Armen Lubin

Armen Lubin le 26 août 1925.

La Correspondance 1953-1976 Jacques Chessex Gustave Roud (Infolio éditions, 2011) fait allusion à Armen Lubin (Chahnour Kerestedjian), poète français d’origine arménienne.

Il est né le 3 août 1903 à Üsküdar (district de Constantinople). Échappant au génocide, il quitte la Turquie en 1922 et s’installe à Paris en 1923. Il devient photographe et fréquente les milieux littéraires de Montparnasse. Frappé par une tuberculose osseuse dès 1936, sa vie sera un long combat contre la maladie qui l’emportera le 20 août 1974 à l’hôpital de Saint-Raphaël.

Concert public

Autour du kiosque à musique repeint
La Caisse d’ Épargne se promène
Et la sécurité s’avance mitre en tête,
Escortée de femmes qui se sont retranchées
Derrière la très belle poitrine,
La poitrine des dimanches de fêtes.

Comme la baguette va du premier plan
Jusqu’au ran-tan-plan,
Comme le dimanche s’écoule sans avatar,
Le soleil se couche derrière les platanes
Et la rente monte quelque part.

Soudain il neige. Il tombe d’abord des duvets,
Suivis de plumes bariolées
Qui s’unissent pour refaire une voix,
Qui se rassemblent pour reformer
Le plus hardi des coqs gaulois.

La trompette tricolore sur ses ergots
Fait marcher au pas la chaisière,
Et le facteur qui assiste au concert
Se sent comblé, il se montre ravi,
Comme s’il avait distribué toute sa vie
La Correspondance de Flaubert.

Parlerai-je de la grosse caisse ? Non pas !
Là dedans se cache un grand secret.
La nuque d’une belle fille c’est du lait,
Longuement je la bois,
Les gens m’applaudissent pendant les arrêts.

Oh, chaisière en alerte contre la resquille !
Pour une nuque où quelques fils d’or brillent,
J’ai perdu mon dimanche, et perdu toute décence,
Je ne sais ce qu’on dira demain
La Correspondance.

Paru dans la rubrique Le Temps, comme il passe de la Nouvelle NRF en septembre 1954 (n°21, pp.554-555)

Les Hautes Terrasses. Gallimard, 1957.

Le passager clandestin, Sainte patience Les hautes terrasses et autres poèmes. Poésie/Gallimard n°404. 2005. pp 178-180.