Du 4 septembre au 3 octobre 2026, à Galerie Gallimard (30-32 rue de l’Université, 75007-Paris), on peut voir l’exposition Nadja ” Ma main écrit ce que tu penses… “. Lettres et dessins de Nadja (Léona Delcourt) à André Breton, 1926-1927. L’entrée est libre du mardi au samedi, de 13 heures à 19 heures.
Il y a presque cent ans, André Breton rencontrait Nadja, rue Lafayette à Paris. C’était exactement le 4 octobre 1926 en fin d’après-midi. Leur brève liaison, du 4 au 13 octobre 1926, est à l’origine du récit hybride mêlant autobiographie, enquête, journal intime et photographies que l’écrivain surréaliste a publié en 1928. Gallimard publie aussi 51 lettres et textes de Nadja , accompagnés d’une sélection de dessins.
Léona Delcourt fut internée le 21 mars 1927 à la suite d’une crise délirante et mourut à l’asile de Bailleul, près de Lille, le 15 janvier 1941. Elle restera enfermée treize ans à l’asile des « folles de Bailleul ». Elle y est morte le 15 janvier 1941 de famine (cachexie, disait-on à l’époque), comme les 45 000 aliénés anéantis par les restrictions imposées aux hôpitaux psychiatriques sous Vichy. À Bailleul seul, plus de 500 femmes enfermées sont mortes entre l’été 1940 et la fin de 1941.
L’Enchantement (Nadja). 1926-27. Dessin avec rehaut d’aquarelle. Collection particulière.
Le poète andalou a publié en 1935 à Saint-Jacques de Compostelle (Maison d’édition Nós) un recueil de six poèmes écrits directement en galicien. Il a rédigé ces textes avec l’aide de ses amis Eduardo Blanco Amor (1897-1979) et Ernesto Guerra da Cal (1911-1994) après plusieurs voyages en Galice en 1932 et 1934. Il s’agit d’un hommage à la culture galicienne, à ses écrivains (romances galaïco-portugais mediévaux, Rosalía de Castro 1837-1885), aux paysages de cette région atlantique de l’Espagne.
Federico García Lorca. Saint-Jacques de Compostelle. La Alameda.
Madrigal á cibdá de Santiago (Federico García Lorca)
Chove en Santiago, meu doce amor. Camelia branca do ar brila entebrecida ó sol.
Chove en Santiago na noite escura. Herbas de prata e de sono cobren a valeira lúa.
Olla a choiva pola rúa, laio de pedra e cristal. Olla no vento esvaído, soma e cinza do teu mar.
Soma e cinza do teu mar, Santiago, lonxe do sol ; ágoa da mañán anterga trema no meu corazón.
Seis poemas galegos, 1935.
Madrigal a la ciudad de Santiago
Llueve en Santiago mi dulce amor. Camelia blanca del aire brilla oscurecido el sol.
Llueve en Santiago en la noche oscura. Hierbas de plata y sueño cubren la desierta luna.
Mira la lluvia en la calle, queja de piedra y cristal. Mira en el viento borroso sombra y ceniza del mar.
Sombra y ceniza del mar, Santiago, lejos del sol ; Agua de mañana antigua se agita en mi corazón.
Madrigal à la ville de Saint-Jacques
Il pleut sur Saint-Jacques mon doux amour. Dans le ciel brille et frissonne le camélia blanc du jour.
Il pleut sur Saint-Jacques dans la nuit obscure. L’herbe d’argent du sommeil recouvre l’aride lune.
Vois la pluie dans la rue, plainte de pierre et de verre. Vois dans le vent évanoui l’ombre cendrée de la mer.
L’ombre cendrée de la mer Saint-Jacques loin du soleil. L’eau de tes matins mouillés au fond de mon coeur ruisselle.
Traduction André Belamich.
Santo peregrino (Federico García Lorca). 1926.
Danza da lúa en Santiago(Federico García Lorca)
¡ Fita aquel branco galán, olla seu transido corpo !
É a lúa que baila na Quintana dos mortos.
Fita seu corpo transido negro de somas e lobos.
Nai : a lúa está bailando na Quintana dos mortos.
¿ Quén fire potro de pedra na mesma porta do sono ?
¡ É a lúa ! ¡ É a lúa na Quintana dos mortos !
¿ Quén fita meus grises vidros cheos de nubens seus ollos ?
¡ É a lúa ! ¡ É a lúa na Quintana dos mortos !
Déixame morrer no leito soñando con froles d’ouro.
Nai : a lúa está bailando na Quintana dos mortos.
¡ Ai filla, co ar do ceo vólvome branca de pronto !
Non é o ar, é a triste lúa na Quintana dos mortos.
¡ Nai : É a lúa, a lúa coronada de toxos, que baila, e baila, e baila na Quintana dos mortos !
Seis poemas galegos, 1935.
Danza de la luna en Santiago
¡ Mira aquel blanco galán, mira su transido cuerpo !
Madre : es la luna quien baila por Quintana de los muertos.
Mira su cuerpo transido negro de surcos y lobos.
¿ Quién hiere un potro de piedra a la puerta de su sueño ?
¡ Es la luna, es la luna por Quintana de los muertos !
¿ Quién mira mis grises vidrios llenos sus ojos de nubes ?
¡ Es la luna, es la luna por Quintana de los muertos !
Déjame morir al lecho soñando con flores de oro.
Madre : es la luna quien baila por Quintana de los muertos.
¡ Ay, hija el aire del cielo blanca me vuelve de pronto !
No es el aire, que es la luna, por Quintana de los muertos.
¿ Quién brama brusco mugido de inmenso buey melancólico ?
Madre : es la luna, la luna, ay, coronada de tojos, la que baila y baila y baila por Quintana de los muertos.
Danse de la lune à Saint-Jacques
Quel est ce galant tout blanc ? Regarde comme il frissonne !
C’est la lune qui danse Sur la Grand-Place aux Morts.
Regarde son corps transi noir de morsures et d’ombres.
Mère, la lune danse sur la Grand-Place aux Morts.
Qui blesse un poulain de pierre aux portes mêmes du songe ?
C’est la lune ! C’est la lune sur la Grand-Place aux Morts !
Qui regarde à la fenêtre avec des yeux pleins de brume ?
C’est la lune ! C’est la lune sur la Grand-Place aux Morts !
Laisse-moi mourir dans mon lit. Je rêverai de fleurs d’or.
Mère, la lune danse sur la Grand-Place aux Morts.
Ah, ma fille, l’air du ciel m’a rendue toute blanche.
Ce n’est point l’air, c’est la triste lune sur la Grande-Place aux Morts.
Qui brame avec ce plaintif meuglement de boeuf énorme ?
Mère, c’est la lune, la lune sur la Grand-Place aux Morts.
Oui, la lune, la lune toute couronnée d’ajoncs et qui danse, danse, danse sur la Grand-Place aux Morts.
Traduction André Belamich.
Federico García Lorca à Betanzos (La Corogne – Galice) avec Ramón Fernández Cid, José Álvarez Sánchez-Heredero, Francisco Esteve Barbá et José Barbeito. Mai 1932.