destroyer and preserver; hear, O hear!
II
Thou on whose stream, ‘mid the steep sky’s commotion, Loose clouds like Earth’s decaying leaves are shed, Shook from the tangled boughs of Heaven and Ocean,
Angels of rain and lightning: there are spread On the blue surface of thine aery surge, Like the bright hair uplifted from the head
Of some fierce Maenad, even from the dim verge Of the horizon to the zenith’s height, The locks of the approaching storm. Thou Dirge
Of the dying year, to which this closing night Will be the dome of a vast sepulchre, Vaulted with all thy congregated might
Of vapours, from whose solid atmosphere Black rain, and fire, and hail will burst: O hear!
III
Thou who didst waken from his summer dreams The blue Mediterranean, where he lay, Lulled by the coil of his crystalline streams,
Beside a pumice isle in Baiae’s bay, And saw in sleep old palaces and towers Quivering within the wave’s intenser day,
All overgrown with azure moss and flowers So sweet, the sense faints picturing them! Thou For whose path the Atlantic’s level powers
Cleave themselves into chasms, while far below The sea-blooms and the oozy woods which wear The sapless foliage of the ocean, know
Thy voice, and suddenly grow grey with fear, And tremble and despoil themselves: O hear!
IV
If I were a dead leaf thou mightest bear; If I were a swift cloud to fly with thee; A wave to pant beneath thy power, and share
The impulse of thy strength, only less free Than thou, O uncontrollable! If even I were as in my boyhood, and could be
The comrade of thy wanderings over Heaven, As then, when to outstrip thy skiey speed Scarce seemed a vision; I would ne’er have striven
As thus with thee in prayer in my sore need. Oh! lift me as a wave, a leaf, a cloud! I fall upon the thorns of life! I bleed!
A heavy weight of hours has chained and bowed One too like thee: tameless, and swift, and proud.
V
Make me thy lyre, even as the forest is: What if my leaves are falling like its own! The tumult of thy mighty harmonies
Will take from both a deep, autumnal tone, Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce, My spirit! Be thou me, impetuous one!
Drive my dead thoughts over the universe Like withered leaves to quicken a new birth! And, by the incantation of this verse,
Scatter, as from an unextinguished hearth Ashes and sparks, my words among mankind! Be through my lips to unawakened Earth
The trumpet of a prophecy! O Wind, If Winter comes, can Spring be far behind?
Ode écrite à Florence fin 1819. Publiée avec The Sensitive, The Cloud, To a Skylark dans Prometheus Unbound, with Other Poems. Août 1820.
Je relis le poète argentin Roberto Juarroz (1925-1995)…
« Habría que dejar libros en todas partes. Seguramente en uno u otro momento, alguien los abrirá. Y hacer lo mismo con la poesía: dejar poemas en todas partes, ya que sin duda alguien los reconocerá en algún momento. »
« La poesía es la sinceridad con que habla en nosotros lo que no conocemos. Única vía veraz de aquello que cimienta nuestra ignorancia. »
Roberto Juarroz, Fragments verticaux, José Corti, 1993.
« Il faudrait laisser des livres partout. A un moment ou un autre quelqu’un les ouvrira sans doute. Et faire de même avec la poésie : laisser des poèmes partout, puisque quelqu’un les reconnaîtra sûrement un jour. »
« La poésie, c’est la sincérité avec laquelle parle en nous ce que l’on ne connaît pas. Unique voie véridique de ce qui cimente notre ignorance. »
21
A veces parece que estamos en el centro de la fiesta. Sin embargo, en el centro de la fiesta no hay nadie. En el centro de la fiesta está el vacío.
Pero en el centro del vacío hay otra fiesta.
Duodécima poesía vertical, 1991.
On dirait parfois que nous sommes au centre de la fête. Cependant au centre de la fête il n’y a personne. Au centre de la fête c’est le vide.
El Cerro de los Moros desde la ermita de San Saturio. Soria. (Samuel Sánchez)
El hormigón amenaza el Cerro de los Moros, el paraje de Soria que inspiró a Machado y a Bécquer. Varias asociaciones vecinales critican el plan de construir 1.300 viviendas en unas lomas de gran valor cultural y paisajístico (El País, 26 février 2024).
Antonio Machado, Gustavo Alfonso Bécquer, Gerardo Diego ont été inspirés par ce magnifique paysage de Castille. La spéculation immobiliaire prévoit la construction de 1304 logements (4000 habitants). Soria est une ville de moins de 40 000 habitants. La Asociación Soriana de Defensa de la Naturaleza (Asden), los Amigos del Museo Numantino, Hacendera y Soria por el Futuro (Ricardo Mínguez, Carmen Heras, José Francisco Yusta y Luis Giménez) luttent depuis des années pour protéger cet environnement extraordinaire. Merci à eux !
VIII He vuelto a ver los álamos dorados, álamos del camino en la ribera del Duero, entre San Polo y San Saturio, tras las murallas viejas de Soria – barbacana hacia Aragón, en castellana tierra -.
Estos chopos del río, que acompañan con el sonido de sus hojas secas el son del agua cuando el viento sopla, tienen en sus cortezas grabadas iniciales que son nombres de enamorados, cifras que son fechas.
¡ Álamos del amor que ayer tuvisteis de ruiseñores vuestras ramas llenas; álamos que seréis mañana liras del viento perfumado en primavera; álamos del amor cerca del agua que corre y pasa y sueña, álamos de las márgenes del Duero, conmigo váis, mi corazón os lleva !
Campos de Castilla, 1912.
Terres de Soria
VIII
Je suis revenu voir les peupliers dorés, Peupliers du chemin sur le rivage du Douro, entre San Polo et San Saturio, au-delà des vieilles murailles de Soria – barbacane tournée vers l’Aragon, en terre castillane.
Ces peupliers de la rivière, qui accompagnent du bruissement de leurs feuilles sèches le son de l’eau, quand le vent souffle, ont sur l’écorce, gravées, des initiales qui sont des noms d’amoureux, des chiffres qui sont des dates. Peupliers de l’amour dont les branches hier étaient remplies de rossignols; peupliers qui serez demain les lyres du vent parfumé au printemps; peupliers de l’amour près de l’eau qui coule, passe et songe, peupliers des berges du Douro, vous êtes en moi, mon coeur vous emporte !
Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi des Poésies de la guerre. 2004. Traduction de Sylvie Léger et Bernard Sesé. NRF Poésie/ Gallimard n°144.
Soria. Statue de Gustavo Alfonso Bécquer (Ricardo González).
Antonio Machado est mort il y a 85 ans, le 22 février 1939 à Collioure. C’était le mercredi des Cendres. Le 5 mai 1941, il est expulsé post-mortem de sa chaire de professeur de lycée par les autorités franquistes. Il ne sera réhabilité comme professeur qu’en 1981. Son corps sera transféré le 16 juillet 1958 dans une autre tombe, achetée grâce à des dons venant du monde entier. Parmi les donateurs : Pau Casals, Albert Camus, André Malraux, René Char. Sur la pierre tombale se trouve depuis des décennies une boîte aux lettres qui ne désemplit pas.
“Hoy es siempre todavía”
CXX
Dice la esperanza: un día la verás, si bien esperas. Dice la desesperanza: sólo tu amargura es ella. Late, corazón… No todo se lo ha tragado la tierra.
Campos de Castilla, 1907-17
CXX Un jour tu la verras, dit l’espérance, si tu sais espérer. Et la désespérance : elle n’est rien que ta souffrance. Et le cœur bat… La terre n’a pas tout emporté.
Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre. NRF Poésie/Gallimard n°144. 2004. Traduction Sylvie Léger et Bernard Sesé.
Raquel Lanseros.
Raquel Lanseros est née à Jerez de la Frontera, España en 1973. Prix National de la Critique pour Matria (Madrid, Visor, 2018). Une anthologie récente : Sin ley de gravedad. Poesía reunida (2005-2022), Madrid, Visor, 2018.
22 de febrero (Raquel Lanseros)
Estos días azules y este sol de la infancia (Antonio Machado)
La poesía es azul aunque a veces la vistan de luto. Viento del sur escultor de cipreses ahoga la tierra honda de dolor y de rabia.
Abel Martín, conciencia en desbandada pájaro entre dos astros nombrador primigenio de las cosas. Juan de Mairena íntegro espejo limpio donde se refleja el rostro que tenemos de verdad.
Nos dejaste la vida la palabra fecunda la desnudez, la brisa. Nos dejaste las hojas y el rocío el mar las instrucciones para aprender a andar sobre las aguas.
Y después te marchaste. Mejor dicho: te echaron a empujones. Siempre molestan los ángeles perdidos.
Dicen que desde entonces en Collioure no ha dejado jamás de ser invierno.
Croniria. Hiperión, Madrid, 2009. El éxodo de las nubes.
SAZÓN
Ya está todo en sazón. Me siento hecha,
me conozco mujer y clavo al suelo
profunda la raíz, y tiendo en vuelo
la rama, cierta en ti, de su cosecha.
¡Cómo crece la rama y qué derecha!
Todo es hoy en mi tronco un solo anhelo
de vivir y vivir: tender al cielo,
erguida en vertical, como la flecha
que se lanza a la nube. Tan erguida
que tu voz se ha aprendido la destreza
de abrirla sonriente y florecida.
Me remueve tu voz. Por ella siento
que la rama combada se endereza
y el fruto de mi voz se crece al viento.
Arte y parte. Madrid,Colección Adonais.1961.
https://paulatinygriego.wordpress.com/2021/07/13/poesia-maria-victoria-atencia.sazon/
Lettre écrite par le poète à la vieille de sa mort à Nimet Eloui Bey.
” Madame, oui, misérablement, horriblement malade, et douloureusement jusqu’à un point que je n’ai jamais osé imaginer. C’est cette souffrance déjà anonyme, que les médecins baptisent, mais qui, elle, se contente à nous apprendre trois ou quatre cris où notre voix ne se reconnaît point. Elle qui avait l’éducation des nuances !
Point de fleurs, Madame, je vous en supplie, leur présence excite les démons dont la chambre est pleine. Mais ce qui m’est venu avec les fleurs, s’ajoutera la grâce de l’invisible. Oh merci !
(mercredi) 29 décembre 1926. “
La dernière amitié de Rainer Maria Rilke. Arguments, Les vies imaginaires. 2023.
Tombe de Rainer Maria Rilke. Cimetière de Rarogne (Suisse)
Rainer Maria Rilke est décédé des suites d’une leucémie le 29 décembre 1926 dans un sanatorium de Val-Mont, au-dessus de Montreux (Suisse). Il est enterré au cimetière de Rarogne. Il avait rencontré Nimet Eloui Bey en 1926 à Lausanne. Celle-ci, de souche circassienne ou tcherkesse, était née vers 1903 au Caire. Elle avait épousé à 18 ans Aziz Eloui Bey, riche homme d’affaires égyptien que la photographe Lee Miller lui ravit. Elle est morte à Neuilly le 4 août 1943.
De niño, entre las pobres guaridas de la tierra, quieto en ángulo oscuro, buscaba en ti, encendida guirnalda, mis auroras futuras y furtivos nocturnos, y en ti los vislumbraba, naturales y exactos, también libres y fieles, a semejanza mía, a semejanza tuya, eterna soledad.
Me perdí luego por la tierra injusta como quien busca amigos o ignorados amantes; diverso con el mundo, fui luz serena y anhelo desbocado, y en la lluvia sombría o en el sol evidente quería una verdad que a ti te traicionase, olvidando en mi afán cómo las alas fugitivas su propia nube crean.
Y al velarse a mis ojos con nubes sobre nubes de otoño desbordado la luz de aquellos días en ti misma entrevistos, te negué por bien poco; por menudos amores ni ciertos ni fingidos, por quietas amistades de sillón y de gesto, por un nombre de reducida cola en un mundo fantasma, por los viejos placeres prohibidos como los permitidos nauseabundos, útiles solamente para el elegante salón susurrado, en bocas de mentira y palabras de hielo.
Por ti me encuentro ahora el eco de la antigua persona que yo fui, que yo mismo manché con aquellas juveniles traiciones; por ti me encuentro ahora, constelados hallazgos, limpios de otro deseo, el sol, mi dios, la noche rumorosa, la lluvia, intimidad de siempre, el bosque y su alentar pagano, el mar, el mar como su nombre hermoso; y sobre todo ellos, cuerpo oscuro y esbelto, te encuentro a ti, tú, soledad tan mía, y tú me das fuerza y debilidad como el ave cansada los brazos de la piedra.
Acodado al balcón miro insaciable el oleaje, oigo sus oscuras imprecaciones, contemplo sus blancas caricias; y ergido desde cuna vigilante soy en la noche un diamante que gira advirtiendo a los hombres, por quienes vivo, aun cuando no los vea; y así, lejos de ellos, ya olvidados sus nombres, los amo en muchedumbres, roncas y violentas como el mar, mi morada, puras ante la espera de una revolución ardiente o rendidas y dóciles, como el mar sabe serlo cuando toca la hora de reposo que su fuerza conquista.
Tú, verdad solitaria, transparente pasión, mi soledad de siempre, eres inmenso abrazo; el sol, el mar, la oscuridad, la estepa, el hombre y su deseo, la airada muchedumbre, ¿qué son sino tú misma?
Por ti, mi soledad, los busqué un día; en ti, mi soledad, los amo ahora.
Invocaciones, 1935.
Soliloque d’un gardien de phare
Comment t’emplir, solitude sinon de toi-même…
Editorial Renacimiento, 2021. Facsímil de la que salió en 1936 de los talleres de Manuel Altolaguirre para Ediciones del Árbol.